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Définition Wikipédia de : Suicide






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Le suicidĂ©, par Édouard Manet.


Suicide
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Introduction :

      Le suicide (du latin suicidium, du verbe sui caedere « se massacrer soi-mĂȘme Â») est l’acte dĂ©libĂ©rĂ© de mettre fin Ă  sa propre vie. Dans le domaine mĂ©dical, on parle aussi d’autolyse (du grec Î±áœÏ„Îż- / auto- « soi-mĂȘme Â» et λύσÎčς / lĂșsis « destruction Â»).







Suite de l'article :

Pour considĂ©rer qu'on est en prĂ©sence d’un suicide, la mort doit ĂȘtre l’intention de l’acte et non simplement une de ses consĂ©quences. Un attentat-suicide, par exemple, sera considĂ©rĂ© comme relevant plus d’une action terroriste ou d'une forme de martyre, selon la personne qui parle, que du suicide. Si le suicide a des consĂ©quences lĂ©gales, il doit ĂȘtre gĂ©nĂ©ralement prouvĂ© qu’il y a eu intention et mort pour que l’acte soit qualifiĂ© comme tel selon la loi.



     Le suicide est un acte complexe, qu'on ne peut pas prĂ©tendre approcher avec une seule discipline. C'est pourquoi, lorsqu'on parle de suicide, il est logique de faire appel Ă  la mĂ©decine, la psychopathologie, la sociologie, l'anthropologie, la philosophie, la thĂ©ologie, l'histoire...

- Sommaire de la page -









Chapitre : Quelques définitions


    Liste :
  • Suicide : acte dĂ©libĂ©rĂ© de mettre fin Ă  sa propre vie.
  • SuicidĂ© : personne dĂ©cĂ©dĂ©e par suicide.
  • Suicidant : personne qui s'est manifestĂ©e par un comportement auto-agressif Ă  finalitĂ© plus ou moins autolytique.
  • Tentative de suicide : acte auto-agressif destinĂ© Ă  mettre fin Ă  sa vie auquel le sujet survit.
  • IdĂ©ation suicidaire : idĂ©e que se fait un individu selon laquelle le suicide pourrait constituer une solution Ă  la situation dans laquelle il se trouve et qu'il juge insupportable ou bien Ă  la douleur morale et Ă  la dĂ©tresse qu'il Ă©prouve.
  • Crise suicidaire : Ă©tat au cours duquel l'idĂ©ation suicidaire devient envahissante.
  • Suicidaire : « celui qui, sans rĂ©aliser un geste directement auto-agressif, multiplie par ses comportements, les situations de risque oĂč parfois sa vie, en tout cas sa santĂ©, peut ĂȘtre mise en jeu Â».
  • Équivalent suicidaire : ce terme recouvre diffĂ©rentes situations : certains refus de soins au cours de maladies graves, certains accidents, ou prises de risques extrĂȘmes, etc.





Chapitre : Statistiques mondiales



     Les statistiques sont jugĂ©es plus ou moins fiables selon les pays. Certains suicides peuvent passer pour des morts naturelles ou accidentelles ou des crimes (et inversement). La prĂ©cision de ces statistiques dĂ©pend aussi de maniĂšre dont la mĂ©decine lĂ©gale et de la police travaillent.




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Taux de suicide par pays


Nombre moyen de suicides pour 100 000 habitants par an :
RangPaysAnnéeHommesFemmesMoyenne pop. totale
1.Lituanie200568,112,938,6
2.Biélorussie200363,310,335,1
3.Russie200461,610,734,3
4.Kazakhstan200351,08,929,2
5.Slovénie200345,012,028,1
6.Hongrie200344,912,027,7
7.Lettonie200442,98,524,3
8.Japon200435,612,824,0
9.Ukraine200443,07,323,8
10.Sri Lanka1996??21,6

     En France en 2008, selon les sources, le taux de suicide est de 16,2 pour 100 000 habitants ou bien exprimĂ© de la façon suivante par l'OMS : 26,4 pour les hommes et 7,2 pour les femmes.


     Parmi les pays de l'OCDE, les taux de suicide sont les plus forts au Japon et en France (de 15 Ă  20 pour 100 000) et les plus faibles en Italie, Grande-Bretagne et aux États-Unis.


     Curieusement, la SuĂšde garde en France la rĂ©putation d'un pays oĂč l'on se suicide beaucoup, alors que la pratique y est par million d'habitants 30% infĂ©rieure Ă  celle de la France. Les taux de suicide sont en revanche encore supĂ©rieurs en Autriche et Hongrie (mĂȘme source).


     Le Japon est le pays oĂč le taux de suicide est le plus Ă©levĂ© chez les adolescents. Mais la moyenne d'Ăąge des suicidĂ©s y reste Ă©levĂ©e en raison de la proportion Ă©levĂ©e de personnes ĂągĂ©es parmi les suicidĂ©s. En 2008, 32 000 Japonais environ se sont tuĂ©s eux-mĂȘmes selon la police (pour 33 100 cas en 2007). C'est la onziĂšme annĂ©e (consĂ©cutive) qu'il y a plus de 30 000 suicidĂ©s/an au Japon.
Le Japon a commencĂ© en 2009 Ă  publier des statistiques mensuelles (ex. : 2 650 cas en janvier 2009 ; Ă  comparer aux 2 300 cas recensĂ©s par le MinistĂšre de la SantĂ©, du Travail et du Bien-ĂȘtre pour janvier 2007) .






Chapitre : ÉpidĂ©miologie contemporaine du suicide


Article dĂ©taillĂ© : Suicide (Ă©pidĂ©miologie).

     L'Ă©pidĂ©miologie du suicide est une discipline de l'Ă©pidĂ©miologie qui vise Ă  connaĂźtre l'Ă©tude de la rĂ©partition, et des dĂ©terminants du suicide dans les populations. Dans le monde, 815 000 personnes se sont suicidĂ©es en 2000, soit 14,5 mort pour 100 000 habitants (un mort toutes les 40 secondes). L'Ă©pidĂ©miologie du suicide reste cependant trĂšs variable selon les pays, et parfois mĂȘme entre communautĂ©s diffĂ©rentes dans un mĂȘme pays.


     Les tentatives de suicide sont beaucoup plus frĂ©quentes, mais leur nombre est trĂšs difficile Ă  Ă©valuer.


     La surveillance de l'Ă©volution de l'incidence des suicides en France est effectuĂ©e par le rĂ©seau Sentinelles de l'Inserm.






Chapitre : Psychiatrie et suicide


Article dĂ©taillĂ© : Point de vue mĂ©dical sur le suicide.

     Dans un grand nombre de cas, le suicide s'intĂšgre Ă  l'Ă©volution d'une pathologie psychiatrique, le plus souvent Ă©tat dĂ©pressif, schizophrĂ©nie, trouble de la personnalitĂ©, etc.






