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Définition Wikipédia de : Histoire de la Turquie



Histoire de la Turquie
Armoiries de la république de Turquie
Turquie pré-ottomane
jusqu'au XIII siècle
Asie mineure et Thrace
Époque hellénistique
jusqu'en 189 av. J.-C.
Période romaine189 av. J.-C.–1453
SeldjoukidesX siècle–XIII siècle
Sultanat de Rûm1060–1327
Époque des beylicatsXIII siècle
Armoiries ottomanes
Empire ottoman (1299–1923)
Naissance1299–1453
Croissance1453–1683
Stagnation1683–1827
Déclin1828–1908
Dissolution1908–1922
Drapeau de Turquie
République de Turquie (depuis 1919)
Guerre d'indépendance1919–1923
Période de l'unipartisme1923–1945
Période du multipartismedepuis 1945




Introduction :

      L'Histoire de la Turquie proprement dite, concerne le dĂ©but de la RĂ©publique turque de Mustafa Kemal AtatĂĽrk en 1923 jusqu'Ă  aujourd'hui. Cet article ne parle que de cette pĂ©riode, et non des Ă©vènements antĂ©rieurs.







Suite de l'article :

Les Turcs, venus d'Asie centrale, sont arrivés en Asie mineure pendant le Moyen Âge, alors principalement habitée par des Arméniens et des Grecs. De 1299 au début du XX siècle règne l'Empire ottoman, un État puissant, multiethnique et multiconfessionnel. Mais les aléas de l'histoire feront que cet immense empire se disloquera aux lendemains de la Première Guerre mondiale pour donner naissance à la Turquie moderne, laïque.


- Sommaire de la page -









Chapitre : Démembrement et résurgence (1918-1923)



     Ă€ la fin de la première guerre mondiale, et après le gĂ©nocide armĂ©nien, l'Empire ottoman, qui appartenait au camp des puissances centrales (Allemagne, Autriche-Hongrie, Bulgarie) est dĂ©mantelĂ©. La France et le Royaume-Uni se partagent les provinces du proche-orient (Syrie, Irak, Liban, Palestine, Jordanie, cĂ´tes de l'actuelle Arabie Saoudite, YĂ©men). La Thrace (sauf Istanbul) et les cĂ´tes Ă©gĂ©ennes sont attribuĂ©es Ă  la Grèce, tandis qu'Ă  l'est, une rĂ©publique armĂ©nienne est proclamĂ©e sous la conduite du parti Dachnak. Le reste de l'Empire (alors monarchie constitutionnelle) est lui-mĂŞme divisĂ© en « zones d'influence Â» italiennes, françaises et anglaises, et les Turcs craignent de se voir bientĂ´t rĂ©duits Ă  l'Ă©tat de colonies.


     Le mouvement nationaliste, menĂ© par Mustafa Kemal, avait dès juin 1919, dĂ©fini dans la dĂ©claration d'Amasya les raisons pour lesquelles le gouvernement impĂ©rial ottoman, considĂ©rĂ© comme illĂ©gitime, devait ĂŞtre remplacĂ© pour que les interĂŞts nationaux des Turcs soient dĂ©fendus. Il obtint un soutien important de la population et de l'armĂ©e. Lors du congrès de Sivas, un gouvernement provisoire fut Ă©lu. DĂ©finies par le traitĂ© de paix de Sèvres, signĂ© le 10 aoĂ»t 1920 par le gouvernement impĂ©rial, les frontières de l'Empire Ottoman sont dĂ©noncĂ©es par le nouveau gouvernement provisoire du mouvement nationaliste.


     Le gouvernement provisoire conduit par Mustafa Kemal tenta de rĂ©cupĂ©rer une partie des territoires cĂ©dĂ©s par le traitĂ© de Sèvres.


     Ă€ l'est, il signa un autre traitĂ© avec le gouvernement bolchevik russe : le TraitĂ© de Kars (1921). Par ce traitĂ©, la Russie soviĂ©tique rend Ă  la Turquie un territoire pris Ă  l'Empire ottoman en 1878, peuplĂ© de tribus armĂ©niennes et kurdes, et les deux partis turc national et russe bolchĂ©vique s'entraident pour mettre fin aux vellĂ©itĂ©s d'indĂ©pendance des peuples du Caucase, et pour chasser les Anglais des rĂ©serves de pĂ©trole de Bakou.


     Ă€ l'ouest, le mouvement nationaliste engagea la guerre grĂ©co-turque pour rĂ©cupĂ©rer les cĂ´tes ouest de l'Anatolie. Au sud, en Cilicie (Tarsus) il empĂŞcha la constitution d'une rĂ©gion autonome armĂ©nienne sous protectorat français, prĂ©vue par le traitĂ© de Sèvres.


     ConformĂ©ment aux demandes des alliĂ©s, les membres du gouvernement impĂ©rial ottoman impliquĂ©s dans la dĂ©portation des armĂ©niens d'Anatolie vers le Liban et dans le gĂ©nocide armĂ©nien avaient Ă©tĂ© traduits en justice et condamnĂ©s, mais le gouvernement provisoire n'accepte pas d'ĂŞtre tenu pour responsable d'un crime commis sous le rĂ©gime prĂ©cĂ©dent. C'est le dĂ©but d'une controverse historique et politique qui dure encore aujourd'hui.


