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Définition Wikipédia de : Sociologie



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Introduction :

      La sociologie est une science qui cherche Ă  comprendre et Ă  expliquer l'impact du social sur les reprĂ©sentations (façons de penser) et comportements (façons d'agir) humains. Ses objets de recherche sont très variĂ©s puisque les sociologues s'intĂ©ressent Ă  la fois au travail, Ă  la famille, aux mĂ©dias, aux rapports de genre (hommes/femmes), bref, Ă  l'environnement humain.







Suite de l'article :

Les diverses théories sociologiques rendent compte des phénomènes sociaux humains sous plusieurs angles. Elles mettent parfois plutôt l'accent sur l'impact de la société sur le phénomène étudié (effet de la CSP, du sexe, etc.), s'intéressent parfois plus aux motivations des acteurs considérés comme relativement rationnels ou encore aux interactions entre individus. Mais la plupart des sociologues (même wéberiens) s'appuient -consciemment ou non- sur le paradigme selon lequel "quelque chose comme la société" existe objectivement, cette position dans le champ des idées s'opposant potentiellement à celle qui affirmerait qu'il existe plutôt toujours de la rencontre conflictuelle entre choix de formes collectives de vie, cette rencontre elle-même ne faisant pas société.



     Si la sociologie reste encore largement une discipline universitaire, de nombreux sociologues sont aujourd'hui employĂ©s par des institutions publiques, des collectivitĂ©s territoriales ou des entreprises privĂ©es Ă  fin d'expertise, ce qui souligne l'affinitĂ© d'une frange de cette discipline avec la dĂ©marche institutionnelle.


     D'autres courants comme le Mouvement Anti Utilitariste en Sciences Sociales (MAUSS) critiquent au contraire l'Ă©conomisme de ces approches institutionnelles et les excluent du champ de la sociologie.

- Sommaire de la page -









Chapitre : Naissance de la sociologie



     Le terme sociologie a Ă©tĂ© inventĂ© par Auguste Comte en 1839 Ă  partir du prĂ©fixe "sofio" du mot latin sofius signifiant « compagnon, associĂ© Â» et du suffixe "iane" du terme grec ancien λόγος logos, signifiant « discours, parole Â» pour dĂ©signer une science humaine.


     S'il est possible de dater avec une relative prĂ©cision l'invention du mot sociologie, la production du premier cours de sociologie ou encore la constitution du premier dĂ©partement de sociologie, il est Ă©galement toujours possible de reconnaĂ®tre chez des auteurs antĂ©rieurs des formes de rĂ©flexion ou d'imagination sociologique. Le dĂ©veloppement de la sociologie doit dès lors ĂŞtre saisi Ă  partir d'un contexte historique spĂ©cifique, les trois rĂ©volutions, qui a suscitĂ© un dĂ©veloppement des rĂ©flexions sociologiques et aboutit Ă  l'institutionnalisation de la discipline.

  - Sous-chapitre : PrĂ©curseurs


     L'Ă©tude de ce que nous appelons les sociĂ©tĂ©s n'a pas attendu l'invention du mot sociologie. La diversitĂ© des usages et des organisations a interpellĂ© les penseurs et les historiens dès l'origine, en tout cas depuis qu'ils nous ont laissĂ© des traces par l'Ă©criture. Ainsi en est-il de XĂ©nophon avec son Économique, de Platon, d'Aristote avec sa Politique, sa RĂ©publique, sa PoĂ©tique, son Organon, etc. de Zoroastre avec son Avesta. HĂ©rodote, au V siècle av. J.-C., s'intĂ©ressait aux Égyptiens.


     Dans la civilisation arabo-islamique, Ibn Khaldoun, dans son ouvrage Muqaddima, introduit une mĂ©thode prĂ©cise et critique des sources et met les Ă©vènements en perspective pour dĂ©terminer les causes de la montĂ©e et du dĂ©clin des dynasties arabes. Certains le considèrent comme le vĂ©ritable père de la sociologie. Ainsi, Ludwig Gumplowicz, professeur de sciences politiques Ă  l'UniversitĂ© de Graz, dans un ouvrage intitulĂ© Aperçus sociologiques publiĂ© Ă  Paris en 1900, rapporte qu'« un pieux moslem avait Ă©tudiĂ© Ă  tĂŞte reposĂ©e les phĂ©nomènes sociaux et exprimĂ© sur ce sujet des idĂ©es profondes : ce qu'il a Ă©crit est ce que nous nommons aujourd'hui sociologie Â»


     Pour les Temps modernes, c'est dans le Novum organum, la Grande restauration des sciences de Francis Bacon, et dans son tableau de classification des sciences, qu'on voit apparaĂ®tre, sous l'intitulĂ© de sciences humaines, un ensemble de disciplines portant sur les sociĂ©tĂ©s humaines ayant le mĂŞme statut Ă©pistĂ©mologique que les sciences naturelles. Au XVIII siècle, plusieurs auteurs commencent Ă  reconsidĂ©rer les mondes sociaux Ă  partir de modèles mĂ©caniques ou physiques de Newton : les positions et les relations entre les individus obĂ©iraient Ă  des lois semblables Ă  celle de l'attraction universelle. Montesquieu, de mĂŞme, ne doit pas ĂŞtre oubliĂ©, en particulier pour De l'esprit des lois dans lequel il propose d'appliquer une mĂ©thode inductive et comparative Ă  l'analyse des systèmes politiques, afin d'en dĂ©gager les lois.


     La volontĂ© de constituer une « physique sociale Â», c’est-Ă -dire un savoir aussi objectif que les sciences physiques, mais qui porterait sur le domaine des organisations humaines et des relations sociales, Ă©merge au dĂ©but du XIX siècle. Le premier Ă  proposer une thĂ©orie "scientifique" des phĂ©nomènes sociaux au dĂ©but du XIX siècle est le comte de Saint Simon (1760-1825). Il lui donne le nom de physiologie sociale, qu'il replace dans une physiologie gĂ©nĂ©rale qui comprendrait aussi l'Ă©tude des ĂŞtres collectifs et de leur organisation. L'emploi du mot sociologie naĂ®t d'une petite querelle… Lorsqu’Auguste Comte, qui fut le secrĂ©taire de Saint-Simon de 1817 Ă  1823, a voulu reprendre la crĂ©ation d'une science de la sociĂ©tĂ©, il l'a d'abord renommĂ©e « physique sociale Â» ; Mais ce terme Ă©tait dĂ©jĂ  utilisĂ© par un belge, Quetelet (qui Ă©tudiait les phĂ©nomènes sociaux avec des statistiques). Il dĂ©cida donc de crĂ©er le mot « sociologie Â». Auguste Comte, dĂ©veloppa des thĂ©ories sociologiques dans le système de politique positive (1851-1854). On le considère souvent en France comme un des pères fondateurs de cette science.