Chapitre : Le suicide et la loi



     Il fut des États oĂč, ironiquement, le suicide pouvait ĂȘtre condamnĂ© par la peine de mort. En France, le suicide n'est plus rĂ©primĂ© depuis le Code pĂ©nal de 1810.

  - Sous-chapitre : Suicide assistĂ© ou euthanasie


     L'Euthanasie (Bonne mort) et l'Aide au suicide (ExĂ©cuter la dĂ©cision d'un malade) font aujourd'hui (2007) l'objet de dĂ©bats et de polĂ©miques dans plusieurs pays d'Europe ou d'AmĂ©rique du nord.


     En France, il est actuellement condamnĂ© comme homicide. La Loi entĂ©rine la rĂ©probation sociale dont le suicide est entachĂ© : l'aide au suicide est prohibĂ©e pour « abstention volontaire de porter assistance Ă  personne en pĂ©ril Â» (article 223-6 du Code pĂ©nal, concept plus connu sous le nom de « non-assistance Ă  personne en danger Â»). En 2007, l'Affaire Vincent Humbert a soulignĂ© cette particularitĂ© du droit français..


     La Cour europĂ©enne des droits de l'homme, dans son arrĂȘt Pretty c. Royaume-Uni du 29 avril 2002, a dĂ©clarĂ© Ă  l'unanimitĂ© que le suicide n'entrait dans le champ d'aucun droit de l'homme, ni de l'article 2 de la Convention protĂ©geant le droit Ă  la vie :

« En consĂ©quence, la Cour estime qu’il n’est pas possible de dĂ©duire de l’article 2 de la Convention un droit Ă  mourir, que ce soit de la main d’un tiers ou avec l’assistance d’une autoritĂ© publique. Â»

     Il est autorisĂ© dans des pays comme les Pays-Bas, la Belgique, l'Oregon (aux États-Unis). En Suisse, le code pĂ©nal la tolĂšre puisque l'article 115 prĂ©voit de punir l'assistance au suicide si elle est causĂ©e par des « motifs Ă©goĂŻstes Â». Deux associations, Exit et Dignitas ont Ă©tĂ© créées dans le but d'aider des malades en phase terminale Ă  mettre fin Ă  leurs jours.

  - Sous-chapitre : DĂ©lit de provocation au suicide (droit français)


     Ă€ la suite de la publication du livre Suicide, mode d'emploi, a Ă©tĂ© créé en 1987 le dĂ©lit de « provocation au suicide Â» (art. 223-13 Ă  223-15-1 du Code pĂ©nal), ayant pour consĂ©quence l'interdiction de publication de l'ouvrage.

  - Sous-chapitre : Suicide et assurances en droit français

Législation


     En France, l'article L132-7 du Code des assurances dispose :

L'assurance en cas de décÚs est de nul effet si l'assuré se donne volontairement la mort au cours de la premiÚre année du contrat.
L'assurance en cas de décÚs doit couvrir le risque de suicide à compter de la deuxiÚme année du contrat. En cas d'augmentation des garanties en cours de contrat, le risque de suicide, pour les garanties supplémentaires, est couvert à compter de la deuxiÚme année qui suit cette augmentation.
Les dispositions du premier alinéa ne sont pas applicables aux contrats mentionnés à l'article L. 141-1 souscrits par les organismes mentionnés au dernier alinéa de l'article L. 141-6.
L'assurance en cas de dĂ©cĂšs doit couvrir dĂšs la souscription, dans la limite d'un plafond qui sera dĂ©fini par dĂ©cret, les contrats mentionnĂ©s Ă  l'article L. 141-1 souscrits par les organismes mentionnĂ©s Ă  la derniĂšre phrase du dernier alinĂ©a de l'article L. 141-6, pour garantir le remboursement d'un prĂȘt contractĂ© pour financer l'acquisition du logement principal de l'assurĂ©.

Jurisprudence

« Attendu qu'en Ă©nonçant qu'aucun Ă©lĂ©ment ne permettait de penser que l'assurĂ© n'avait pas eu la jouissance de sa raison au moment de son suicide, aprĂšs avoir relevĂ©, d'une part, que son corps avait Ă©tĂ© retrouvĂ© dans sa voiture garĂ©e dans un lieu clos, moteur allumĂ© et l'habitacle reliĂ© au pot d'Ă©chappement par un tuyau, et d'autre part, que la victime avait laissĂ© Ă  sa veuve une lettre dĂ©pourvue d'Ă©quivoque quant Ă  ses intentions, c'est sans inverser la charge de la preuve que la cour d'appel a retenu l'existence d'un suicide volontaire et conscient soumis Ă  l'article L. 132-7 du Code des assurances, dans sa rĂ©daction antĂ©rieure Ă  la loi n° 98-546 du 2 juillet 1998, qui n'est pas applicable Ă  l'espĂšce dĂšs lors que le sinistre lui est antĂ©rieur ; que le moyen est sans fondement. Â»





Chapitre : Un point de vue historique sur le suicide



     Dans l'Empire romain, il Ă©tait d'usage qu'un proche de l'empereur dĂ©sirant mettre fin Ă  ses jours en demande au prĂ©alable l'autorisation Ă  ce dernier. On en trouve l'illustration par exemple dans les MĂ©moires d'Hadrien (qui est une fiction solidement documentĂ©e de Marguerite Yourcenar).


     Dans l'AntiquitĂ©, le suicide Ă©tait commis aprĂšs une dĂ©faite dans une bataille afin d'Ă©viter la capture et les possibles tortures, mutilations ou la mise en esclavage par l'ennemi. Ainsi, au cours de la seconde guerre punique, la princesse carthaginoise Sophonisbe s'empoisonna pour ne pas tomber aux mains des Romains. Brutus et Cassius, les assassins de Jules CĂ©sar, se suicidĂšrent Ă  la suite de la dĂ©faite de la bataille de Philippes. ClĂ©opĂątre VII, derniĂšre reine d'Egypte, mit Ă©galement fin Ă  ses jours pour ne pas ĂȘtre emmenĂ©e prisonniĂšre Ă  Rome. Les Juifs de Massada offrent un autre exemple en se suicidant massivement en 74 av. J.-C. pour Ă©chapper Ă  la mise en esclavage par les Romains.


     Dans la sociĂ©tĂ© romaine, le suicide Ă©tait un moyen acceptĂ© par lequel on pouvait prĂ©server son honneur. Ceux qui Ă©taient jugĂ©s pour des crimes capitaux, par exemple, pouvaient empĂȘcher la confiscation des biens et propriĂ©tĂ©s familiaux en se suicidant avant la condamnation par le tribunal. On soulignait alors ironiquement que Domitien, l'empereur romain, montrait sa pitiĂ© et misĂ©ricorde de dieu sur l'amour en permettant Ă  un homme condamnĂ© de se suicider.


