Définition Wikipédia de : Suicide
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Le suicide (du latin suicidium, du verbe sui caedere « se massacrer soi-mĂȘme ») est lâacte dĂ©libĂ©rĂ© de mettre fin Ă sa propre vie. Dans le domaine mĂ©dical, on parle aussi dâautolyse (du grec αáœÏÎż- / auto- « soi-mĂȘme » et λÏÏÎčÏ / lĂșsis « destruction »).

Suite de l'article :
Pour considĂ©rer qu'on est en prĂ©sence dâun suicide, la mort doit ĂȘtre lâintention de lâacte et non simplement une de ses consĂ©quences. Un attentat-suicide, par exemple, sera considĂ©rĂ© comme relevant plus dâune action terroriste ou d'une forme de martyre, selon la personne qui parle, que du suicide. Si le suicide a des consĂ©quences lĂ©gales, il doit ĂȘtre gĂ©nĂ©ralement prouvĂ© quâil y a eu intention et mort pour que lâacte soit qualifiĂ© comme tel selon la loi.
Le suicide est un acte complexe, qu'on ne peut pas prétendre approcher avec une seule discipline. C'est pourquoi, lorsqu'on parle de suicide, il est logique de faire appel à la médecine, la psychopathologie, la sociologie, l'anthropologie, la philosophie, la théologie, l'histoire...

Chapitre : Quelques définitions
- Suicide : acte délibéré de mettre fin à sa propre vie.
- Suicidé : personne décédée par suicide.
- Suicidant : personne qui s'est manifestée par un comportement auto-agressif à finalité plus ou moins autolytique.
- Tentative de suicide : acte auto-agressif destiné à mettre fin à sa vie auquel le sujet survit.
- Idéation suicidaire : idée que se fait un individu selon laquelle le suicide pourrait constituer une solution à la situation dans laquelle il se trouve et qu'il juge insupportable ou bien à la douleur morale et à la détresse qu'il éprouve.
- Crise suicidaire : état au cours duquel l'idéation suicidaire devient envahissante.
- Suicidaire : « celui qui, sans rĂ©aliser un geste directement auto-agressif, multiplie par ses comportements, les situations de risque oĂč parfois sa vie, en tout cas sa santĂ©, peut ĂȘtre mise en jeu ».
- Ăquivalent suicidaire : ce terme recouvre diffĂ©rentes situations : certains refus de soins au cours de maladies graves, certains accidents, ou prises de risques extrĂȘmes, etc.

Chapitre : Statistiques mondiales
Les statistiques sont jugées plus ou moins fiables selon les pays. Certains suicides peuvent passer pour des morts naturelles ou accidentelles ou des crimes (et inversement). La précision de ces statistiques dépend aussi de maniÚre dont la médecine légale et de la police travaillent.
| Rang | Pays | Année | Hommes | Femmes | Moyenne pop. totale |
| 1. | Lituanie | 2005 | 68,1 | 12,9 | 38,6 |
| 2. | Biélorussie | 2003 | 63,3 | 10,3 | 35,1 |
| 3. | Russie | 2004 | 61,6 | 10,7 | 34,3 |
| 4. | Kazakhstan | 2003 | 51,0 | 8,9 | 29,2 |
| 5. | Slovénie | 2003 | 45,0 | 12,0 | 28,1 |
| 6. | Hongrie | 2003 | 44,9 | 12,0 | 27,7 |
| 7. | Lettonie | 2004 | 42,9 | 8,5 | 24,3 |
| 8. | Japon | 2004 | 35,6 | 12,8 | 24,0 |
| 9. | Ukraine | 2004 | 43,0 | 7,3 | 23,8 |
| 10. | Sri Lanka | 1996 | ? | ? | 21,6 |
En France en 2008, selon les sources, le taux de suicide est de 16,2 pour 100 000 habitants ou bien exprimé de la façon suivante par l'OMS : 26,4 pour les hommes et 7,2 pour les femmes.
Parmi les pays de l'OCDE, les taux de suicide sont les plus forts au Japon et en France (de 15 Ă 20 pour 100 000) et les plus faibles en Italie, Grande-Bretagne et aux Ătats-Unis.
Curieusement, la SuĂšde garde en France la rĂ©putation d'un pays oĂč l'on se suicide beaucoup, alors que la pratique y est par million d'habitants 30% infĂ©rieure Ă celle de la France. Les taux de suicide sont en revanche encore supĂ©rieurs en Autriche et Hongrie (mĂȘme source).
Le Japon est le pays oĂč le taux de suicide est le plus Ă©levĂ© chez les adolescents. Mais la moyenne d'Ăąge des suicidĂ©s y reste Ă©levĂ©e en raison de la proportion Ă©levĂ©e de personnes ĂągĂ©es parmi les suicidĂ©s. En 2008, 32 000 Japonais environ se sont tuĂ©s eux-mĂȘmes selon la police (pour 33 100 cas en 2007). C'est la onziĂšme annĂ©e (consĂ©cutive) qu'il y a plus de 30 000 suicidĂ©s/an au Japon.
Le Japon a commencĂ© en 2009 Ă publier des statistiques mensuelles (ex. : 2 650 cas en janvier 2009 ; Ă comparer aux 2 300 cas recensĂ©s par le MinistĂšre de la SantĂ©, du Travail et du Bien-ĂȘtre pour janvier 2007) .

Chapitre : ĂpidĂ©miologie contemporaine du suicide
Article détaillé : Suicide (épidémiologie).
L'Ă©pidĂ©miologie du suicide est une discipline de l'Ă©pidĂ©miologie qui vise Ă connaĂźtre l'Ă©tude de la rĂ©partition, et des dĂ©terminants du suicide dans les populations. Dans le monde, 815 000 personnes se sont suicidĂ©es en 2000, soit 14,5 mort pour 100 000 habitants (un mort toutes les 40 secondes). L'Ă©pidĂ©miologie du suicide reste cependant trĂšs variable selon les pays, et parfois mĂȘme entre communautĂ©s diffĂ©rentes dans un mĂȘme pays.
Les tentatives de suicide sont beaucoup plus fréquentes, mais leur nombre est trÚs difficile à évaluer.
La surveillance de l'évolution de l'incidence des suicides en France est effectuée par le réseau Sentinelles de l'Inserm.

Chapitre : Psychiatrie et suicide
Article détaillé : Point de vue médical sur le suicide.
Dans un grand nombre de cas, le suicide s'intÚgre à l'évolution d'une pathologie psychiatrique, le plus souvent état dépressif, schizophrénie, trouble de la personnalité, etc.