Image (cliquez pour agrandir) :


Les Misérables de Victor Hugo est l'une des plus célèbres tentatives de saisir, par la littérature, les conséquences de la révolution industrielle.
illustration de "Cosette" dans Les Misérables par Émile Bayard 1837-1891.



     On compte souvent parmi les prĂ©curseurs de la sociologie Alexis de Tocqueville (1805-1859), pour ses Ă©tudes sur la RĂ©volution française (L'Ancien RĂ©gime et la RĂ©volution) ou sur les États-Unis (De la dĂ©mocratie en AmĂ©rique). Il analyse ici les sociĂ©tĂ©s et compare la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine et les sociĂ©tĂ©s europĂ©ennes. Il sera d'ailleurs un visionnaire en ce qui concerne le concept de moyennisation de la sociĂ©tĂ©. La sociologie connut un dĂ©veloppement intense et rĂ©gulier au cours du XX siècle. Émile Durkheim, qui s'inspira de certaines thĂ©ories d'Auguste Comte pour renouveler cette science humaine, voulait en particulier « Ă©tudier les faits sociaux comme des choses Â»).

  - Sous-chapitre : Les trois rĂ©volutions


     Si la sociologie Ă©merge, au XIX siècle, des essais et tentatives de saisir le fonctionnement de la sociĂ©tĂ©, c'est parce que des transformations majeures obligent les hommes Ă  repenser les liens qui les unissent. Selon la formule de Jean Duvignaud, la sociologie peut-ĂŞtre prĂ©sentĂ©e comme « la fille des rĂ©volutions Â».

Des transformations politiques, économiques et scientifiques


     Tout d'abord, le XIX siècle a Ă©tĂ© un moment de grande instabilitĂ© politique dans toute l'Europe. Depuis 1789, les rĂ©gimes, les mouvements et les idĂ©ologies politiques se sont multipliĂ©s. Les insurrections et les guerres entre les nations europĂ©ennes marquent ce siècle. L'ordre social ancien, fondĂ© sur l'alliance du roi et de l'Église, a Ă©tĂ© discrĂ©ditĂ©, mais la possibilitĂ© qu'ont les sociĂ©tĂ©s de se dĂ©finir elles-mĂŞmes conduit d'abord Ă  une multiplication des troubles et des revendications.


     La rĂ©volution industrielle participe Ă©galement de ce sentiment de vivre dans une sociĂ©tĂ© nouvelle. Les gestes artisanaux, qu'ils soient transmis dans la famille ou au sein d'organisations de compagnonnage, sont dĂ©valorisĂ©s par les progrès techniques. De plus, l'exode rural dĂ©truit les formes traditionnelles d'organisation de la vie sociale. Pour les paysans devenus ouvriers, la dĂ©gradation des conditions de vie et la perte des supports communautaires conduit Ă  une misère Ă  la fois matĂ©rielle et morale. Aux mouvements de protestations politiques se mĂŞlent des rĂ©actions individuelles qui inquiètent l’époque : vols, mendicitĂ©, errance.


     L'ouvrage classique CommunautĂ© et sociĂ©tĂ© de Ferdinand Tönnies, d'abord publiĂ© en 1887, constitue une reprĂ©sentation forte de la rupture qu'a constituĂ© le XIX siècle. Il oppose la chaleur de la communautĂ©, monde affectif mais clos fondĂ© sur la famille, Ă  la superficialitĂ© de la sociĂ©tĂ©, agrĂ©gat d'individus ayant d'abord des relations utilitaires.


     La sociologie naĂ®t dès lors non seulement de la volontĂ© de dĂ©crire la vie sociale mais Ă©galement d'apporter des rĂ©ponses aux troubles sociaux. « Elles rĂ©pondent toutes, peu ou prou, Ă  la mĂŞme question : comment mettre fin Ă  l'Ă©vidente crise sociale que traverse l'Europe ? Â»


     La diffĂ©rence entre la sociologie et les discours politiques ou littĂ©raires sera dès lors de tenter d'apporter une rĂ©ponse scientifique Ă  ces questions. La science a en effet elle mĂŞme connu sa rĂ©volution ; le XIX siècle est notamment marquĂ© par le positivisme. La biologie, la physique et la chimie connaissent des progrès considĂ©rables qui transforment la façon dont les hommes perçoivent leur environnement matĂ©riel. Certaines de ces disciplines participent par ailleurs Ă  la rĂ©volution industrielle et trouvent des applications techniques qui modifient fortement les modes de vie. La sociologie sera portĂ©e par ce positivisme et nombre de sociologues emprunteront leurs modèles d'analyse Ă  la biologie ou la physique. Les progrès des sciences et leurs applications semblent donc prouver qu'un discours scientifiquement fondĂ© peut permettre d'intervenir sur le monde et de rĂ©pondre aux problèmes que le siècle pose.


     Pour la plupart des sociologues, il s'agit donc de produire une reprĂ©sentation scientifique de la vie sociale capable de rĂ©pondre aux problèmes que pose le XIX siècle. Il s'agit donc de proposer une critique de la vie sociale moderne et des rĂ©ponses aux problèmes les plus brĂ»lants. Les questionnements des sociologues sont cependant très variables selon les pays.