     Le 24 juillet 1923, le traitĂ© de Lausanne, signĂ© entre le gouvernement provisoire de Mustafa Kemal et le Royaume Uni, la France, l'Italie, le Japon, la Grèce, et la Yougoslavie, redĂ©finit les frontières de la Turquie et annule le traitĂ© de Sèvres. Ce traitĂ© renonce Ă  crĂ©er un Kurdistan turc, qui Ă©tait prĂ©vu par le traitĂ© de Sèvres. De plus, les restrictions imposĂ©es par le traitĂ© de Sèvres, tel que le contrĂ´le par les armĂ©es alliĂ©es, sont levĂ©es. Bien que Mustafa Kemal ait proclamĂ© la laĂŻcitĂ© du futur Ă©tat turc, le traitĂ© de Lausanne prĂ©voit une « purification ethnique Â» pour « Ă©viter de futurs conflits Â» : environ trois millions de personnes, les habitants de Turquie de religion chrĂ©tienne orthodoxe doivent rejoindre la Grèce, tandis qu'un demi-million d'habitants de la Grèce de religion musulmane doivent rejoindre la Turquie sans considĂ©ration ethnique (la plupart Ă©taient des Pomaks de langue bulgare). Sur les trois millions de "Roumis" (nom turc des orthodoxes), la moitiĂ© rejoignit en fait non la Grèce, incapable d'en accueillir tant, mais les États-Unis.


     Finalement, le sultanat est aboli le 1 novembre 1922.


     Enfin, clef de voĂ»te du processus initiĂ© par Mustafa Kemal, 29 octobre 1923, la RĂ©publique de Turquie est proclamĂ©e : il est aussitĂ´t Ă©lu prĂ©sident.






Chapitre : La révolution kémaliste (1923-1938)





Image (cliquez pour agrandir) :

Mustafa Kemal fondateur de la Turquie moderne



     Mustafa Kemal avait appartenu au mouvement des Jeunes-Turcs. Il Ă©tait partisan d'un nationalisme restrictif (modèle de la Petite Turquie) et anticlĂ©rical. Son modèle de rĂ©fĂ©rence restait ancrĂ© dans la France des Lumières. Il avait l'ambition de modeler une civilisation turque moderne, souhaitant pour cela la « RĂ©volution Ă  toute vapeur Â». Ses mĂ©thodes restaient fondĂ©es sur le volontarisme et un populisme : « malgrĂ© le peuple, pour le peuple Â» ; une sociĂ©tĂ© unie/unique, sans lutte des classes, mais turque avant tout (Jacobin, il se mĂ©fiait des diffĂ©rences rĂ©gionales depuis le TraitĂ© de Sèvres).


     L'armĂ©e reste un pilier de la nation ; l'Ă©cole laĂŻque, gratuite et obligatoire, le modèle d'Ă©cole rĂ©publicaine de Jules Ferry est instaurĂ©, une forte action culturelle est entreprise avec les « maisons du peuple Â» (la Turquie restera un « Ă‰tat papa Â» jusque dans les annĂ©es 1980). Une nouvelle capitale, Ankara, est choisie, au dĂ©triment d'Istanbul, la capitale historique deux fois impĂ©riale (Empire romain d'Orient et ottoman. La langue est remaniĂ©e, une politique nationale est alors appliquĂ©e par Mustafa Kemal, qui remplace par exemple l'alphabet ottoman d'origine arabe par l'alphabet latin en 1928. L'histoire turque est réécrite afin de donner des racines Ă  cette nation, Ă  l'instar des États occidentaux au XIX siècle. Le problème est pour eux de localiser la mère patrie, puisque l'on trouve des turcs de la Grèce Ă  l'Afghanistan. Ils y sont aidĂ©s par de nombreux conseillers Ă©trangers.


     En politique Ă©trangère, AtatĂĽrk tient fermement au principe de neutralitĂ©. Ă€ part un contentieux difficilement rĂ©glĂ© avec la Grèce en 1933, et l'affaire du Sandjak d'Alexandrette, donnĂ© en 1938 Ă  la Turquie par le Mandat français en Syrie, la Turquie se garde d'intervenir dans les conflits rĂ©gionaux.


     Dès la RĂ©volution de 1908, les femmes Ă©mergent sur la scène politique. En 1919, suite Ă  de grandes manifestations, des mesures sont prises visant Ă  faire Ă©voluer le statut de la femme : Ă©galitĂ© avec les hommes reconnue dans le code civil, mariage civil obligatoire, interdiction de la polygamie, de la rĂ©pudiation, du port du voile Ă  l'Ă©cole, scolarisation des filles, embauche de femmes dans l'administration... En 1930, elles votent et sont Ă©ligibles aux Ă©lections locales et en 1934 aux Ă©lections nationales.