Chapitre : Le suicide et la loi
Il fut des Ătats oĂč, ironiquement, le suicide pouvait ĂȘtre condamnĂ© par la peine de mort. En France, le suicide n'est plus rĂ©primĂ© depuis le Code pĂ©nal de 1810.
- Sous-chapitre : Suicide assisté ou euthanasie
L'Euthanasie (Bonne mort) et l'Aide au suicide (Exécuter la décision d'un malade) font aujourd'hui (2007) l'objet de débats et de polémiques dans plusieurs pays d'Europe ou d'Amérique du nord.
En France, il est actuellement condamné comme homicide. La Loi entérine la réprobation sociale dont le suicide est entaché : l'aide au suicide est prohibée pour « abstention volontaire de porter assistance à personne en péril » (article 223-6 du Code pénal, concept plus connu sous le nom de « non-assistance à personne en danger »). En 2007, l'Affaire Vincent Humbert a souligné cette particularité du droit français..
La Cour europĂ©enne des droits de l'homme, dans son arrĂȘt Pretty c. Royaume-Uni du 29 avril 2002, a dĂ©clarĂ© Ă l'unanimitĂ© que le suicide n'entrait dans le champ d'aucun droit de l'homme, ni de l'article 2 de la Convention protĂ©geant le droit Ă la vie :
« En consĂ©quence, la Cour estime quâil nâest pas possible de dĂ©duire de lâarticle 2 de la Convention un droit Ă mourir, que ce soit de la main dâun tiers ou avec lâassistance dâune autoritĂ© publique. »
Il est autorisĂ© dans des pays comme les Pays-Bas, la Belgique, l'Oregon (aux Ătats-Unis). En Suisse, le code pĂ©nal la tolĂšre puisque l'article 115 prĂ©voit de punir l'assistance au suicide si elle est causĂ©e par des « motifs Ă©goĂŻstes ». Deux associations, Exit et Dignitas ont Ă©tĂ© créées dans le but d'aider des malades en phase terminale Ă mettre fin Ă leurs jours.
- Sous-chapitre : Délit de provocation au suicide (droit français)
à la suite de la publication du livre Suicide, mode d'emploi, a été créé en 1987 le délit de « provocation au suicide » (art. 223-13 à 223-15-1 du Code pénal), ayant pour conséquence l'interdiction de publication de l'ouvrage.
- Sous-chapitre : Suicide et assurances en droit français
Législation
En France, l'article L132-7 du Code des assurances dispose :
- L'assurance en cas de décÚs est de nul effet si l'assuré se donne volontairement la mort au cours de la premiÚre année du contrat.
- L'assurance en cas de décÚs doit couvrir le risque de suicide à compter de la deuxiÚme année du contrat. En cas d'augmentation des garanties en cours de contrat, le risque de suicide, pour les garanties supplémentaires, est couvert à compter de la deuxiÚme année qui suit cette augmentation.
- Les dispositions du premier alinéa ne sont pas applicables aux contrats mentionnés à l'article L. 141-1 souscrits par les organismes mentionnés au dernier alinéa de l'article L. 141-6.
- L'assurance en cas de dĂ©cĂšs doit couvrir dĂšs la souscription, dans la limite d'un plafond qui sera dĂ©fini par dĂ©cret, les contrats mentionnĂ©s Ă l'article L. 141-1 souscrits par les organismes mentionnĂ©s Ă la derniĂšre phrase du dernier alinĂ©a de l'article L. 141-6, pour garantir le remboursement d'un prĂȘt contractĂ© pour financer l'acquisition du logement principal de l'assurĂ©.
Jurisprudence
« Attendu qu'en énonçant qu'aucun élément ne permettait de penser que l'assuré n'avait pas eu la jouissance de sa raison au moment de son suicide, aprÚs avoir relevé, d'une part, que son corps avait été retrouvé dans sa voiture garée dans un lieu clos, moteur allumé et l'habitacle relié au pot d'échappement par un tuyau, et d'autre part, que la victime avait laissé à sa veuve une lettre dépourvue d'équivoque quant à ses intentions, c'est sans inverser la charge de la preuve que la cour d'appel a retenu l'existence d'un suicide volontaire et conscient soumis à l'article L. 132-7 du Code des assurances, dans sa rédaction antérieure à la loi n° 98-546 du 2 juillet 1998, qui n'est pas applicable à l'espÚce dÚs lors que le sinistre lui est antérieur ; que le moyen est sans fondement. »

Chapitre : Un point de vue historique sur le suicide
Dans l'Empire romain, il était d'usage qu'un proche de l'empereur désirant mettre fin à ses jours en demande au préalable l'autorisation à ce dernier. On en trouve l'illustration par exemple dans les Mémoires d'Hadrien (qui est une fiction solidement documentée de Marguerite Yourcenar).
Dans l'AntiquitĂ©, le suicide Ă©tait commis aprĂšs une dĂ©faite dans une bataille afin d'Ă©viter la capture et les possibles tortures, mutilations ou la mise en esclavage par l'ennemi. Ainsi, au cours de la seconde guerre punique, la princesse carthaginoise Sophonisbe s'empoisonna pour ne pas tomber aux mains des Romains. Brutus et Cassius, les assassins de Jules CĂ©sar, se suicidĂšrent Ă la suite de la dĂ©faite de la bataille de Philippes. ClĂ©opĂątre VII, derniĂšre reine d'Egypte, mit Ă©galement fin Ă ses jours pour ne pas ĂȘtre emmenĂ©e prisonniĂšre Ă Rome. Les Juifs de Massada offrent un autre exemple en se suicidant massivement en 74 av. J.-C. pour Ă©chapper Ă la mise en esclavage par les Romains.
Dans la sociĂ©tĂ© romaine, le suicide Ă©tait un moyen acceptĂ© par lequel on pouvait prĂ©server son honneur. Ceux qui Ă©taient jugĂ©s pour des crimes capitaux, par exemple, pouvaient empĂȘcher la confiscation des biens et propriĂ©tĂ©s familiaux en se suicidant avant la condamnation par le tribunal. On soulignait alors ironiquement que Domitien, l'empereur romain, montrait sa pitiĂ© et misĂ©ricorde de dieu sur l'amour en permettant Ă un homme condamnĂ© de se suicider.
Ă la fin du XVIII siĂšcle, Goethe publie Les Souffrances du jeune Werther (Die Leiden des jungen Werther), une histoire romantique oĂč le jeune Werther se suicide parce que son amour est inaccessible. Le roman connaĂźt un rĂ©el succĂšs et cause une vague de suicides en Allemagne. Le poĂšte Alfred Alvarez publie une Ă©tude sur le suicide en littĂ©rature intitulĂ©e Le Dieu sauvage ; essai sur le suicide.
Jean AmĂ©ry publie un livre, en 1976, sur le suicide oĂč il dĂ©fend la thĂšse selon laquelle le suicide reprĂ©sente l'ultime libertĂ© de l'humanitĂ©. Il se suicide deux ans plus tard.
Notons aussi le seppuku (communĂ©ment appelĂ© Hara-kiri) des samouraĂŻs qui, par honneur et respect du Bushido, se tuaient pour ne pas ĂȘtre prisonnier ou pour restituer l'honneur de leur famille ou de leur clan, suite Ă une faute.