     Ă€ la fin du XVIII siĂšcle, Goethe publie Les Souffrances du jeune Werther (Die Leiden des jungen Werther), une histoire romantique oĂč le jeune Werther se suicide parce que son amour est inaccessible. Le roman connaĂźt un rĂ©el succĂšs et cause une vague de suicides en Allemagne. Le poĂšte Alfred Alvarez publie une Ă©tude sur le suicide en littĂ©rature intitulĂ©e Le Dieu sauvage ; essai sur le suicide.


     Jean AmĂ©ry publie un livre, en 1976, sur le suicide oĂč il dĂ©fend la thĂšse selon laquelle le suicide reprĂ©sente l'ultime libertĂ© de l'humanitĂ©. Il se suicide deux ans plus tard.


     Notons aussi le seppuku (communĂ©ment appelĂ© Hara-kiri) des samouraĂŻs qui, par honneur et respect du Bushido, se tuaient pour ne pas ĂȘtre prisonnier ou pour restituer l'honneur de leur famille ou de leur clan, suite Ă  une faute.






Chapitre : Les religions face au suicide



     Le suicide est traditionnellement un acte condamnĂ© dans le cadre des religions monothĂ©istes. En effet, si le fait de se suicider est d'abord un acte qui va contre soi-mĂȘme, l'« appartenance Â» de la destinĂ©e de l'homme Ă  Dieu fait que cet acte devient une rupture de la relation spĂ©cifique entre l'homme et Dieu et un acte allant contre la souverainetĂ© de Dieu.


     Le point de vue catholique a Ă©tĂ© prĂ©cisĂ© dĂšs le premier concile de Braga qui s'est tenu vers 561 : il dĂ©clare que le suicide est criminel dans la chrĂ©tientĂ©, sauf chez les « fous Â».


     Le premier concile de Braga entendait lutter contre les modes de pensĂ©e paĂŻens Ă  une Ă©poque encore profondĂ©ment marquĂ©e par la mentalitĂ© romaine oĂč le suicide Ă©tait prĂ©sentĂ© comme une voie noble, une mort honorable, recommandable pour racheter un crime alors que le christianisme voulait marquer que pour lui seul le pardon, l'acceptation de se livrer Ă  la justice pour un criminel, Ă©tait la seule voie acceptable.


     L'islam interdit le suicide et le considĂšre comme un pĂ©chĂ© (voire un crime). D'aprĂšs un hadith, Mahomet aurait refusĂ© de prier sur un suicidĂ© qui lui fut prĂ©sentĂ©, cependant il avait ordonnĂ© Ă  ses compagnons de tout de mĂȘme le faire.

Article dĂ©taillĂ© : Point de vue religieux sur le suicide.





Chapitre : Point de vue anthropologique : les diffĂ©rences culturelles



     Le suicide est perçu assez diffĂ©remment selon les cultures ; si dans les sociĂ©tĂ©s occidentales, il a longtemps Ă©tĂ© considĂ©rĂ© comme immoral et dĂ©shonorant, il est dans d'autres sociĂ©tĂ©s justement le moyen de recouvrer un honneur perdu.


     En Asie, il existe des formes de suicide ritualisĂ© comme les jauhĂąr et satĂź indiens. Le seppuku japonais quant Ă  lui est un suicide vu comme une issue honorable face Ă  certaines situations perçues comme trop honteuses ou sans espoir.






Chapitre : Typologie du suicide, selon Émile Durkheim



     Ă‰mile Durkheim, un des fondateurs de la sociologie, publie en 1897, son fameux livre Le Suicide oĂč il analyse ce phĂ©nomĂšne sous un angle social. Il distingue quatre sortes de suicide : le suicide Ă©goĂŻste, le suicide altruiste, le suicide anomique et le suicide fataliste. Dans chaque cas, la dĂ©sintĂ©gration sociale est la cause premiĂšre vĂ©ritable.

  - Sous-chapitre : Le suicide « altruiste Â»


     Il est particuliĂšrement dĂ©veloppĂ© dans les sociĂ©tĂ©s oĂč l'intĂ©gration est suffisamment forte pour nier l'individualitĂ© de ses membres. L'individu est tellement absorbĂ© dans son groupe que sa vie ne peut exister en dehors des limites de ce groupe.


     Exemples de suicides « altruistes Â» :

    Liste :
  • Suicide des prĂȘtres de certaines religions orientales ;
  • Suicide traditionnel des personnes ĂągĂ©es, devenues un poids pour la famille, au Japon ;
  • Suicide des militaires jeunes retraitĂ©s.
  • Suicide de soldats aprĂšs une dĂ©faite, pour prĂ©server leur honneur (ex: Les Japonais se suicidant Ă  l'aide de grenades pendant leur dĂ©faite d'Iwo Jima, lors de la Seconde Guerre mondiale)

  - Sous-chapitre : Le suicide « Ă©goĂŻste Â»


     PrĂ©sence ici, Ă  l'inverse du suicide « altruiste Â» (voir ci-dessus), d'une intĂ©gration faible, d'une individualisation dĂ©mesurĂ©e et qui s'affirme au dĂ©triment du moi social, ainsi que d'une dĂ©sagrĂ©gation de la sociĂ©tĂ©. Il est le signe d'une sociĂ©tĂ© trop dĂ©structurĂ©e pour fournir un motif valable d'existence Ă  certains de ses individus.


     C'est, par exemple, le suicide de l'adolescent solitaire. La famille et la religion protĂšgent « en principe Â» contre ce type de suicide.

  - Sous-chapitre : Le suicide « anomique Â»


     Le suicide anomique est dĂ» Ă  des changements sociaux trop rapides pour que les individus puissent adapter leurs repĂšres moraux. Le mot « anomie Â» vient du grec áŒ€ÎœÎżÎŒÎŻÎ± / anomĂ­a et signifie « absence de rĂšgle, violation de la rĂšgle Â». Il a Ă©tĂ© empruntĂ©, dans un premier temps, en philosophie par Jean-Marie Guyau (1854-1888) qui, Ă  la diffĂ©rence des Grecs, l'utilisait de façon positive : l'anomie reprĂ©sente l'affranchissement des limites virtuelles fixĂ©es par l'homme. Cependant, le sociologue français Émile Durkheim (1858-1917), en Ă©tudiant le comportement suicidaire, l'utilise mais revient sur une vision plus sombre et nĂ©gative du mot, oĂč la rupture des rĂšgles peut ĂȘtre trĂšs nĂ©faste au psychisme et conduire au suicide.


     Il a Ă©tĂ© montrĂ© par des Ă©tudes que le suicide croĂźt de façon proportionnelle aux dĂ©rĂšglements d'ordre social et d'ordre Ă©conomique : qu'il s'agisse de crises boursiĂšres ou d’embellie Ă©conomique, le taux de suicide augmente car l'individu perd ses repĂšres et ses rĂ©gulateurs.Ce suicide est donc frĂ©quent dans les groupes sociaux oĂč la rĂ©gulation est faible.