     Durkheim tient Ă  concilier les acquis des rĂ©volutions, et d'abord l'autonomie individuelle, avec un ordre social stable. Dans la prĂ©face Ă  son premier ouvrage, De la division du travail social, il affirme en effet : « Quant Ă  la question qui a Ă©tĂ© Ă  l'origine de ce travail, c'est celle des rapports de la personnalitĂ© individuelle et de la solidaritĂ© sociale. Comment se fait-il que, tout en devenant plus autonome, l'individu dĂ©pende plus Ă©troitement de la sociĂ©tĂ© ? Comment peut-il ĂŞtre Ă  la fois plus personnel et plus solidaire ? Car il est incontestable que les deux mouvements, si contradictoires qu'ils paraissent, se poursuivent parallèlement Â». Si les sociĂ©tĂ©s peuvent concilier ordre et libertĂ©, rĂ©pond Durkheim, c'est grâce Ă  la « division du travail Â». Celle-ci doit en effet permettre de passer d'une solidaritĂ© mĂ©canique, fondĂ© sur la similitude, au dĂ©veloppement d'une solidaritĂ© organique, c'est-Ă -dire rĂ©sultant de l'interdĂ©pendance qui existe entre des individus aux activitĂ©s diffĂ©rentes mais ayant besoin les uns des autres pour vivre.


     La France est, quand Durkheim fonde la sociologie française, un pays oĂą l'unitĂ© politique et Ă©tatique est forte, mais oĂą subsistent de fortes identitĂ©s rĂ©gionales. L'État doit dès lors produire une sociĂ©tĂ© d'individu. Ainsi que le rĂ©pète Durkheim, « le fait social est un fait moral Â», le dĂ©veloppement de la sociĂ©tĂ© doit produire des individus Ă  la personnalitĂ© plus forte : « La morale est ce qu'est la sociĂ©té… la première n'est forte que dans la mesure oĂą la seconde est organisĂ©e Â».


     En Allemagne, Weber s'interrogera quant Ă  lui sur les types d'actions et les formes de l'autoritĂ©. La culture allemande ayant Ă©tĂ© unifiĂ©e avant mĂŞme que l'unitĂ© politique ne soit rĂ©alisĂ©e, les rĂ©flexions de Weber portent moins sur les conditions d'existence de la sociĂ©tĂ© que sur le dynamisme de la vie sociale. Weber s'interroge ainsi sur les modes d'actions et de domination, produisant la première critique des systèmes bureaucratiques. Travaillant sur le dĂ©veloppement du capitalisme, il montre l'analogie qui a existĂ© entre l'Ă©thique protestante, et l'esprit du capitalisme. Voulant vĂ©rifier leur Ă©lection par Dieu, les protestants (notamment calvinistes) vont s'investir dans le travail tout en rejetant le plaisir associĂ© Ă  la consommation. Ils se comportent ainsi comme des capitalistes qui rĂ©investissent leurs profits. Mais il montre par lĂ  comment la vie sociale a perdu son sens et son caractère volontaire. LĂ  oĂą les protestants choisissaient un mode de vie en accord avec leurs convictions religieuses, la modernitĂ© a produit une "cage d'acier" un mode de vie rationnel dont il n'est pas possible de s'Ă©chapper : « Pour Weber, le paradoxe central du capitalisme est celui de la naissance, dans un contexte religieux, d'un type d'homme nouveau (orientĂ© vers la recherche de la rationalitĂ© "instrumentale" ou "formelle") dont l'universalisation risque de conduire Ă  une perte de sens des relations sociales, alors mĂŞme que se poursuivrait l'expansion de la mainmise "rationnelle" sur la nature et sur le monde social. Â»


     Chez Marx, pour qui l'Ă©tude scientifique des sociĂ©tĂ©s permet de saisir l'inĂ©luctabilitĂ© de la rĂ©volution et de l'avènement d'une sociĂ©tĂ© communiste ; chez Pareto, qui cherche Ă  saisir la naissance et la mort des Ă©lites ; ou chez Park qui veut comprendre comment la ville permet l'assimilation progressive des immigrĂ©s, la sociologie naissante apparaĂ®t donc d'abord comme un discours sur les problèmes rĂ©sultant de "la modernitĂ©". La sociologie est alors une façon de rĂ©pondre aux troubles politiques et Ă©conomiques qui ont poussĂ© les hommes Ă  s'interroger sur leurs reprĂ©sentations de la vie sociale. Mais la sociologie ne pourra devenir une discipline qu'en s'affirmant comme une science et en accĂ©dant Ă  l'universitĂ©.

  - Sous-chapitre : Fondation de la discipline


     Si la sociologie française a retenu en Durkheim son « père fondateur Â» c'est en partie parce qu'il fut le premier Ă  aborder la sociologie comme une discipline scientifique. Cela a nĂ©cessitĂ© d'une part un travail de clarification de son objet afin de le distinguer des discours concurrents sur la sociĂ©tĂ©: d'un cĂ´tĂ©, le diffĂ©rencier de la philosophie, attachĂ©e Ă  une dĂ©marche de pur raisonnement, de jugement normatif alors que lui, veut imposer une dĂ©marche empirique, guidĂ©e par la volontĂ© d'Ă©tablir des faits appuyĂ©s sur des donnĂ©es concrètes (statistiques; enquĂŞtes monographiques). De l'autre cĂ´tĂ©, rompre avec la psychologie, qui ne propose d'explications qu'au niveau individuel alors que l'Ă©tude se fait sur le plan collectif. D'autre part, il a dĂ» aussi faire reconnaĂ®tre cette discipline en constituant une Ă©quipe de chercheurs, en crĂ©ant des revues et finalement, en la faisant instituer comme discipline universitaire (il a occupĂ© le premier poste de professeur de philosophie en France).

Faire de la sociologie une science


     La sociologie n'Ă©tait pas Ă  sa naissance le seul discours sur la modernitĂ©. Ainsi que le montre Georg Lukacs dans La signification prĂ©sente du rĂ©alisme critique, la littĂ©rature, avec le roman et plus encore le rĂ©alisme, propose en effet des reprĂ©sentations de la vie sociale. Ainsi, dans Balzac et le rĂ©alisme français, il montre comment HonorĂ© de Balzac cherche ainsi Ă  construire une description complète de la sociĂ©tĂ© française : avant d'ĂŞtre renommĂ© "comĂ©die humaine" son cycle romanesque s'intitule "Ă©tudes sociales". Le lien, parfois conflictuel, entre discours sociologique et discours littĂ©raire n'est cependant pas spĂ©cifiquement français. En Angleterre, H. G. Wells participe aux premiers congrès de sociologie, en Allemagne, les Ĺ“uvres de Thomas Mann et Max Weber se rĂ©pondent.