Chapitre : Les religions face au suicide
Le suicide est traditionnellement un acte condamnĂ© dans le cadre des religions monothĂ©istes. En effet, si le fait de se suicider est d'abord un acte qui va contre soi-mĂȘme, l'« appartenance » de la destinĂ©e de l'homme Ă Dieu fait que cet acte devient une rupture de la relation spĂ©cifique entre l'homme et Dieu et un acte allant contre la souverainetĂ© de Dieu.
Le point de vue catholique a été précisé dÚs le premier concile de Braga qui s'est tenu vers 561 : il déclare que le suicide est criminel dans la chrétienté, sauf chez les « fous ».
Le premier concile de Braga entendait lutter contre les modes de pensĂ©e paĂŻens Ă une Ă©poque encore profondĂ©ment marquĂ©e par la mentalitĂ© romaine oĂč le suicide Ă©tait prĂ©sentĂ© comme une voie noble, une mort honorable, recommandable pour racheter un crime alors que le christianisme voulait marquer que pour lui seul le pardon, l'acceptation de se livrer Ă la justice pour un criminel, Ă©tait la seule voie acceptable.
L'islam interdit le suicide et le considĂšre comme un pĂ©chĂ© (voire un crime). D'aprĂšs un hadith, Mahomet aurait refusĂ© de prier sur un suicidĂ© qui lui fut prĂ©sentĂ©, cependant il avait ordonnĂ© Ă ses compagnons de tout de mĂȘme le faire.
Article détaillé : Point de vue religieux sur le suicide.

Chapitre : Point de vue anthropologique : les différences culturelles
Le suicide est perçu assez différemment selon les cultures ; si dans les sociétés occidentales, il a longtemps été considéré comme immoral et déshonorant, il est dans d'autres sociétés justement le moyen de recouvrer un honneur perdu.
En Asie, il existe des formes de suicide ritualisé comme les jauhùr et satß indiens. Le seppuku japonais quant à lui est un suicide vu comme une issue honorable face à certaines situations perçues comme trop honteuses ou sans espoir.

Chapitre : Typologie du suicide, selon Ămile Durkheim
Ămile Durkheim, un des fondateurs de la sociologie, publie en 1897, son fameux livre Le Suicide oĂč il analyse ce phĂ©nomĂšne sous un angle social. Il distingue quatre sortes de suicide : le suicide Ă©goĂŻste, le suicide altruiste, le suicide anomique et le suicide fataliste. Dans chaque cas, la dĂ©sintĂ©gration sociale est la cause premiĂšre vĂ©ritable.
- Sous-chapitre : Le suicide « altruiste »
Il est particuliĂšrement dĂ©veloppĂ© dans les sociĂ©tĂ©s oĂč l'intĂ©gration est suffisamment forte pour nier l'individualitĂ© de ses membres. L'individu est tellement absorbĂ© dans son groupe que sa vie ne peut exister en dehors des limites de ce groupe.
Exemples de suicides « altruistes » :
- Suicide des prĂȘtres de certaines religions orientales ;
- Suicide traditionnel des personnes ùgées, devenues un poids pour la famille, au Japon ;
- Suicide des militaires jeunes retraités.
- Suicide de soldats aprÚs une défaite, pour préserver leur honneur (ex: Les Japonais se suicidant à l'aide de grenades pendant leur défaite d'Iwo Jima, lors de la Seconde Guerre mondiale)
- Sous-chapitre : Le suicide « égoïste »
Présence ici, à l'inverse du suicide « altruiste » (voir ci-dessus), d'une intégration faible, d'une individualisation démesurée et qui s'affirme au détriment du moi social, ainsi que d'une désagrégation de la société. Il est le signe d'une société trop déstructurée pour fournir un motif valable d'existence à certains de ses individus.
C'est, par exemple, le suicide de l'adolescent solitaire. La famille et la religion protÚgent « en principe » contre ce type de suicide.
- Sous-chapitre : Le suicide « anomique »
Le suicide anomique est dĂ» Ă des changements sociaux trop rapides pour que les individus puissent adapter leurs repĂšres moraux. Le mot « anomie » vient du grec áŒÎœÎżÎŒÎŻÎ± / anomĂa et signifie « absence de rĂšgle, violation de la rĂšgle ». Il a Ă©tĂ© empruntĂ©, dans un premier temps, en philosophie par Jean-Marie Guyau (1854-1888) qui, Ă la diffĂ©rence des Grecs, l'utilisait de façon positive : l'anomie reprĂ©sente l'affranchissement des limites virtuelles fixĂ©es par l'homme. Cependant, le sociologue français Ămile Durkheim (1858-1917), en Ă©tudiant le comportement suicidaire, l'utilise mais revient sur une vision plus sombre et nĂ©gative du mot, oĂč la rupture des rĂšgles peut ĂȘtre trĂšs nĂ©faste au psychisme et conduire au suicide.
Il a Ă©tĂ© montrĂ© par des Ă©tudes que le suicide croĂźt de façon proportionnelle aux dĂ©rĂšglements d'ordre social et d'ordre Ă©conomique : qu'il s'agisse de crises boursiĂšres ou dâembellie Ă©conomique, le taux de suicide augmente car l'individu perd ses repĂšres et ses rĂ©gulateurs.Ce suicide est donc frĂ©quent dans les groupes sociaux oĂč la rĂ©gulation est faible.
- Sous-chapitre : Le suicide « fataliste »
Le suicide fataliste se dĂ©finit par la prise en compte par l'individu d'un destin murĂ©, immuable. Il a lieu dans les groupes sociaux oĂč la rĂ©gulation est forte.
- Suicide du kamikaze, de celui dont l'« avenir est impitoyablement muré ». On retrouve aussi dans cette catégorie le suicide des époux trop jeunes ou celui des esclaves et des prisonniers.
- Sati, en Inde: pratique qui enjoint aux veuves de se placer sur le bĂ»cher oĂč l'on doit brĂ»ler le corps de leur mari ; de par la pression sociale elles ne peuvent refuser ce « suicide » et ne choisissent pas toujours consciemment de se sacrifier.
- Commandant de navire qui ne peut envisager la vie sans son bateau et qui préfÚre couler avec celui-ci.
Distinction sexuelle, selon Durkheim
Bien que Durkheim ait tentĂ© de fournir des explications sociologiques aux phĂ©nomĂšnes qu'il Ă©tudiait, il a tout de mĂȘme insĂ©rĂ© des explications, sexistes, biologisantes et naturalisantes de certains comportements sociaux. Par exemple, dans le cas de son Ă©tude sur le suicide, il a dĂ©clarĂ© que si les femmes se suicidaient moins que les hommes, aprĂšs un deuil ou un divorce, cela Ă©tait dĂ» Ă leur Ă©tat infĂ©rieur de nature, donc Ă plus d'autonomie de leur part :
« Mais cette consĂ©quence de divorce est spĂ©ciale Ă l'homme, elle n'atteint pas l'Ă©pouse. En effet, les besoins sexuels de la femme ont un caractĂšre moins mental, parce que d'une maniĂšre gĂ©nĂ©rale sa vie mentale est moins dĂ©veloppĂ©e. Ils sont plus immĂ©diatement en rapport avec les exigences de l'organisme, les suivent plus qu'ils ne les devancent et y trouvent par consĂ©quent un frein efficace. Parce que la femme est un ĂȘtre plus instinctif que l'homme, pour trouver le calme et la paix, elle n'a qu'Ă suivre ses instincts. Une rĂ©glementation sociale aussi Ă©troite que celle du mariage et, surtout, du mariage monogame ne lui est donc pas nĂ©cessaire. »
â Durkheim (1897) Le suicide, page 306.