  - Sous-chapitre : Le suicide « fataliste Â»


     Le suicide fataliste se dĂ©finit par la prise en compte par l'individu d'un destin murĂ©, immuable. Il a lieu dans les groupes sociaux oĂč la rĂ©gulation est forte.

    Liste :
  • Suicide du kamikaze, de celui dont l'« avenir est impitoyablement murĂ© Â». On retrouve aussi dans cette catĂ©gorie le suicide des Ă©poux trop jeunes ou celui des esclaves et des prisonniers.
  • Sati, en Inde: pratique qui enjoint aux veuves de se placer sur le bĂ»cher oĂč l'on doit brĂ»ler le corps de leur mari ; de par la pression sociale elles ne peuvent refuser ce « suicide Â» et ne choisissent pas toujours consciemment de se sacrifier.
  • Commandant de navire qui ne peut envisager la vie sans son bateau et qui prĂ©fĂšre couler avec celui-ci.

Distinction sexuelle, selon Durkheim


     Bien que Durkheim ait tentĂ© de fournir des explications sociologiques aux phĂ©nomĂšnes qu'il Ă©tudiait, il a tout de mĂȘme insĂ©rĂ© des explications, sexistes, biologisantes et naturalisantes de certains comportements sociaux. Par exemple, dans le cas de son Ă©tude sur le suicide, il a dĂ©clarĂ© que si les femmes se suicidaient moins que les hommes, aprĂšs un deuil ou un divorce, cela Ă©tait dĂ» Ă  leur Ă©tat infĂ©rieur de nature, donc Ă  plus d'autonomie de leur part :

« Mais cette consĂ©quence de divorce est spĂ©ciale Ă  l'homme, elle n'atteint pas l'Ă©pouse. En effet, les besoins sexuels de la femme ont un caractĂšre moins mental, parce que d'une maniĂšre gĂ©nĂ©rale sa vie mentale est moins dĂ©veloppĂ©e. Ils sont plus immĂ©diatement en rapport avec les exigences de l'organisme, les suivent plus qu'ils ne les devancent et y trouvent par consĂ©quent un frein efficace. Parce que la femme est un ĂȘtre plus instinctif que l'homme, pour trouver le calme et la paix, elle n'a qu'Ă  suivre ses instincts. Une rĂ©glementation sociale aussi Ă©troite que celle du mariage et, surtout, du mariage monogame ne lui est donc pas nĂ©cessaire. Â»

— Durkheim (1897) Le suicide, page 306.






Chapitre : Autres formes de suicide



     Le XX siĂšcle a connu des suicides de protestation, en particulier par le feu (bonze Thich Quang Duc protestant ainsi contre la guerre du Vietnam en 1963, Ă©tudiant tchĂšque Jan Palach contre l'occupation de son pays). Le suicide en France d'un jeune ouvrier auquel sa direction voulait interdire de porter les cheveux longs Ă  la fin des annĂ©es 1960 a Ă©tĂ© trĂšs mĂ©diatisĂ©. Enfin, le professeur Alfred MĂ©traux a explicitement indiquĂ© que son suicide avait pour but de signaler les conditions de vie pĂ©nibles des personnes ĂągĂ©es dans la sociĂ©tĂ© de son Ă©poque.






Chapitre : Les différentes techniques de suicide



     Le saut d’un endroit Ă©levĂ© et la pendaison sont les moyens de suicide les plus frĂ©quents. Le suicide peut aussi se faire par arme Ă  feu, noyade, gazage. Le suicide peut se faire par administration de poisons comme des barbituriques ou bien des pesticides mais aussi par certaines drogues mĂ©dicamenteuses Ă  hautes doses. Certaines personnes s'ouvrent les veines. Plus rarement il existe aussi le seppuku, parfois dĂ©signĂ© en France sous le nom de hara-kiri.






Chapitre : Philosophie et suicide


Article dĂ©taillĂ© : Suicide et philosophie.

     Le suicide est vu bien diffĂ©remment selon le courant philosophique l'Ă©voquant. Il peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un acte suprĂȘme de libertĂ© ou une option de faiblesse et de renoncement, voire de sacrifice.


     Du point de vue contraire, le suicide est mis en opposition avec l'humanitĂ©. En effet, la mort fait partie de la nature. Se donner la mort, c'est donc renier la nature et s'opposer Ă  elle. C'est s'Ă©loigner de son humanitĂ©.


     Pour Platon, qui Ă©tait alors croyant, la mort Ă©tait la propriĂ©tĂ© des Dieux, et des Parques qui coupaient le fil de la vie. Pour Platon, se suicider, c'est donc aller contre la volontĂ© des Dieux



     Paul ValĂ©ry mentionne dans Tel Quel que le suicide est en gĂ©nĂ©ral dĂ» Ă  l'impossibilitĂ© pour sa victime de supprimer chez elle une idĂ©e lui causant souffrance, et Ă  laquelle elle pense donc ne pouvoir mettre fin qu'avec sa propre vie.


     Pour Jean-Jacques Delfour, le suicidant ne peut pas vouloir mourir, puisqu'il ignore ce qu'est la mort, dans le sens oĂč il n'en a pas l'expĂ©rience. Le suicide, pour lui, est uniquement une maniĂšre de mettre fin Ă  une souffrance. Cependant, s'ils mettent fin Ă  leur souffrance, ils mettent aussi fin Ă  la suppression de cette souffrance et donc n'en bĂ©nĂ©ficient pas ; et la libertĂ© que l'on a sur sa vie, le pouvoir de se tuer, disparaĂźt avec la vie elle-mĂȘme, on n'a donc pas l'occasion d'en jouir. Pour lui, il n'y a donc pas Ă  proprement parler de suicide, mais une agression du corps pour laquelle rien n'est venu interrompre le processus mortel.






Chapitre : Politique et suicide



     Le suicide a Ă©tĂ© utilisĂ© dans l’histoire comme un acte politique d’opposition et de contestations. Nous ne traiterons pas de l’attentat-suicide.


     Le suicide peut ĂȘtre un acte politique, proche du martyre. Dans le Japon mĂ©diĂ©val, toute critique du Shogun s'accompagnait d'un seppuku de l'accusateur. A l'Ă©poque contemporaine, le suicide est utilisĂ© pour protester de façon spectaculaire, notamment par autocrĂ©mation, contre une situation jugĂ©e insupportable :






Chapitre : Psychopathologie de la crise suicidaire







Chapitre : Les déterminants du passage à l'acte suicidaire



     La psychiatrie, la psychologie, la sociologie, la philosophie, la thĂ©ologie et le droit s'intĂ©ressent dans leurs domaines respectifs Ă  la question du suicide. À cĂŽtĂ© de ces Ă©tudes thĂ©oriques, il existe des mesures pratiques pour la prĂ©vention du suicide et l'accompagnement de ceux qui commettent une tentative de suicide.