     Selon Wolf Lepenies, la sociologie va dès lors se constituer un espace tiers entre science et littĂ©rature. Elle cherchera Ă  se lĂ©gitimer et Ă  se diffĂ©rencier par son approche scientifique du monde social, sans toutefois jamais pouvoir atteindre le degrĂ© d'objectivitĂ© des sciences de la culture. La sociologie naissante s'inscrira dans d'importants dĂ©bats Ă©pistĂ©mologiques auxquels elle apportera des rĂ©ponses très diffĂ©rentes en France et en Allemagne.


     Si la sociologie doit donc affronter les prĂ©tentions de la littĂ©rature Ă  dire ce qu'est la vie sociale, elle doit Ă©galement faire face, au sein des sciences, Ă  la psychologie naissante. Durkheim s'Ă©vertuera ainsi Ă  distinguer la sociologie de la philosophie d'une part, et de la psychologie d'autre part, dont il accusera son rival Gabriel Tarde. Ses inspirateurs dĂ©clarĂ©s, outre Auguste Comte, furent Montesquieu et Rousseau, et la « division du travail Â» le pivot de son Ĺ“uvre, lĂ  oĂą prĂ©cisĂ©ment le philosophe Durkheim rencontre le scientifique.


     De Comte Ă  Durkheim, le positivisme commence par une critique de l'Ă©conomie politique, tout comme le marxisme, mais sur des postulats bien diffĂ©rents, concernant essentiellement la rĂ©alitĂ© accordĂ©e Ă  la sociĂ©tĂ© comme existence antĂ©rieure Ă  la personne et ontologiquement fondĂ©e.


     Karl Marx est un autre penseur qui aura une profonde influence sur la pensĂ©e sociale et critique du XIX siècle. C'est essentiellement en Allemagne qu'il deviendra un rĂ©fĂ©rent thĂ©orique majeur de la sociologie avec l'École de Francfort.


     Comprendre le fonctionnement des sociĂ©tĂ©s constitue l'espoir d'un moyen de lutter pour l'avènement d'un monde plus juste (Karl Marx), de fonder scientifiquement une morale laĂŻque indĂ©pendante des prescriptions des religions (Émile Durkheim), de lutter contre les « flĂ©aux Â» de la sociĂ©tĂ© que sont la pauvretĂ©, l'alcool, l'immoralitĂ© (Le Play), contre la rĂ©volution parfois (Gustave Le Bon).


     Ă‰mile Durkheim est souvent considĂ©rĂ© comme le père fondateur de la sociologie française. Le premier, il posa les bases d'une mĂ©thodologie scientifique pour la sociologie, en particulier dans l'ouvrage Les règles de la mĂ©thode sociologique (1895) dans la continuitĂ© De la division du travail social (1893), livre qui est issu de sa thèse. Sa mĂ©thode repose essentiellement sur la comparaison de statistiques et de caractĂ©ristiques quantitatives, cherchant Ă  se libĂ©rer du subjectivisme liĂ© Ă  toute donnĂ©e qualitative et Ă  dĂ©barrasser de tout a priori moral ou moralisateur l'effort pour comprendre un « fait social Â» comme dans son ouvrage intitulĂ© Le Suicide (1897).


     Le contemporain de Durkheim, Max Weber, mais suivant des voies diffĂ©rentes, emploie la science politique, l'Ă©conomie politique, la philosophie de la culture et le droit, l'Ă©tude des religions, qui sont selon lui, tout comme la sociologie, des « sciences de la culture Â». Selon toute une tradition de la philosophie allemande (Wilhelm Dilthey notamment), ces sciences sont trop Ă©loignĂ©es des sciences de la nature pour qu'elles puissent s'inspirer de leurs mĂ©thodes. Elle propose une comprĂ©hension des phĂ©nomènes collectifs plutĂ´t que la recherche de lois (c'est la mĂ©thode dite comprĂ©hensive). Pour Weber, le but de la sociologie est de :

« (…) comprendre par interprĂ©tation l'activitĂ© sociale et par lĂ  d'expliquer causalement son dĂ©roulement et ses effets. Nous entendons par "activitĂ©" un comportement humain (…) quand et pour autant que l'agent ou les agents lui communiquent un sens subjectif. Et par activitĂ© "sociale", l'activitĂ© qui, d'après son sens visĂ© par l'agent ou les agents se rapporte au comportement d'autrui, par rapport auquel, s'oriente son dĂ©roulement. Â»

— Ă‰conomie et sociĂ©tĂ©, Plon, 1971, p. 4.

Article connexe : Histoire de la sociologie.

L’institutionnalisation de la discipline


     La discipline a Ă©tĂ© enseignĂ©e avec son nom en propre pour la première fois Ă  l'universitĂ© du Kansas Ă  Lawrence aux États-Unis en 1890 par Frank Blackmar, avec pour titre du cours : Elements of Sociology. Le Department of History and Sociology Ă  l'universitĂ© du Kansas a Ă©tĂ© Ă©tabli en 1891, et la première facultĂ© indĂ©pendante de sociologie a Ă©tĂ© Ă©tablie en 1892 Ă  l'universitĂ© de Chicago par Albion Small. Ce dernier a fondĂ© en 1895 la revue American Journal of Sociology.


     Le premier dĂ©partement europĂ©en de sociologie a Ă©tĂ© fondĂ© en 1895 Ă  l'universitĂ© de Bordeaux en France par Émile Durkheim. Ce dernier a fondĂ© L'AnnĂ©e sociologique en 1896. En 1919, un dĂ©partement de sociologie a Ă©tĂ© Ă©tabli en Allemagne Ă  l'universitĂ© Louis-et-Maximilien Ă  Munich par Max Weber. Un autre a Ă©tĂ© mis en place en 1920 par Florian Znaniecki en Pologne. Les premiers dĂ©partements de sociologie au Royaume-Uni ont Ă©tĂ© fondĂ©s après la deuxième guerre mondiale.