Chapitre : Autres formes de suicide
Le XX siÚcle a connu des suicides de protestation, en particulier par le feu (bonze Thich Quang Duc protestant ainsi contre la guerre du Vietnam en 1963, étudiant tchÚque Jan Palach contre l'occupation de son pays). Le suicide en France d'un jeune ouvrier auquel sa direction voulait interdire de porter les cheveux longs à la fin des années 1960 a été trÚs médiatisé. Enfin, le professeur Alfred Métraux a explicitement indiqué que son suicide avait pour but de signaler les conditions de vie pénibles des personnes ùgées dans la société de son époque.

Chapitre : Les différentes techniques de suicide
Le saut dâun endroit Ă©levĂ© et la pendaison sont les moyens de suicide les plus frĂ©quents. Le suicide peut aussi se faire par arme Ă feu, noyade, gazage. Le suicide peut se faire par administration de poisons comme des barbituriques ou bien des pesticides mais aussi par certaines drogues mĂ©dicamenteuses Ă hautes doses. Certaines personnes s'ouvrent les veines. Plus rarement il existe aussi le seppuku, parfois dĂ©signĂ© en France sous le nom de hara-kiri.

Chapitre : Philosophie et suicide
Article détaillé : Suicide et philosophie.
Le suicide est vu bien diffĂ©remment selon le courant philosophique l'Ă©voquant. Il peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un acte suprĂȘme de libertĂ© ou une option de faiblesse et de renoncement, voire de sacrifice.
Du point de vue contraire, le suicide est mis en opposition avec l'humanité. En effet, la mort fait partie de la nature. Se donner la mort, c'est donc renier la nature et s'opposer à elle. C'est s'éloigner de son humanité.
Pour Platon, qui Ă©tait alors croyant, la mort Ă©tait la propriĂ©tĂ© des Dieux, et des Parques qui coupaient le fil de la vie. Pour Platon, se suicider, c'est donc aller contre la volontĂ© des DieuxâŠ
Paul Valéry mentionne dans Tel Quel que le suicide est en général dû à l'impossibilité pour sa victime de supprimer chez elle une idée lui causant souffrance, et à laquelle elle pense donc ne pouvoir mettre fin qu'avec sa propre vie.
Pour Jean-Jacques Delfour, le suicidant ne peut pas vouloir mourir, puisqu'il ignore ce qu'est la mort, dans le sens oĂč il n'en a pas l'expĂ©rience. Le suicide, pour lui, est uniquement une maniĂšre de mettre fin Ă une souffrance. Cependant, s'ils mettent fin Ă leur souffrance, ils mettent aussi fin Ă la suppression de cette souffrance et donc n'en bĂ©nĂ©ficient pas ; et la libertĂ© que l'on a sur sa vie, le pouvoir de se tuer, disparaĂźt avec la vie elle-mĂȘme, on n'a donc pas l'occasion d'en jouir. Pour lui, il n'y a donc pas Ă proprement parler de suicide, mais une agression du corps pour laquelle rien n'est venu interrompre le processus mortel.

Chapitre : Politique et suicide
Le suicide a Ă©tĂ© utilisĂ© dans lâhistoire comme un acte politique dâopposition et de contestations. Nous ne traiterons pas de lâattentat-suicide.
Le suicide peut ĂȘtre un acte politique, proche du martyre. Dans le Japon mĂ©diĂ©val, toute critique du Shogun s'accompagnait d'un seppuku de l'accusateur. A l'Ă©poque contemporaine, le suicide est utilisĂ© pour protester de façon spectaculaire, notamment par autocrĂ©mation, contre une situation jugĂ©e insupportable :
- Le 11 juin 1963, Ă SaĂŻgon, le bonze ThĂch QuáșŁng Äức s'est suicidĂ© pour protester contre le rĂ©gime dictatorial pro-amĂ©ricain du prĂ©sident vietnamien NgĂŽ ÄĂŹnh Diá»m. Ce geste a Ă©tĂ© imitĂ© par la suite ;
- Jan Palach et Jan ZajĂc en 1969 pour protester contre la rĂ©pression soviĂ©tique du printemps de Prague ;
- Trois membres de l'Organisation des moudjahiddines du peuple iranien, en 2003, pour dénoncer l'arrestation de Maryam Radjavi par la police française.
- Josiane Nardi en France le 18 octobre 2008 pour protester contre la politique d'expulsion de son compagnon arménien sans-papiers.