     MalgrĂ© les efforts pour prĂ©venir et traiter ces pathologies, le suicide demeure un problĂšme majeur de santĂ© publique. Le dĂ©fi Ă  propos du suicide est de mettre au point un modĂšle explicatif et prĂ©dictif, c'est-Ă -dire qui repose sur une physiopathologie en grande partie Ă  dĂ©couvrir et qui intĂšgre les facteurs de risque actuellement connus. Un suicide rĂ©ussi est frĂ©quemment prĂ©cĂ©dĂ© par un processus suicidaire qui devient manifeste Ă  travers les propos du sujet et/ou ses tentatives de suicide. La capacitĂ© Ă  rĂ©pondre Ă  l’adversitĂ© psychosociale et Ă  la pathologie mentale par un comportement suicidaire traduit une prĂ©disposition sous-jacente. La prĂ©vention du suicide pour ĂȘtre efficace doit prendre en compte cette prĂ©disposition.


     Le suicide peut ĂȘtre dĂ» Ă  des difficultĂ©s psychologiques, notamment une grave dĂ©pression. Les autres cas (suicide Ă  la suite d'un dĂ©shonneur par exemple) sont plus rares dans les cultures occidentales. On a observĂ© des cas oĂč un suicide s'accompagnait du meurtre d'autres personnes (souvent le compagnon, les enfants), on parle dans ces cas de suicide Ă©tendu ou Ă©largi.


     Il peut arriver que la cause du suicide soit une rĂ©flexion sur l'existence mĂȘme, influencĂ©e par la philosophie nihiliste.

  - Sous-chapitre : Facteurs de risque du suicide


     Le suicide a en gĂ©nĂ©ral des causes multiples. On peut classer les facteurs menant au suicide en trois catĂ©gories :

Les facteurs primaires


     Les facteurs primaires sont des facteurs sur lesquels on peut agir, ils ont une valeur d'« alerte Â».


     Ce sont les antĂ©cĂ©dents personnels (tentatives de suicide prĂ©cĂ©dentes, troubles de l'humeur), les antĂ©cĂ©dents familiaux (si des proches se sont suicidĂ©s, cela peut prendre une valeur d'« exemple Â») et les troubles psychiatriques avĂ©rĂ©s (schizophrĂ©nie, toxicomanie, alcoolisme, etc.).


     Conseiller Ă  un dĂ©pressif de se dĂ©barrasser des armes Ă  feu qu'il possĂšde chez lui fait statistiquement baisser ses rĂ©ussites de suicide, car l'usage d'une arme Ă  feu est simple et rapide, ce qui peut conduire au geste fatal pendant un court moment d'Ă©garement.

Les facteurs secondaires


     Les facteurs secondaires sont des facteurs sur lesquels on peut faiblement agir, et qui n'ont en soi qu'une faible valeur prĂ©dictive, sauf associĂ©s Ă  des facteurs primaires. Il s'agit essentiellement de la situation sociale (isolement, solitude, chĂŽmage) et d'Ă©vĂ©nements passĂ©s traumatisants (deuil, abus sexuels, sĂ©paration, maltraitance).


     Les maladies chroniques sont peu suicidogĂšnes, mis Ă  part pour les personnes ĂągĂ©es.

Les facteurs tertiaires


     Ce sont des facteurs sur lesquels on ne peut que difficilement agir, et qui n'ont de valeur prĂ©dictive qu'en prĂ©sence de facteurs primaires ou secondaires. C'est par exemple l'Ăąge (la probabilitĂ© la plus forte est entre 35 et 54 ans, et au-delĂ  de 70 ans) ou l'appartenance au sexe masculin (cf. la section Statistiques).

    Liste :
  • L'Ă©poque de l'annĂ©e a Ă©galement une influence. On remarque un creux Ă  la fin de l'annĂ©e, durant les fĂȘtes, peut-ĂȘtre en raison d'un rapprochement entre les gens.
    Liste :
  • Certaines Ă©tudes tentent d'Ă©tablir une corrĂ©lation entre le nombre de suicides et la longueur des jours pendant la pĂ©riode hivernale. En effet, la lumiĂšre a un effet antidĂ©presseur.

  - Sous-chapitre : Facteurs de protection


     On note plusieurs facteurs de protection qui permettent de contrebalancer certains effets nĂ©gatifs des facteurs de risque associĂ©s au suicide. Voici quelques exemples :

  1. Stratégies de gestion du stress adéquates
  2. Réseau social disponible et significatif
  3. Ouverture Ă  recevoir de l'aide
  4. Estime de soi et confiance en soi élevées
  5. Support des enseignants et d'autres adultes en milieu scolaire
  6. Vision de l'école comme un lieu d'investissement
  7. Confiance en ses capacités à faire face aux obstacles de la vie





Chapitre : Modélisation du comportement suicidaire


« Il est trĂšs important de pouvoir modĂ©liser le comportement suicidaire car sa prĂ©dictibilitĂ© est actuellement trĂšs faible. Bien que la majoritĂ© des sujets qui font une tentative de suicide ou se suicident ne sont pas connus comme souffrant d'un trouble psychiatrique, les enquĂȘtes dites « d'autopsie psychologique Â» rĂ©alisĂ©es dans l'entourage de sujets suicidĂ©s nous montrent que 90 Ă  95 % des sujets dĂ©cĂ©dĂ©s par suicide prĂ©sentaient un trouble psychiatrique. Â»

— ConfĂ©rence de consensus, La Crise suicidaire, ANAES p. 77


     Deux modĂšles principaux ont Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©s pour expliquer et prĂ©voir le comportement suicidaire. Ces deux modĂšles se complĂštent plus qu’ils ne s’excluent.

  - Sous-chapitre : Le modĂšle stress-prĂ©disposition


     Les auteurs partent des constatations suivantes : 90 % des victimes de suicide souffraient d’une pathologie psychiatrique au moment de leur mort mais beaucoup de patients psychiatriques ne font pas de tentatives de suicide. Un diagnostic psychiatrique est une condition nĂ©cessaire mais non suffisante pour se suicider. Il est donc nĂ©cessaire d’identifier des facteurs de risque suicidaire en dehors du diagnostic psychiatrique.


     Une tentative de suicide antĂ©rieure est le meilleur prĂ©dicateur d’une tentative de suicide future mais seulement 20 Ă  30 % des patients qui se suicident ont fait avant une tentative de suicide. Un premier rĂ©sultat important est que les patients qui font une tentative de suicide ne diffĂšrent pas significativement de ceux qui n’en font pas en termes de sĂ©vĂ©ritĂ© de la psychopathologie aiguĂ«. Ceci va Ă  l’encontre d’une idĂ©e reçue selon laquelle la gravitĂ© des symptĂŽmes prĂ©dispose au suicide.