     La coopĂ©ration internationale en sociologie a commencĂ© en 1893 quand RenĂ© Worms a fondĂ© l'Institut international de sociologie, Ă©clipsĂ© par l'Association internationale de sociologie en 1949 (actuellement prĂ©sidĂ©e par le français Michel Wieviorka). En 1905, l'« American Sociological Association Â» a Ă©tĂ© fondĂ©e et Lester Frank Ward a Ă©tĂ© choisi comme son premier prĂ©sident.


     Il existe une association regroupant les sociologues français : l'Association Française de Sociologie (AFS) actuellement prĂ©sidĂ©e par Dan Ferrand-Bechmann. Par ailleurs, il existe une association internationale francophone : l'Association Internationale des Sociologues de Langue Française (AISLF), actuellement dirigĂ©e par Monique Hirschhorn.






Chapitre : Paradigmes sociologiques



     Deux points de vue s'opposent souvent Ă  l'intĂ©rieur de la sociologie : le paradigme holistique d'Émile Durkheim et le paradigme atomistique dĂ©fini par Max Weber.

  - Sous-chapitre : Paradigme holistique (Durkheim)


     Celui d'Émile Durkheim est dit paradigme holistique (du grec holos : qui forme un tout). Pour lui et ceux qui se rĂ©clament de son hĂ©ritage, la sociĂ©tĂ© est un holon, un tout qui est supĂ©rieur Ă  la somme de ses parties, elle prĂ©existe Ă  l’individu et les individus sont gouvernĂ©s par elle. Dans ce cadre, la sociĂ©tĂ© englobe les individus et la conscience individuelle n'est vue que comme un fragment de la conscience collective.


     Selon ce point de vue, l'objet des recherches sociologiques est le fait social, qu'il faut traiter comme une chose, sa cause devant ĂŞtre cherchĂ©e dans des faits sociaux antĂ©rieurs. Le fait social, qui fait l'objet d'une institutionnalisation, est extĂ©rieur Ă  l’individu et exerce une contrainte sur ce dernier. Les individus sont donc encadrĂ©s dans des institutions, elles-mĂŞmes insĂ©rĂ©es dans des structures homologues les unes par rapport aux autres. La sociologie est alors la science des invariants institutionnels dans lesquels se situent les phĂ©nomènes observables.


     Marcel Mauss imprimera une inflexion significative Ă  cette doctrine en arguant de la nĂ©cessitĂ© de dĂ©crire complètement et dans leur totalitĂ© les formes dans lesquelles le phĂ©nomène apparaĂ®t pour rĂ©vĂ©ler leur secret. Analyser le concret interdit de nĂ©gliger la sensibilitĂ© au vĂ©cu.




Image (cliquez pour agrandir) :

Marché à Chichicastenango au Guatemala.



     Plus rĂ©cent mais certainement porteur, Jean Baechler a dĂ©veloppĂ© un paradigme entre l'histoire et la sociologie, une mĂ©thode qui reprend certains axes des Ă©tudes simmeliennes, et qui se pose sur les fondements des critiques de la raison historique recensĂ©es par R. Aron pour rendre compte du devenir des phĂ©nomènes sociaux macroscopiques.

  - Sous-chapitre : Paradigme atomistique (Weber)


     Le point de vue de Max Weber est diffĂ©rent, c'est le paradigme atomistique. Pour lui, et plus certainement encore pour Georg Simmel, chaque individu est un atome social. Les atomes agissent en fonction de motifs, intĂ©rĂŞts, d’émotions propres et sont liĂ©s aux autres atomes. Un système d'interactions constantes entre les atomes produit et reproduit la sociĂ©tĂ©.


     Selon ce point de vue, l'objet des recherches sociologiques est l'action sociale. L’accent est portĂ© sur la cause des actions sociales et le sens donnĂ© par les individus Ă  leurs actions. On ne cherche plus des arrangements d’institutions mais un horizon de significations qui servent de rĂ©fĂ©rences. L’institution est lĂ  mais elle sert les motifs et les intĂ©rĂŞts des agents et les enserre : c'est la « cage de fer Â» de la bureaucratie.

  - Sous-chapitre : Autres paradigmes


     D'autres paradigmes fonctionnent dans la sociologie. On peut citer l'idĂ©e que toute sociĂ©tĂ© doit organiser les conflits que fabriquent nĂ©cessairement les inĂ©galitĂ©s fondĂ©es sur des diffĂ©rences. Les concepts constituent un des outils qui permettent de dĂ©crire/interprĂ©ter le rĂ©el avec assez de rigueur pour Ă©laborer une connaissance qui tend vers la scientificitĂ©. Ainsi, Durkheim a construit le concept de « fait social Â» ou celui d'« anomie Â».


     Plus près de nous, Pierre Bourdieu a dĂ©veloppĂ© ses analyses grâce aux concepts d'« habitus Â», de « reproduction Â». L'Ă©mergence rĂ©cente d'une analyse sociologique fondĂ©e sur les rĂ©seaux sociaux suggère des pistes de recherche dĂ©passant l'opposition entre approche holistique et approche atomistique. De mĂŞme, la sociologie pragmatique a considĂ©rablement modifiĂ© les manières de lier logiques d'enquĂŞtes, productions de modèles et styles de restitution des travaux.






Chapitre : Une discipline en mutation


Article dĂ©taillĂ© : ThĂ©orie sociologique.



Image (cliquez pour agrandir) :

AF-kindergarten.jpg



     La sociologie contemporaine a, pour beaucoup, limitĂ© ses ambitions : elle se limite Ă  l'Ă©tude des organisations humaines et institutions sociales, en utilisant principalement une mĂ©thode comparative ; elle s'est concentrĂ©e sur l'Ă©tude de l'organisation des sociĂ©tĂ©s industrielles complexes, c'est-Ă -dire des sociĂ©tĂ©s occidentales. Ce recentrage a laissĂ© le domaine de l'Ă©tude des comportements de groupe Ă  la psychologie sociale.