Chapitre : Psychopathologie de la crise suicidaire

Chapitre : Les déterminants du passage à l'acte suicidaire
La psychiatrie, la psychologie, la sociologie, la philosophie, la théologie et le droit s'intéressent dans leurs domaines respectifs à la question du suicide. à cÎté de ces études théoriques, il existe des mesures pratiques pour la prévention du suicide et l'accompagnement de ceux qui commettent une tentative de suicide.
MalgrĂ© les efforts pour prĂ©venir et traiter ces pathologies, le suicide demeure un problĂšme majeur de santĂ© publique. Le dĂ©fi Ă propos du suicide est de mettre au point un modĂšle explicatif et prĂ©dictif, c'est-Ă -dire qui repose sur une physiopathologie en grande partie Ă dĂ©couvrir et qui intĂšgre les facteurs de risque actuellement connus. Un suicide rĂ©ussi est frĂ©quemment prĂ©cĂ©dĂ© par un processus suicidaire qui devient manifeste Ă travers les propos du sujet et/ou ses tentatives de suicide. La capacitĂ© Ă rĂ©pondre Ă lâadversitĂ© psychosociale et Ă la pathologie mentale par un comportement suicidaire traduit une prĂ©disposition sous-jacente. La prĂ©vention du suicide pour ĂȘtre efficace doit prendre en compte cette prĂ©disposition.
Le suicide peut ĂȘtre dĂ» Ă des difficultĂ©s psychologiques, notamment une grave dĂ©pression. Les autres cas (suicide Ă la suite d'un dĂ©shonneur par exemple) sont plus rares dans les cultures occidentales. On a observĂ© des cas oĂč un suicide s'accompagnait du meurtre d'autres personnes (souvent le compagnon, les enfants), on parle dans ces cas de suicide Ă©tendu ou Ă©largi.
Il peut arriver que la cause du suicide soit une rĂ©flexion sur l'existence mĂȘme, influencĂ©e par la philosophie nihiliste.
- Sous-chapitre : Facteurs de risque du suicide
Le suicide a en général des causes multiples. On peut classer les facteurs menant au suicide en trois catégories :
Les facteurs primaires
Les facteurs primaires sont des facteurs sur lesquels on peut agir, ils ont une valeur d'« alerte ».
Ce sont les antécédents personnels (tentatives de suicide précédentes, troubles de l'humeur), les antécédents familiaux (si des proches se sont suicidés, cela peut prendre une valeur d'« exemple ») et les troubles psychiatriques avérés (schizophrénie, toxicomanie, alcoolisme, etc.).
Conseiller à un dépressif de se débarrasser des armes à feu qu'il possÚde chez lui fait statistiquement baisser ses réussites de suicide, car l'usage d'une arme à feu est simple et rapide, ce qui peut conduire au geste fatal pendant un court moment d'égarement.
Les facteurs secondaires
Les facteurs secondaires sont des facteurs sur lesquels on peut faiblement agir, et qui n'ont en soi qu'une faible valeur prédictive, sauf associés à des facteurs primaires. Il s'agit essentiellement de la situation sociale (isolement, solitude, chÎmage) et d'événements passés traumatisants (deuil, abus sexuels, séparation, maltraitance).
Les maladies chroniques sont peu suicidogÚnes, mis à part pour les personnes ùgées.
Les facteurs tertiaires
Ce sont des facteurs sur lesquels on ne peut que difficilement agir, et qui n'ont de valeur prédictive qu'en présence de facteurs primaires ou secondaires. C'est par exemple l'ùge (la probabilité la plus forte est entre 35 et 54 ans, et au-delà de 70 ans) ou l'appartenance au sexe masculin (cf. la section Statistiques).
- La difficulté d'accepter son orientation sexuelle et affective (faible estime de soi)
- L'Ă©poque de l'annĂ©e a Ă©galement une influence. On remarque un creux Ă la fin de l'annĂ©e, durant les fĂȘtes, peut-ĂȘtre en raison d'un rapprochement entre les gens.
- Certaines études tentent d'établir une corrélation entre le nombre de suicides et la longueur des jours pendant la période hivernale. En effet, la lumiÚre a un effet antidépresseur.
- Sous-chapitre : Facteurs de protection
On note plusieurs facteurs de protection qui permettent de contrebalancer certains effets négatifs des facteurs de risque associés au suicide. Voici quelques exemples :
- Stratégies de gestion du stress adéquates
- Réseau social disponible et significatif
- Ouverture Ă recevoir de l'aide
- Estime de soi et confiance en soi élevées
- Support des enseignants et d'autres adultes en milieu scolaire
- Vision de l'école comme un lieu d'investissement
- Confiance en ses capacités à faire face aux obstacles de la vie