     Par contre, l’intensitĂ© de l’idĂ©ation suicidaire est un facteur de risque de passage Ă  l’acte. Dans le risque suicidaire, la pathologie intervient par certains paramĂštres longitudinaux :

    Liste :
  • le nombre d’épisodes psychopathologiques avant la tentative de suicide est un facteur pronostique,
  • l’ñge de dĂ©but de la pathologie : la prĂ©cocitĂ© de l’ñge de dĂ©but est un facteur de risque.

     Des Ă©lĂ©ments stables du comportement sont retrouvĂ©s comme des marqueurs de prĂ©disposition :

    Liste :
  • la dimension d’impulsivitĂ©/agressivitĂ© ;
  • un trouble de la personnalitĂ© associĂ© ;
  • des antĂ©cĂ©dents d’alcoolisme ou d’abus/ dĂ©pendance Ă  une substance ;
  • le fait de fumer ;
  • un antĂ©cĂ©dent de traumatisme crĂąnien ;
  • des antĂ©cĂ©dents familiaux de tentative de suicide ;
  • des abus et/ou violences dans l’enfance.

  - Sous-chapitre : Le modĂšle dit du processus suicidaire


     C'est le modĂšle qui a Ă©tĂ© retenu par l’INSERM dans ses travaux sur le suicide. Il est possible d’observer un processus suicidaire chez l’individu avant le passage Ă  l’acte. Les personnes suicidaires prĂ©sentent une fragilitĂ© (facteurs de risque accumulĂ©s) qui les prĂ©disposerait Ă  rĂ©agir de façon inadaptĂ©e lors de situations stressantes. Une perte quelconque (exemple : perte d’un(e) ami(e) ou deuil d'un proche) enclenche le processus. Une pĂ©riode dĂ©pressive suit la perte ; puis l’étape de la crise s’installe. L’état de crise peut ĂȘtre accompagnĂ© d’idĂ©ations passagĂšres qui se transformeront en rumination, puis en cristallisation (formation d’un plan prĂ©cis pour passer Ă  l'acte : oĂč ? quand ? comment ?) pour aboutir Ă  la tentative planifiĂ©e. Dans la majoritĂ© des cas, le suicide n’est donc pas un acte impulsif, mais plutĂŽt un acte prĂ©mĂ©ditĂ© qui rĂ©sulte d'un processus bien dĂ©fini. Ceci permet de rĂ©aliser qu'une intervention spĂ©cifique est possible Ă  chacune des Ă©tapes. La personne intervenant auprĂšs d'un individu suicidaire doit ĂȘtre attentive aux signes associĂ©s Ă  chaque phase du processus.


     Le processus suicidaire est un processus qui se dĂ©roule sur quelques heures ou quelques jours. On y distingue trois Ă©tapes :

  1. Les pensĂ©es ou idĂ©es suicidaires (idĂ©ation suicidaire) ;
  2. La crise suicidaire : les pensĂ©es de suicide deviennent omniprĂ©sentes (ruminations) et le patient Ă©labore des scĂ©narios de passage Ă  l’acte ;
  3. Le passage à l’acte suicidaire.

     Les Ă©tudes faites sur la cognition du suicide ont trouvĂ© les caractĂ©ristiques suivantes qui prĂ©disposent au passage Ă  l’acte suicidaire en situation de stress :

    Liste :
  • Tendance Ă  se considĂ©rer comme perdant lorsqu’il est confrontĂ© aux risques psychosociaux ;
  • IncapacitĂ© Ă  percevoir une possibilitĂ© de fuite, ce qui est Ă  mettre en rapport avec une mĂ©moire autobiographique remplie d’échecs et d’incapacitĂ©s Ă  rĂ©soudre les problĂšmes ;
  • Sentiment que personne ne peut rien pour lui (sentiment de dĂ©sespoir).

     Cette cognition particuliĂšre semble devoir ĂȘtre mise en relation avec un dĂ©ficit des fonctions exĂ©cutives avec en particulier des difficultĂ©s dans l’élaboration des stratĂ©gies de prise de dĂ©cisions comme cela a Ă©tĂ© montrĂ© dans une Ă©tude rĂ©cente. Enfin, nous dirons quelques mots de la neurobiologie du suicide. Le trait trĂšs rĂ©guliĂšrement retrouvĂ© est le dysfonctionnement du systĂšme sĂ©rotoninergique que celui-ci soit attestĂ© par une diminution des mĂ©tabolites urinaires de la sĂ©rotonine, ou des mĂ©tabolites au niveau du liquide cĂ©phalorachidien, ou encore par une baisse de la fixation de la sĂ©rotonine au niveau prĂ©frontal. Pour une revue dĂ©taillĂ©e, on pourra consulter The neurobiology of suicide and suicidability.


     RĂ©fĂ©rences

    Liste :
  • Mann JJ, Waternaux C., Haas GL., and al., Toward a clinical model of suicidal behavior in psychiatric patients, Am J Psychiatry, 1999, 156: 181-189.
  • Maria A. Oquendo, Hanga Galfalvy, Stefani Russo, Steven P. Ellis, Michael F. Grunebaum, Ainsley Burke, and J. John Mann, Prospective Study of Clinical Predictors of Suicidal Acts After a Major Depressive Episode in Patients With Major Depressive Disorder or Bipolar Disorder, Am J Psychiatry, Aug 2004; 161: 1433 - 1441.
  • INSERM, La Crise suicidaire, ConfĂ©rence de consensus. 2001 John Libbey Eurotext.
  • Keilp JG., Sackeim HA., Brodsky BS. And al., Neuropsychological dysfunction in depressed suicide attempters, Am J Psychiatry, 2001, 158: 735-741.
  • Va Heeringen K. The neurobiology of suicide and suicidability. The Canadian journal of Psychiatry, juin 2003.





Chapitre : Prévention du suicide



     Le suicide est gĂ©nĂ©ralement annoncĂ© ; beaucoup de suicidĂ©s essaient de prĂ©venir leurs proches et laissent une lettre d'adieu afin d'expliquer leur geste. Ces pensĂ©es sont Ă  prendre au sĂ©rieux ; s'il y a un risque de tentative de suicide, il faut en parler avec la personne ouvertement afin de pouvoir l'Ă©viter. L'Ă©vocation de la mort avec une personne, poser la question « avez-vous pensĂ© Ă  la mort ? Â» n'est pas suicidogĂšne, mais permet au contraire de montrer que l'on comprend la souffrance. Lorsque l'on discute, il ne faut pas porter de jugement ; on peut tenter de lui faire se remĂ©morer d'anciens problĂšmes et les stratĂ©gies qu'elle avait mises en Ɠuvre pour les rĂ©soudre.