     Par ailleurs l'anthropologie, nĂ©e des conquĂŞtes coloniales et de l'Ă©tude des peuples qu'elle appellera trop longtemps primitifs, recherche des traces de l'Ă©volution de l'homme (comme espèce dans le cas de l'anthropologie physique et de l'Ă©volution des sociĂ©tĂ©s dans celui de l'anthropologie sociale). NĂ©anmoins, certains anthropologues ont aussi menĂ© leurs Ă©tudes dans les sociĂ©tĂ©s industrialisĂ©es. Aujourd'hui, la sociologie et l'anthropologie se diffĂ©rencient plus par leurs mĂ©thodes et leurs thĂ©ories, que par l'objet de leurs Ă©tudes.


     La sociologie n'est pas faite d'un ensemble structurĂ© autour des mĂŞmes fondements et dans lequel tous les auteurs partageraient les mĂŞmes conceptions de ce qui est scientifique et de ce qui ne le serait pas, de ce qu'il faut attendre de la science, du rapport Ă  la modernitĂ©.


     Les auteurs, les Ă©coles et les courants choisissent tel critère ou tel autre (structurel, fonctionnel, conventionnel, etc.), tel concept heuristique contre tel autre, telle accroche au rĂ©el plutĂ´t que telle autre (interactionnisme, institutionnalisme, rĂ©gulationnisme, actionnisme, etc.) sans toujours prĂ©ciser explicitement ce qu'ils retiennent et ce qu'ils rejettent des plans mĂ©thodologique et mĂ©taphysique oĂą ils dĂ©ploient leur projet politique et scientifique, oĂą se sĂ©dimentent des traditions (manifestes ou oubliĂ©es par l'histoire de la discipline ) et des conceptions du rapport social divergentes et pas forcĂ©ment solidaires, voire peu enclin Ă  discuter entre elles.


     En consĂ©quence, les modĂ©lisations de cette « science Â», elles-mĂŞmes diffĂ©rentes dans le temps, tendent Ă  faire varier aussi bien la place relative des diffĂ©rentes problĂ©matiques que les ambitions de la sociologie. Selon François Dubet, « la dispersion est devenue la règle et la combinaison des modèles remplace l'ancienne unitĂ©. Dans ce cas la crise d'une sociologie est aussi la crise de la sociologie en tant que type de pensĂ©e sociale de la “modernité” et de modèle global auto-suffisant ayant Ă©tĂ© le projet mĂŞme de la sociologie ».


     Enfin, la question du partage de ce projet (particulièrement sensible quand il s'agit de labelliser telle ou telle pensĂ©e comme relevant de l'entreprise sociologique ou non) se rĂ©percute dans la propension de la discipline Ă  tolĂ©rer ou exclure des objets (c'est-Ă -dire, en fait, Ă  en dessiner les contours) – dit autrement, depuis la sociologie professionnelle, dans la place faite aux affects subjectifs qui dĂ©terminent le dĂ©sir de chercher. Pour emprunter Ă  Luc Boltanski, la « sociologie d'expertise Â» se caractĂ©riserait par son obĂ©issance Ă  des critères unidimensionnels d'exploration des objets qu'elle se donne, quand la « sociologie critique Â» viserait Ă  assumer leur multidimensionnalitĂ©.


     D'une façon gĂ©nĂ©rale, la sociologie, dĂ©veloppĂ©e dans le contexte des États-Nations et de leurs collaborations au cours du XXe siècle,a anticipĂ© avec Durkheim, Mauss, Weber ou Marx (bien d'autres encore) le "holisme" ou le "totalisme" rĂ©els qui prennent aujourd'hui le sens d'une sociĂ©tĂ© mondiale. Cette nouvelle rĂ©alitĂ© rĂ©vèle un aspect de la sociologie comme participant Ă  un mouvement vers cette totalisation. Et rĂ©ciproquement, la sociĂ©tĂ©-monde, qui seul rĂ©alise le modèle sociologique,en dĂ©montre aussi le caractère idĂ©ologique, au service d'un idĂ©al. Certains traits pathologiques liĂ©s Ă  la globalisation apparaissent seulement aujourd'hui dans toute leur ampleur -mĂŞme s'ils ont Ă©tĂ© prĂ©cĂ©dĂ©s par les phĂ©nomènes avant-coureurs des totalitarismes. Mais si les sociologues, tout scientifiques qu'ils se veuillent, se dĂ©voilent dès lors comme les militants d'une cause qui a triomphĂ© -l'extension de la conscience collective au plan mondial-, faudrait-il des anti-sociologues -comme il y a eu des anti-psychiatres) pour pointer que des objets rĂ©sistant Ă  cette visĂ©e appartiennent nĂ©cessairement Ă  des paradigmes diffĂ©rents ? Ainsi des "mondes de vie" Ă©voquĂ©s par la philosophie allemande contemporaine, du "local", ou du "familier", dont on peut lĂ©gitimement penser qu'ils cherchent Ă  Ă©chapper Ă  une conception qui les immerge d'office dans l'unitĂ© et l'unicitĂ©. Il peut sembler aujourd'hui, au vu des menaces que comporte pour les ĂŞtres humains la consolidation d'une culture unique Ă  la surface de la planète, que le monopole de l'Ă©tude des "faits sociaux" par la sociologie est vouĂ© Ă  la contradiction et Ă  l'Ă©clatement. Le sociologue n'est en effet plus habilitĂ© Ă  parler "de tout ce qui relève du social".Il doit considĂ©rer que son objet spĂ©cial (qui est plutĂ´t "le sociĂ©tal") est lui-mĂŞme un enjeu politique pour l'avenir et peut ĂŞtre remis en cause. Il n'est pas certain que des disciplines s'appuyant sur d'autres points de vue (comme celui du monde familier) relèvent encore de la sociologie et ne doivent pas s'y opposer pour faire valoir leur approche. Cette discipline sĂ©culaire qui a participĂ© Ă  la crĂ©ation de la totalitĂ© actuelle pourrait donc ĂŞtre amenĂ©e rapidement (dans le conflit d'idĂ©es) Ă  dĂ©couvrir ses propres limites, Ă  mesure que la sociĂ©tĂ©-monde devra dĂ©couvrir, pour ĂŞtre supportable, de nouvelles formes de la pluralitĂ©.