Chapitre : Modélisation du comportement suicidaire
« Il est trĂšs important de pouvoir modĂ©liser le comportement suicidaire car sa prĂ©dictibilitĂ© est actuellement trĂšs faible. Bien que la majoritĂ© des sujets qui font une tentative de suicide ou se suicident ne sont pas connus comme souffrant d'un trouble psychiatrique, les enquĂȘtes dites « d'autopsie psychologique » rĂ©alisĂ©es dans l'entourage de sujets suicidĂ©s nous montrent que 90 Ă 95 % des sujets dĂ©cĂ©dĂ©s par suicide prĂ©sentaient un trouble psychiatrique. »
â ConfĂ©rence de consensus, La Crise suicidaire, ANAES p. 77
Deux modĂšles principaux ont Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©s pour expliquer et prĂ©voir le comportement suicidaire. Ces deux modĂšles se complĂštent plus quâils ne sâexcluent.
- Sous-chapitre : Le modÚle stress-prédisposition
Les auteurs partent des constatations suivantes : 90 % des victimes de suicide souffraient dâune pathologie psychiatrique au moment de leur mort mais beaucoup de patients psychiatriques ne font pas de tentatives de suicide. Un diagnostic psychiatrique est une condition nĂ©cessaire mais non suffisante pour se suicider. Il est donc nĂ©cessaire dâidentifier des facteurs de risque suicidaire en dehors du diagnostic psychiatrique.
Une tentative de suicide antĂ©rieure est le meilleur prĂ©dicateur dâune tentative de suicide future mais seulement 20 Ă 30 % des patients qui se suicident ont fait avant une tentative de suicide. Un premier rĂ©sultat important est que les patients qui font une tentative de suicide ne diffĂšrent pas significativement de ceux qui nâen font pas en termes de sĂ©vĂ©ritĂ© de la psychopathologie aiguĂ«. Ceci va Ă lâencontre dâune idĂ©e reçue selon laquelle la gravitĂ© des symptĂŽmes prĂ©dispose au suicide.
Par contre, lâintensitĂ© de lâidĂ©ation suicidaire est un facteur de risque de passage Ă lâacte. Dans le risque suicidaire, la pathologie intervient par certains paramĂštres longitudinaux :
- le nombre dâĂ©pisodes psychopathologiques avant la tentative de suicide est un facteur pronostique,
- lâĂąge de dĂ©but de la pathologie : la prĂ©cocitĂ© de lâĂąge de dĂ©but est un facteur de risque.
Des éléments stables du comportement sont retrouvés comme des marqueurs de prédisposition :
- la dimension dâimpulsivitĂ©/agressivitĂ© ;
- un trouble de la personnalité associé ;
- des antĂ©cĂ©dents dâalcoolisme ou dâabus/ dĂ©pendance Ă une substance ;
- le fait de fumer ;
- un antécédent de traumatisme crùnien ;
- des antécédents familiaux de tentative de suicide ;
- des abus et/ou violences dans lâenfance.
- Sous-chapitre : Le modĂšle dit du processus suicidaire
C'est le modĂšle qui a Ă©tĂ© retenu par lâINSERM dans ses travaux sur le suicide. Il est possible dâobserver un processus suicidaire chez lâindividu avant le passage Ă lâacte. Les personnes suicidaires prĂ©sentent une fragilitĂ© (facteurs de risque accumulĂ©s) qui les prĂ©disposerait Ă rĂ©agir de façon inadaptĂ©e lors de situations stressantes. Une perte quelconque (exemple : perte dâun(e) ami(e) ou deuil d'un proche) enclenche le processus. Une pĂ©riode dĂ©pressive suit la perte ; puis lâĂ©tape de la crise sâinstalle. LâĂ©tat de crise peut ĂȘtre accompagnĂ© dâidĂ©ations passagĂšres qui se transformeront en rumination, puis en cristallisation (formation dâun plan prĂ©cis pour passer Ă l'acte : oĂč ? quand ? comment ?) pour aboutir Ă la tentative planifiĂ©e. Dans la majoritĂ© des cas, le suicide nâest donc pas un acte impulsif, mais plutĂŽt un acte prĂ©mĂ©ditĂ© qui rĂ©sulte d'un processus bien dĂ©fini. Ceci permet de rĂ©aliser qu'une intervention spĂ©cifique est possible Ă chacune des Ă©tapes. La personne intervenant auprĂšs d'un individu suicidaire doit ĂȘtre attentive aux signes associĂ©s Ă chaque phase du processus.
Le processus suicidaire est un processus qui se déroule sur quelques heures ou quelques jours. On y distingue trois étapes :
- Les pensées ou idées suicidaires (idéation suicidaire) ;
- La crise suicidaire : les pensĂ©es de suicide deviennent omniprĂ©sentes (ruminations) et le patient Ă©labore des scĂ©narios de passage Ă lâacte ;
- Le passage Ă lâacte suicidaire.
Les Ă©tudes faites sur la cognition du suicide ont trouvĂ© les caractĂ©ristiques suivantes qui prĂ©disposent au passage Ă lâacte suicidaire en situation de stress :
- Tendance Ă se considĂ©rer comme perdant lorsquâil est confrontĂ© aux risques psychosociaux ;
- IncapacitĂ© Ă percevoir une possibilitĂ© de fuite, ce qui est Ă mettre en rapport avec une mĂ©moire autobiographique remplie dâĂ©checs et dâincapacitĂ©s Ă rĂ©soudre les problĂšmes ;
- Sentiment que personne ne peut rien pour lui (sentiment de désespoir).
Cette cognition particuliĂšre semble devoir ĂȘtre mise en relation avec un dĂ©ficit des fonctions exĂ©cutives avec en particulier des difficultĂ©s dans lâĂ©laboration des stratĂ©gies de prise de dĂ©cisions comme cela a Ă©tĂ© montrĂ© dans une Ă©tude rĂ©cente. Enfin, nous dirons quelques mots de la neurobiologie du suicide. Le trait trĂšs rĂ©guliĂšrement retrouvĂ© est le dysfonctionnement du systĂšme sĂ©rotoninergique que celui-ci soit attestĂ© par une diminution des mĂ©tabolites urinaires de la sĂ©rotonine, ou des mĂ©tabolites au niveau du liquide cĂ©phalorachidien, ou encore par une baisse de la fixation de la sĂ©rotonine au niveau prĂ©frontal. Pour une revue dĂ©taillĂ©e, on pourra consulter The neurobiology of suicide and suicidability.
Références
- Mann JJ, Waternaux C., Haas GL., and al., Toward a clinical model of suicidal behavior in psychiatric patients, Am J Psychiatry, 1999, 156: 181-189.
- Maria A. Oquendo, Hanga Galfalvy, Stefani Russo, Steven P. Ellis, Michael F. Grunebaum, Ainsley Burke, and J. John Mann, Prospective Study of Clinical Predictors of Suicidal Acts After a Major Depressive Episode in Patients With Major Depressive Disorder or Bipolar Disorder, Am J Psychiatry, Aug 2004; 161: 1433 - 1441.
- INSERM, La Crise suicidaire, Conférence de consensus. 2001 John Libbey Eurotext.
- Keilp JG., Sackeim HA., Brodsky BS. And al., Neuropsychological dysfunction in depressed suicide attempters, Am J Psychiatry, 2001, 158: 735-741.
- Va Heeringen K. The neurobiology of suicide and suicidability. The Canadian journal of Psychiatry, juin 2003.