     Selon le professeur Michel Debout :

« Lorsqu’on pense qu’une personne va mal, il ne faut pas hĂ©siter Ă  lui dire ce que l’on ressent. Et la maniĂšre dont on lui dit est importante. Si vous lui demandez : « Ă§a ne va pas ? Â», elle risque de se renfermer dans une rĂ©ponse de type : « Mais si ça va trĂšs bien. Â» Alors que si vous dites « je te sens mal Â», vous vous impliquez personnellement, et vous montrez que non seulement vous offrez une Ă©coute, mais mĂȘme un vĂ©ritable dialogue. À partir de lĂ , tout dĂ©pend de la situation et de votre lien avec elle. Mais vous pouvez essayer de l’orienter vers un soutien, un spĂ©cialiste ou une association qui pourront l’aider. Â»

     Les personnes qui ont fait une tentative de suicide sont en gĂ©nĂ©ral prises en charge en service de soins aigus Ă  l'hĂŽpital (Ă  la suite d'un empoisonnement ou Ă  des blessures nĂ©cessitant souvent une rĂ©animation). Une fois l'Ă©pisode critique surmontĂ© et l'Ă©loignement de tout danger vital, le patient est orientĂ© vers un service de psychiatrie. L'hospitalisation est volontaire dans la grande majoritĂ© des cas, mais certaines dĂ©pressions sĂ©vĂšres (mĂ©lancolie, dĂ©pression dĂ©lirante) peuvent entraĂźner une hospitalisation Ă  la demande d'un tiers, voire une hospitalisation d'office. Dans tous les cas, les sujets ayant fait une tentative de suicide doivent ĂȘtre Ă©valuĂ©s par un psychiatre, et souvent orientĂ©s vers une structure adaptĂ©e Ă  la prise en charge d'une cause curable de suicide (dĂ©pression trĂšs souvent, mais aussi psychose, alcoolisme, etc.). Dans le cas d'un sĂ©jour en psychiatrie, il est proposĂ© un suivi ultĂ©rieur en consultation psychiatrique (hospitaliĂšre ou avec un psychiatre libĂ©ral). MalgrĂ© ces efforts de prise en charge et la possibilitĂ© d'hospitalisation contre le grĂ© du suicidant, en France, un quart des adolescents mineurs suicidants sortent de l'hĂŽpital sans avoir eu de consultation psychiatrique.


     Cette prise en charge des personnes qui tentent de se suicider est importante car les risques d'une nouvelle tentative sont grands (75 % dans les deux ans). Il est cependant aussi nĂ©cessaire de faire une prĂ©vention du suicide en amont. Cela passe par l'explication de ce qu'est la dĂ©pression. Il serait souhaitable que mĂ©decins (60 Ă  70 % des suicidants consultent un mĂ©decin dans le mois qui prĂ©cĂšde le passage Ă  l'acte, dont 36 % dans la semaine qui prĂ©cĂšde), enseignants et de maniĂšre gĂ©nĂ©rale toute personne en contact avec des adolescents ou des personnes en dĂ©tresse sociale soient formĂ©s, des campagnes publicitaires soient menĂ©es afin de sensibiliser l'ensemble de la population Ă  ce problĂšme et d'aider les personnes susceptibles de se suicider Ă  abandonner cette idĂ©e en leur ouvrant la voie Ă  d'autres alternatives.




Image (cliquez pour agrandir) :

Le suicide d'Ajax.



     L'idĂ©al serait de convaincre la personne de consulter un mĂ©decin ou de contacter une association spĂ©cialisĂ©e. Si l'on sent que le passage Ă  l'acte est imminent, il faut prĂ©venir les secours (en prioritĂ© la rĂ©gulation mĂ©dicale, le « 15 Â» en France, le «112» en Europe pour les urgences diverses).


     Cependant, l'Ă©coute dans le but de faire exprimer Ă  la personne ses difficultĂ©s ne constitue qu'un premier stade de la prĂ©vention.

  - Sous-chapitre : Aide tĂ©lĂ©phonique


     Ce premier stade est gĂ©nĂ©ralement pris en charge tĂ©lĂ©phoniquement par des associations.


     Tous ces services (en France et en Suisse) « se cantonnent exclusivement Ă  l'Ă©coute Â» et n'interviennent pas « mĂȘme sur demande expresse de la personne en dĂ©tresse Â».


     Si la personne est jugĂ©e en danger immĂ©diat, les intervenants du 1-866-APPELLE retraceront l'appel et enverront des secours. C'est une ligne d'intervention.


     Sauf pour les anglophones oĂč le service de SOS AmitiĂ© spĂ©cialisĂ© peut orienter vers un psychiatre anglophone voire appeler les pompiers « Ă  la demande expresse Â» de la personne.


     SOS AmitiĂ© a aussi un service d'Ă©coute par courriel mais avec des dĂ©lais de 48h pour les rĂ©ponses.

  - Sous-chapitre : Aide internet


     Des forums francophones affirmant procurer un soutien psychologique existent actuellement sur Internet


     Selon certains, il convient d'aborder ces sites avec circonspection en raison de :

    Liste :
  • l'impossibilitĂ© de contrĂŽler la compĂ©tence des interlocuteurs : un site internet Ă©tant facile Ă  crĂ©er, il n'apporte pas le gage d'une structure pratiquant la formation interne et l'Ă©valuation de ses personnels ;
  • le dĂ©calage culturel pouvant exister entre les personnes parlant la mĂȘme langue mais pouvant ĂȘtre de culture trĂšs diffĂ©rente.

     Ces deux facteurs pourraient mener Ă  une aide inadaptĂ©e, qui pourrait mĂȘme ĂȘtre suicidogĂšne.


     SOS AmitiĂ© Internet, dans le prolongement de son Ă©coute tĂ©lĂ©phonique, offre un service d'Ă©coute web gratuit, fonctionnant par courriel, pour donner aux personnes la possibilitĂ© de mettre des mots sur leurs difficultĂ©s et leur souffrance. Les personnes qui rĂ©pondent aux messages appartiennent Ă  l'Ă©quipe d'Ă©coute au tĂ©lĂ©phone et ont suivi une formation spĂ©cifique Ă  l'Ă©coute Ă©crite. Les messages reçus reçoivent une rĂ©ponse sous 48h.

  - Sous-chapitre : Intervention active auprĂšs d'une personne en Ă©tat d'urgence Ă©levĂ©e


     Actuellement, il n'existe pas de gradation entre la dĂ©marche d'Ă©coute (Aide tĂ©lĂ©phonique et Aide internet) et l'intervention des services d'urgences sur un cas dĂ©jĂ  passĂ© Ă  l'acte.