Chapitre : Domaines d’études et courants


Article dĂ©taillĂ© : Liste des branches de la sociologie.

     Les domaines d'Ă©tudes en sociologie sont presque aussi nombreux que les phĂ©nomènes sociaux. Il peut s'agir de l'Ă©tude des mouvements sociaux, de la dĂ©viance, de la sexualitĂ© humaine, de l'Ă©ducation, de l'Ă©volution des mentalitĂ© et de l'intelligence (effet Flynn), de l'immigration, du travail, des grandes familles sociales comme les enseignants, les Ă©tudiants, les lycĂ©ens, l'armĂ©e...]






Chapitre : La recherche empirique et ses méthodes





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Articles dĂ©taillĂ©s : mĂ©thode qualitative et mĂ©thode quantitative.

     L'Ă©tude des phĂ©nomènes sociaux se fait par le biais d'un certain nombre d'outils qui permettent au sociologue d'apprĂ©hender des phĂ©nomènes dont l'Ă©chelle dĂ©passe ses possibilitĂ©s de perception individuelle, mais aussi de limiter les inductions qu'il fait au cours de son travail. Parmi ces outils, on peut trouver : le questionnaire, le sondage, l'observation in situ (participante ou non), l'entretien, le rĂ©cit de vie, l'analyse en groupe (ou « focus group Â»), l'analyse de contenu, l'hermĂ©neutique, l'analyse statistique, l'analyse des rĂ©seaux sociaux, la recherche-action.


     Le sociologue est avant tout un ĂŞtre humain avec, entre autres, des sensations, des impressions et des opinions. Pour s'affranchir de cet Ă©tat lors d'une recherche, l'application de mĂ©thodes reconnues par ses pairs permet au chercheur de lĂ©gitimer son approche d'un phĂ©nomène social. Quoi observer ? Pourquoi ? Telles peuvent ĂŞtre les premières questions d'un chercheur sur l'objet de sa recherche. GĂ©nĂ©ralement, les mĂ©thodes sociologiques se scindent en deux catĂ©gories complĂ©mentaires ; les mĂ©thodes quantitatives et les mĂ©thodes qualitatives.

  - Sous-chapitre : MĂ©thodes quantitatives

Article dĂ©taillĂ© : MĂ©thodes quantitatives.

     Les Ă©tudes quantitatives permettent l'Ă©tude des ensembles, la comparaison des unitĂ©s vis-Ă -vis de tendances gĂ©nĂ©rales. La prĂ©caution Ă  prendre au prĂ©alable est de dĂ©finir des unitĂ©s comparables et les indicateurs, ainsi que de savoir prĂ©cisĂ©ment ce que le chercheur veut comparer. Les limites des Ă©tudes quantitatives sont atteintes lorsque le chercheur s'interroge sur un phĂ©nomène unique ou sur des trajectoires biographiques. Les statistiques et les sondages sont les outils principaux de l'Ă©tude quantitative.

  - Sous-chapitre : MĂ©thodes qualitatives

Article dĂ©taillĂ© : MĂ©thodes qualitatives.

     Observation dĂ©taillĂ©e, description de situation, c'est-Ă -dire une analyse de discours, un outil de codage qui permettent de faire ressortir les typologies, des tendances gĂ©nĂ©rales etc. Ainsi, parmi les mĂ©thodes utilisĂ©es dans l'enquĂŞte sociologique, on retrouvera notamment l'entretien et l'observation.