Chapitre : Prévention du suicide
Le suicide est gĂ©nĂ©ralement annoncĂ© ; beaucoup de suicidĂ©s essaient de prĂ©venir leurs proches et laissent une lettre d'adieu afin d'expliquer leur geste. Ces pensĂ©es sont Ă prendre au sĂ©rieux ; s'il y a un risque de tentative de suicide, il faut en parler avec la personne ouvertement afin de pouvoir l'Ă©viter. L'Ă©vocation de la mort avec une personne, poser la question « avez-vous pensĂ© Ă la mort ? » n'est pas suicidogĂšne, mais permet au contraire de montrer que l'on comprend la souffrance. Lorsque l'on discute, il ne faut pas porter de jugement ; on peut tenter de lui faire se remĂ©morer d'anciens problĂšmes et les stratĂ©gies qu'elle avait mises en Ćuvre pour les rĂ©soudre.
Selon le professeur Michel Debout :
« Lorsquâon pense quâune personne va mal, il ne faut pas hĂ©siter Ă lui dire ce que lâon ressent. Et la maniĂšre dont on lui dit est importante. Si vous lui demandez : « ça ne va pas ? », elle risque de se renfermer dans une rĂ©ponse de type : « Mais si ça va trĂšs bien. » Alors que si vous dites « je te sens mal », vous vous impliquez personnellement, et vous montrez que non seulement vous offrez une Ă©coute, mais mĂȘme un vĂ©ritable dialogue. Ă partir de lĂ , tout dĂ©pend de la situation et de votre lien avec elle. Mais vous pouvez essayer de lâorienter vers un soutien, un spĂ©cialiste ou une association qui pourront lâaider. »
Les personnes qui ont fait une tentative de suicide sont en gĂ©nĂ©ral prises en charge en service de soins aigus Ă l'hĂŽpital (Ă la suite d'un empoisonnement ou Ă des blessures nĂ©cessitant souvent une rĂ©animation). Une fois l'Ă©pisode critique surmontĂ© et l'Ă©loignement de tout danger vital, le patient est orientĂ© vers un service de psychiatrie. L'hospitalisation est volontaire dans la grande majoritĂ© des cas, mais certaines dĂ©pressions sĂ©vĂšres (mĂ©lancolie, dĂ©pression dĂ©lirante) peuvent entraĂźner une hospitalisation Ă la demande d'un tiers, voire une hospitalisation d'office. Dans tous les cas, les sujets ayant fait une tentative de suicide doivent ĂȘtre Ă©valuĂ©s par un psychiatre, et souvent orientĂ©s vers une structure adaptĂ©e Ă la prise en charge d'une cause curable de suicide (dĂ©pression trĂšs souvent, mais aussi psychose, alcoolisme, etc.). Dans le cas d'un sĂ©jour en psychiatrie, il est proposĂ© un suivi ultĂ©rieur en consultation psychiatrique (hospitaliĂšre ou avec un psychiatre libĂ©ral). MalgrĂ© ces efforts de prise en charge et la possibilitĂ© d'hospitalisation contre le grĂ© du suicidant, en France, un quart des adolescents mineurs suicidants sortent de l'hĂŽpital sans avoir eu de consultation psychiatrique.
Cette prise en charge des personnes qui tentent de se suicider est importante car les risques d'une nouvelle tentative sont grands (75 % dans les deux ans). Il est cependant aussi nécessaire de faire une prévention du suicide en amont. Cela passe par l'explication de ce qu'est la dépression. Il serait souhaitable que médecins (60 à 70 % des suicidants consultent un médecin dans le mois qui précÚde le passage à l'acte, dont 36 % dans la semaine qui précÚde), enseignants et de maniÚre générale toute personne en contact avec des adolescents ou des personnes en détresse sociale soient formés, des campagnes publicitaires soient menées afin de sensibiliser l'ensemble de la population à ce problÚme et d'aider les personnes susceptibles de se suicider à abandonner cette idée en leur ouvrant la voie à d'autres alternatives.
L'idéal serait de convaincre la personne de consulter un médecin ou de contacter une association spécialisée. Si l'on sent que le passage à l'acte est imminent, il faut prévenir les secours (en priorité la régulation médicale, le « 15 » en France, le «112» en Europe pour les urgences diverses).
Cependant, l'écoute dans le but de faire exprimer à la personne ses difficultés ne constitue qu'un premier stade de la prévention.
- Sous-chapitre : Aide téléphonique
Ce premier stade est généralement pris en charge téléphoniquement par des associations.
Tous ces services (en France et en Suisse) « se cantonnent exclusivement Ă l'Ă©coute » et n'interviennent pas « mĂȘme sur demande expresse de la personne en dĂ©tresse ».
Si la personne est jugée en danger immédiat, les intervenants du 1-866-APPELLE retraceront l'appel et enverront des secours. C'est une ligne d'intervention.
Sauf pour les anglophones oĂč le service de SOS AmitiĂ© spĂ©cialisĂ© peut orienter vers un psychiatre anglophone voire appeler les pompiers « Ă la demande expresse » de la personne.
SOS Amitié a aussi un service d'écoute par courriel mais avec des délais de 48h pour les réponses.
- Sous-chapitre : Aide internet
Des forums francophones affirmant procurer un soutien psychologique existent actuellement sur Internet
Selon certains, il convient d'aborder ces sites avec circonspection en raison de :
- l'impossibilité de contrÎler la compétence des interlocuteurs : un site internet étant facile à créer, il n'apporte pas le gage d'une structure pratiquant la formation interne et l'évaluation de ses personnels ;
- le dĂ©calage culturel pouvant exister entre les personnes parlant la mĂȘme langue mais pouvant ĂȘtre de culture trĂšs diffĂ©rente.
Ces deux facteurs pourraient mener Ă une aide inadaptĂ©e, qui pourrait mĂȘme ĂȘtre suicidogĂšne.
SOS Amitié Internet, dans le prolongement de son écoute téléphonique, offre un service d'écoute web gratuit, fonctionnant par courriel, pour donner aux personnes la possibilité de mettre des mots sur leurs difficultés et leur souffrance. Les personnes qui répondent aux messages appartiennent à l'équipe d'écoute au téléphone et ont suivi une formation spécifique à l'écoute écrite. Les messages reçus reçoivent une réponse sous 48h.
- Sous-chapitre : Intervention active auprÚs d'une personne en état d'urgence élevée
Actuellement, il n'existe pas de gradation entre la démarche d'écoute (Aide téléphonique et Aide internet) et l'intervention des services d'urgences sur un cas déjà passé à l'acte.
La prĂ©vention des cas d'urgence Ă©levĂ©e devant donc ĂȘtre effectuĂ©e par l'entourage ou le mĂ©decin traitant. Ce qui pose les problĂšmes suivants :
- la formation
- crĂ©ation de structures d'interventions Ă mĂȘme de compenser leurs absence