     La prĂ©vention des cas d'urgence Ă©levĂ©e devant donc ĂȘtre effectuĂ©e par l'entourage ou le mĂ©decin traitant. Ce qui pose les problĂšmes suivants :

    Liste :
  • la formation
  • crĂ©ation de structures d'interventions Ă  mĂȘme de compenser leurs absence





Chapitre : Notes et références


  1. ↑ Moron P. La crise suicidaire. DĂ©finition et limites.
  2. ↑ Moron P. La crise suicidaire. DĂ©finition et limites.
  3. ↑ Hazif-Thomas C. Conceptualisation de la crise suicidaire.
  4. ↑ (en) [http://www.who.int/mental_health/prevention/suicide_rates/en/index.html Tableau de l'OMS (dĂ©cembre 2005).
  5. ↑ (en) Statistiques de l'OMS (06-06-2006).
  6. ↑ Claire GuĂ©laud, « France : les paradoxes d'un pays en proie au doute Â», dans Le Monde du 23-04-2008, [lire en ligne], mis en ligne le 22-04-2008
  7. ↑ Ce qu'il faut savoir sur la santĂ© mentale des Français, 17/11/2009, L'Expansion.com
  8. ↑ (en) Suicide rates per 100,000 by country, year and sex (Table) sur site de l'OMS. ConsultĂ© le 15 octobre 2009
  9. ↑ "Death be not proud", The Economist, 3 mai 2008, p.64 economist.com
  10. ↑ http://www.nationmaster.com/graph/hea_sui_rat_mal-health-suicide-rate-males
  11. ↑ Les chiffres du suicide au Japon en 2008 (Bulletin ADIT-Japon 58273
  12. ↑ [pdf]source OMS (PDF)
  13. ↑ V. not. l'article de Aline Cheynet de BeauprĂ© :Vivre et laisser mourir (D.2003.2980).
  14. ↑ article 115 du code pĂ©nal suisse
  15. ↑ Guy Courtieu, « L'assurance du suicide , suite et fin ? Â» Gazette du Palais, 18 mai 2002, n° 138, p. 2
  16. ↑ JĂ©rĂŽme Kullmann, « Suicide et assurance: une dĂ©jĂ  vieille notion, mais un tout nouveau rĂ©gime Â», Revue GĂ©nĂ©rale du Droit des Assurances, 1 octobre 2002, n° 2002-4, p. 907
  17. ↑ AntĂ©rieurement fixĂ© Ă  deux ans, ce dĂ©lai a Ă©tĂ© ramenĂ© Ă  un an par la loi no 98-546 du 2 juillet 1998 portant diverses dispositions d'ordre Ă©conomique et financier.
  18. ↑ http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/dudh/pala.asp
  19. ↑ Le fantasme du suicide, LibĂ©ration, 4 octobre 2007, p. 18
  20. ↑ L'expression journalistique consacrĂ©e est « immolation par le feu Â», elle est Ă  forte connotation religieuse.
  21. ↑ L'Avent, excellente arme contre le suicide, Swissinfo, 21 dĂ©cembre 2007, citant une Ă©tude de la Clinique psychiatrique universitaire de Zurich. « La diminution du nombre de suicides lors de fĂȘtes est connue depuis longtemps et elle se vĂ©rifie partout oĂč elle a Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©e, explique le sociologue Vladeta Ajdacic-Gross, auteur de la recherche.»
  22. ↑ extrait de dossier sur Doctissimo.fr
  23. ↑
      Liste :
    • Au Canada :
        Liste :
      • cpsquebec.ca
      • 1-418-683-4588 (QuĂ©bec).
      • 514-723-4000(MontrĂ©al).
      • 1-866-APPELLE = 1-866-277-3553, Centre de PrĂ©vention du suicide QuĂ©bec/Canada. Cette ligne bascule l'appel vers le centre de prĂ©vention du suicide de sa rĂ©gion.
  24. ↑ Forum prĂ©sence
  25. ↑ S.O.S AmitiĂ© Internet





Chapitre : Vous pouvez voir également :


  - Sous-chapitre : Bibliographie

Pour Durkheim, le taux de suicide ne peut s'expliquer qu'Ă  partir d'une analyse globale de la sociĂ©tĂ© ; il montre que celui-ci varie en proportion inverse du degrĂ© d'intĂ©gration des groupes sociaux dont fait partie l'individu.
    Liste :
  • Jean Baechler, 1978 : Les Suicides, Calmann-LĂ©vi. ThĂšse sous la direction de Raymond Aron.
Contre-pied de l'explication durkheimienne, l'analyse part de prĂ©supposĂ©s individualistes, et pose une thĂ©orie qui annonce le systĂšme imposant que l'auteur mettra au point ultĂ©rieurement. Réédition 2009 aux Éditions Hermann.
    Liste :
  • Clinique du suicide, coordonnĂ© par GeneviĂšve Morel, ErĂšs, Des travaux et des jours, Paris, 2002
  • Pascal Millet, Michel Debout, Michel Hanus, Jean-Jacques Chavagnat, collectif : « Le deuil aprĂšs suicide Â», dans Études sur la mort, n° 127, 2005, Éditions : L'Esprit du temps, (ISBN 2847950591).
  • Pr Michel Debout, La France du suicide, Ă©ditions Stock.
  • Dupont SĂ©bastien, Lachance Jocelyn (dir.) Errance et solitude chez les jeunes, Paris, TĂ©raĂšdre, 2007.
  • Philippe Labro, Tomber sept fois, se relever huit, Ă©ditions Albin Michel (2003).
  • Gabriel Matzneff, Le Suicide chez les romains.
  • Alain Meunier et GĂ©rard Tixier, Le Grand blues, Payot (21 octobre 2000), 246 pages.
  • Pierre Moron, « Le suicide Â», Presses Universitaires de France, Collection Que sais-je ?
  • Romi, Suicides passionnĂ©s, historiques, bizarres, littĂ©raires. Éditions Serg, Paris, 1964
  • Xavier Pommereau, L’Adolescent suicidaire, Dunod, 3 Ă©dition (10 fĂ©vrier 2005), 268 pages.
  • Yves Prigent, « La Souffrance suicidaire Â», DesclĂ©e de Brouwer (1 octobre 1996), collection Intelligence du corps, 198 pages.
  • M. de Clerc, Suicide et tentatives de suicide, Louvain Med. 117 : S502—S508, 1998. [pdf] Version disponible en ligne.
  • François Ladame : Adolescence et suicide, Ă©diteur : EME Editions Sociales Françaises (ESF), 1980, (ISBN 2710107546).
  • Jean TeulĂ©, Le magasin des suicides, Julliard (janvier 2007), 162 pages.
  • Bernard Diu, La constellation de la Vierge. Autobiographie d'un savant aux prises avec la Vie, Éditions Hermann, coll. « Hermann LittĂ©rature Â», 2008.

  - Sous-chapitre : Articles connexes


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  - Sous-chapitre : Liens externes


     CatĂ©gorie Suicide de l’annuaire dmoz


     


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