Chapitre : Notes


  1. ↑ La concaténation de deux racines grecque et latine fut longtemps considéré comme une entorse aux règles de formation des néologismes.
  2. ↑ l'imagination sociologique est une expression du sociologue américain Charles Wright Mills qu'il utilisa comme titre d'un ouvrage de méthodologie sociologique.
  3. ↑ [1]
  4. ↑ Comme l’Homme machine de La Mettrie
  5. ↑ On trouve cette idée chez Diderot, d'Holbach, etc. Mais c'est Fourier (1772-1827) qui poussera l'analogie le plus loin avec sa Théorie de l'attraction passionnée.
  6. ↑ « J'ai regardĂ© les choses, et j'ai vu qu'elles n'Ă©taient pas mues par leur simple fantaisie. J'ai posĂ© les principes, et j'ai vu les cas particuliers s'y plier comme d'eux-mĂŞmes. Â» Introduction
  7. ↑ « La physiologie comprend deux parties, l'une traite des organes individuels, l'autre des organes sociaux. Cette physiologie sociale a un objet spĂ©cial, aussi distinct de la physiologie des individualitĂ©s humaines que celle-ci est distincte de la physiologie des animaux. Cet objet, ce sont les ĂŞtre sociaux qui ne sont pas de simples agrĂ©gats d'individus, une simple somme, mais une rĂ©alitĂ© sui generis qui a une existence distincte et qui lui est propre. (…) C'est l'organisme social. Â» Émile Durkheim, "La Doctrine de Saint-Simon, fondation du positivisme" in Le Socialisme.
  8. ↑ Durand et Weil, 1997, p 16
  9. ↑ Philippe Raynaud, dans l'introduction à Max Weber, Histoire économique, Gallimard, 1981, pIX
  10. ↑ Danilo Martuccelli, Sociologies de la modernité, Gallimard, 1999
  11. ↑ Traduction, 1960, Gallimard.
  12. ↑ Traduction, 1967, Maspéro.
  13. ↑ Les approches psychologique, sociologique et philosophique entrent en concurrence, en complémentarité et/ou en confusion dès qu'il s'agit d'analyser les objets cruciaux de l'anthropologie comme, par exemple, les rapports de la magie et de la religion.
  14. ↑ « La conception durkheimienne renvoie en dernière instance Ă  une thèse initiale, que l’on pourrait rĂ©sumer ainsi : la sociĂ©tĂ©, comme lien solidaire, et indĂ©pendamment mĂŞme du fait qu’elle constitue ou non un « sujet en grand format Â», comme Habermas en a fait le reproche Ă  Durkheim, existe, et existe d’abord, irrĂ©ductiblement, mĂŞme si son existence peut ĂŞtre marquĂ©e par des variations ou des dysfonctionnements que Durkheim rassemble sous le concept d’« anomie Â». Et en s’en tenant Ă  cette thèse, dont il fait l’a priori de toute sa dĂ©marche, Durkheim est conduit, Ă  son insu mĂŞme, Ă  Ă©vacuer la thèse inverse sans la prendre en considĂ©ration, ne serait-ce qu’en vue de l’invalider : et si la sociĂ©tĂ© comme telle, justement, ça n’existait pas, au sens de cette existence antĂ©rieure et ontologiquement fondĂ©e affirmĂ©e et en quelque sorte promulguĂ©e par Durkheim ? S’explique alors que Durkheim puisse, Ă  la fin du XIX siècle Ă©crire un ouvrage sur la division du travail social dans lequel il se livre Ă  de minutieuses discussions avec le libĂ©ralisme spencĂ©rien, sans faire Ă  aucun moment Ă©tat de ce que, sur ce problème, une ligne de rĂ©flexion toute diffĂ©rente a Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©e par Marx, que Durkheim refoule proprement de la dĂ©marche sociologique, par un vĂ©ritable geste de censure, dont les effets ont Ă©tĂ© durables, alors qu’il serait difficilement soutenable que Marx soit restĂ© complètement indiffĂ©rent Ă  une rĂ©flexion sur la nature du fait social et n’ait pas Ă©tĂ© concernĂ© par le problème de la division du travail. On ne saurait reprocher Ă  Durkheim d’avoir Ă©tĂ© en dĂ©saccord avec Marx, pour autant que ce dĂ©saccord eĂ»t Ă©tĂ© convenablement argumentĂ© ; mais on peut s’étonner que ce dĂ©saccord ait pris la forme d’un pesant silence, dans lequel on pourrait finalement voir le tĂ©moignage d’une gĂŞne, d’un dĂ©ficit thĂ©orique artificiellement comblĂ© par le refus implicite, voire la crainte, d’avoir Ă  s’expliquer Ă  ce sujet. Â» (Pierre Macherey)
  15. ↑ La rĂ©ception de la pensĂ©e de Marx dans la sociologie française a Ă©tĂ© notamment abordĂ©e selon trois points de vue et/ou postures :
      Liste :
    • diachronique : Daniel Lindenberg (Le Marxisme introuvable, 10/18, 1978) interroge ainsi la place du marxisme dans la sociologie officielle du dĂ©but du XX siècle ;
    • gĂ©nĂ©alogique : Jacques Donzelot (L’Invention du social, Fayard, 1984) analyse ainsi les stratĂ©gies discursives des passions politiques en rivalitĂ© dans la France de la Troisième RĂ©publique (l'idĂ©al rĂ©publicain, le libĂ©ralisme et le marxisme) ;
    • synchronique : Pierre Ansart (Les Sociologies contemporaines, Seuil, 1990) positionne ainsi notamment vis-Ă -vis de la thèse marxienne de la lutte comme moteur de l'histoire, la pensĂ©e du changement social des grands sociologues français contemporains (Balandier, Boudon, Bourdieu, Crozier et Touraine).
  16. ↑ (en) Page du site de l'université du Kansas
  17. ↑ (en) Site de l’American Journal of Sociology Â»
  18. ↑ Voir par exemple : Nature et Histoire, PUF ou Esquisse d'une histoire universelle, Fayard.
  19. ↑ Voir « La fin de la grande illusion. Les sciences sociales, la modernitĂ© et l'État Â» par Peter Wagner (Futur AntĂ©rieur, n°11, 1992).
  20. ↑ La revue Anamnèse se propose aujourd'hui d'entretenir la mémoire des auteurs des sciences sociales et humaines oubliés.
  21. ↑ Que l'on songe, par exemple, à une sociologie d'inspiration phénoménologique à la manière d'Alfred Schütz ou à la dialectique d'inspiration pluraliste de Georges Gurvitch. Outre l'emprunt de théories (matérialisme, phénoménologie, structuralisme, etc.), les dialogues entre la sociologie et la philosophie se nouent encore autour de l'histoire de la philosophie comme chez Raymond Aron ou des théories de la connaissance comme chez Durkheim.
  22. ↑ François Dubet, Sociologie de l'expérience, Paris, Le Seuil, 1994, p. 90
  23. ↑ Ainsi Michel Foucault sera reconnu par certains comme conciliable avec la rĂ©flexion sociologique et pas par d'autres. Cf. Le Portique n°13/14, « Foucault : usages et actualitĂ©s Â», 2ème semestre 2004, ou encore le volume 38 (n°2) de la revue Sociologie et sociĂ©tĂ©s, automne 2006 : « Michel Foucault : sociologue ? Â».
  24. ↑ Voir De la critique. Précis de sociologie de l'émancipation, Paris, Gallimard, 2009.





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  - Sous-chapitre : Bibliographie

    Liste :
  • Raymond Aron, Les Étapes de la pensĂ©e sociologique, 1967, Paris, Gallimard
  • Philippe Corcuff, Les Nouvelles sociologies, 1995, Paris, Nathan UniversitĂ©
  • Michel Crozier, Le phĂ©nomène bureaucratique, Le Seuil, 1964
  • Michel Crozier, Erhard Friedberg, L'acteur et le système, Seuil, 1977
  • Michel Crozier, A quoi sert la sociologie ?, Arslan, 2000
  • Charles Henry Cuin et François Gresle, Histoire de la sociologie, La dĂ©couverte, 1996
  • Philippe Dufour, Le RĂ©alisme, Presses universitaires de France, 1998
  • Émile Durkheim, De la division du travail social, PUF, 2007
  • Johan Heilbron, Naissance de la sociologie, Agone, 2006 [lire en ligne]
  • Wolf Lepenies, Les trois cultures ; entre science et littĂ©rature l'avènement de la sociologie, maison des sciences de l'homme, 1995
  • Danilo Martuccelli, Sociologies de la modernitĂ©, Gallimard, 1999
  • Jean Pierre Durand et Robert Weil, Sociologie contemporaine, Vigot, 1997
  • Ferdinand Tönnies, Gemeinschaft und Gesellschaft, Wissenschaftliche Buchgesellschaft, 2005
  • Max Weber, Histoire Ă©conomique, Gallimard, 1981
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