Chapitre : Notes et références
- â Moron P. La crise suicidaire. DĂ©finition et limites.
- â Moron P. La crise suicidaire. DĂ©finition et limites.
- â Hazif-Thomas C. Conceptualisation de la crise suicidaire.
- â (en) [http://www.who.int/mental_health/prevention/suicide_rates/en/index.html Tableau de l'OMS (dĂ©cembre 2005).
- â (en) Statistiques de l'OMS (06-06-2006).
- â Claire GuĂ©laud, « France : les paradoxes d'un pays en proie au doute », dans Le Monde du 23-04-2008, [lire en ligne], mis en ligne le 22-04-2008
- â Ce qu'il faut savoir sur la santĂ© mentale des Français, 17/11/2009, L'Expansion.com
- â (en) Suicide rates per 100,000 by country, year and sex (Table) sur site de l'OMS. ConsultĂ© le 15 octobre 2009
- â "Death be not proud", The Economist, 3 mai 2008, p.64 economist.com
- â http://www.nationmaster.com/graph/hea_sui_rat_mal-health-suicide-rate-males
- â Les chiffres du suicide au Japon en 2008 (Bulletin ADIT-Japon 58273
- â [pdf]source OMS (PDF)
- â V. not. l'article de Aline Cheynet de BeauprĂ© :Vivre et laisser mourir (D.2003.2980).
- â article 115 du code pĂ©nal suisse
- â Guy Courtieu, « L'assurance du suicide , suite et fin ? » Gazette du Palais, 18 mai 2002, n° 138, p. 2
- â JĂ©rĂŽme Kullmann, « Suicide et assurance: une dĂ©jĂ vieille notion, mais un tout nouveau rĂ©gime », Revue GĂ©nĂ©rale du Droit des Assurances, 1 octobre 2002, n° 2002-4, p. 907
- â AntĂ©rieurement fixĂ© Ă deux ans, ce dĂ©lai a Ă©tĂ© ramenĂ© Ă un an par la loi no 98-546 du 2 juillet 1998 portant diverses dispositions d'ordre Ă©conomique et financier.
- â http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/dudh/pala.asp
- â Le fantasme du suicide, LibĂ©ration, 4 octobre 2007, p. 18
- â L'expression journalistique consacrĂ©e est « immolation par le feu », elle est Ă forte connotation religieuse.
- â L'Avent, excellente arme contre le suicide, Swissinfo, 21 dĂ©cembre 2007, citant une Ă©tude de la Clinique psychiatrique universitaire de Zurich. « La diminution du nombre de suicides lors de fĂȘtes est connue depuis longtemps et elle se vĂ©rifie partout oĂč elle a Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©e, explique le sociologue Vladeta Ajdacic-Gross, auteur de la recherche.»
- â extrait de dossier sur Doctissimo.fr
- â
- En France :
- SOS Amitié : 01 42 96 26 26 - sos-amitie.com - Secrétariat: 01 40 09 15 22
- Suicide Ăcoute : 01 45 39 40 00 - suicide.ecoute.free.fr
- SOS Suicide Phénix Paris : 01-40-44-46-45 - sossuicide.fr
- Fédération SOS Suicide Phénix : 0825.120.364 (0,15 euros par minute) - sos-suicide-phenix.org
Liste : - En Suisse :
- La main tendue : 143 143.ch
Liste : - En Belgique :
- Service Prévention Suicide au 0800/32 123 - secrét.: 02/640.51.56 ou guidesocial.be
Liste :
Liste :- Au Canada :
- cpsquebec.ca
- 1-418-683-4588 (Québec).
- 514-723-4000(Montréal).
- 1-866-APPELLE = 1-866-277-3553, Centre de Prévention du suicide Québec/Canada. Cette ligne bascule l'appel vers le centre de prévention du suicide de sa région.
Liste :
Liste : - En France :
- â Forum prĂ©sence
- â S.O.S AmitiĂ© Internet

Chapitre : Vous pouvez voir également :
- Sous-chapitre : Bibliographie
- Alexandre J. F. BriĂšre de Boismont, Du suicide et de la folie suicide, J.-B. BailliĂšre, Paris, 1865. en ligne
- Ămile Durkheim, 1897 : Le suicide.
- Pour Durkheim, le taux de suicide ne peut s'expliquer qu'à partir d'une analyse globale de la société ; il montre que celui-ci varie en proportion inverse du degré d'intégration des groupes sociaux dont fait partie l'individu.
- Jean Baechler, 1978 : Les Suicides, Calmann-Lévi. ThÚse sous la direction de Raymond Aron.
- Contre-pied de l'explication durkheimienne, l'analyse part de prĂ©supposĂ©s individualistes, et pose une thĂ©orie qui annonce le systĂšme imposant que l'auteur mettra au point ultĂ©rieurement. Réédition 2009 aux Ăditions Hermann.
- Clinique du suicide, coordonné par GeneviÚve Morel, ErÚs, Des travaux et des jours, Paris, 2002
- Pascal Millet, Michel Debout, Michel Hanus, Jean-Jacques Chavagnat, collectif : « Le deuil aprĂšs suicide », dans Ătudes sur la mort, n° 127, 2005, Ăditions : L'Esprit du temps, (ISBN 2847950591).
- Pr Michel Debout, La France du suicide, éditions Stock.
- Dupont Sébastien, Lachance Jocelyn (dir.) Errance et solitude chez les jeunes, Paris, TéraÚdre, 2007.
- Philippe Labro, Tomber sept fois, se relever huit, éditions Albin Michel (2003).
- Gabriel Matzneff, Le Suicide chez les romains.
- Alain Meunier et Gérard Tixier, Le Grand blues, Payot (21 octobre 2000), 246 pages.
- Pierre Moron, « Le suicide », Presses Universitaires de France, Collection Que sais-je ?
- Romi, Suicides passionnĂ©s, historiques, bizarres, littĂ©raires. Ăditions Serg, Paris, 1964
- Xavier Pommereau, LâAdolescent suicidaire, Dunod, 3 Ă©dition (10 fĂ©vrier 2005), 268 pages.
- Yves Prigent, « La Souffrance suicidaire », Desclée de Brouwer (1 octobre 1996), collection Intelligence du corps, 198 pages.
- M. de Clerc, Suicide et tentatives de suicide, Louvain Med. 117 : S502âS508, 1998. [pdf] Version disponible en ligne.
- François Ladame : Adolescence et suicide, éditeur : EME Editions Sociales Françaises (ESF), 1980, (ISBN 2710107546).
- Jean Teulé, Le magasin des suicides, Julliard (janvier 2007), 162 pages.
- Bernard Diu, La constellation de la Vierge. Autobiographie d'un savant aux prises avec la Vie, Ăditions Hermann, coll. « Hermann LittĂ©rature », 2008.
- Sous-chapitre : Articles connexes
- Sous-chapitre : Liens externes
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