     La Turquie kĂ©maliste se veut rĂ©solument laĂŻque. Le califat est abandonnĂ© le 3 mars 1924. C'est alors largement perçu comme un sacrilège par le monde-arabo musulman. En 1928, l'islam cesse d'ĂŞtre la religion d'État, puis, en 1937, la laĂŻcitĂ© est inscrite dans la Constitution. Le Calendrier grĂ©gorien est adoptĂ©, et le dimanche devient le jour de repos hebdomadaire. Poursuivant la laĂŻcisation du droit entamĂ©e dès 1839 par les Tanzimat (rĂ©formes) de l'empire ottoman, le rĂ©gime kĂ©maliste adopte, en 1926, un code civil inspirĂ© du code suisse, un code pĂ©nal inspirĂ© du code italien, et un code commercial inspirĂ© du code allemand. Mais c'est plus qu'une laĂŻcitĂ©, car elle est dynamique et autoritaire. L'anticlĂ©ricalisme est prononcĂ©, mais le spiritualisme musulman n'est pas pour autant abandonnĂ©. La laĂŻcitĂ© turque et kĂ©maliste se distingue de la laĂŻcitĂ© française et jacobine par le contrĂ´le exercĂ© par l'État sur les religions, et surtout la tendance majoritaire de l'islam, via la direction des Affaires religieuses, créée en 1924. Ce mouvement laĂŻc sera surtout efficace dans les grandes villes de l'ouest du pays.


     En 1925, 1930 et 1937, des rĂ©voltes kurdes sont sĂ©vèrement rĂ©primĂ©es. Le 8 juillet 1937, la Turquie, l’Irak, l’Iran et l’Afghanistan signent le traitĂ© de Sa'dabad qui prĂ©voit entre autres une coordination de la lutte contre la « subversion Â» kurde.

  - Sous-chapitre : Les minoritĂ©s


     Le souhait du gouvernement kĂ©maliste Ă©tait d'avoir une Turquie homogène ethniquement et religieusement, car il voyait l'addition de diffĂ©rentes nationalitĂ©s en Turquie comme une faiblesse, dont se serviraient les Britanniques pour diviser et dĂ©truire la Turquie. Dans les rĂ©gions et les grandes villes cĂ´tières, les Turcs Ă©taient en minoritĂ©, que ce soit Ă  Istanbul, en Thrace ou dans les provinces orientales. La Turquie possĂ©dait de nombreuses minoritĂ©s hĂ©ritĂ©es de l'Empire romain d'Orient dit byzantin : des ArmĂ©niens, des Juifs, des Albanais, ainsi que des Grecs ottomans dits en turc roumis (Ă  la diffĂ©rence des Grecs de Grèce dits yunan). Bien que d'origine indo-europĂ©enne, les Kurdes ne sont pas considĂ©rĂ©s comme une minoritĂ© mais comme des Turcs des montagnes. Les Kurdes parlent une langue de type perse et sont musulmans sunnites comme la plupart des Turcs, Ă  la diffĂ©rence des Iraniens.


     Mais les Kurdes acceptaient mal d'obĂ©ir au gouvernement d'Ankara qui dĂ©cida de mettre fin Ă  leur mode de vie patriarcal, fĂ©odal et religieux. Ils se trouvaient dans un Ă©tat de tension voire d'insurrection incessante de 1921 Ă  1926. Le Royaume-Uni encourageait de son cĂ´tĂ© les rebelles kurdes Ă  la rĂ©volte pour mettre en difficultĂ© le gouvernement kĂ©maliste. Il fournissait aux insurgĂ©s des armes et des subsides.


     Une grande rĂ©volte kurde menĂ©e par le Cheikh SaĂŻd Ă©clate en 1924. Il lança les tribus kurdes sur Elazığ, Maras et Bitlis et fit placarder sur les murs de Diyarbakır des affiches oĂą l'on lisait : « Ă€ bas la RĂ©publique ! Vive le Sultan-Calife ! Â» Mais la rĂ©volte Ă©tait Ă©galement soutenue par des sociĂ©tĂ©s secrètes islamiques et des journalistes. Mustafa Kemal dĂ©cide alors d'envoyer neuf divisions dans le Kurdistan et donna l'ordre Ă  ses soldats de rĂ©primer les insurgĂ©s. Puis il y envoya des tribunaux, dits Tribunaux d'indĂ©pendance. Des cours martiales exĂ©cutèrent ou emprisonnèrent tous les Kurdes reconnus coupables d'atteinte Ă  la sĂ»retĂ© intĂ©rieure de l'État. Quarante-six meneurs furent pendus sur la grande place de Diyarbakir. Le but du gouvernement d'Ankara Ă©tait de faire d'eux des exemples et de dissuader les Kurdes de la rĂ©volte.


     Il dĂ©cide par la mĂŞme occasion de supprimer les derviches tourneurs, les sectes religieuses, les couvents et les confraternitĂ©s qu'il accuse d'avoir soutenu la rĂ©volte kurde.


     Le traitĂ© de Lausanne inclut Ă©galement un Ă©change dĂ©mographique : un million et demi de Grecs de Turquie sont Ă©changĂ©s contre 385 000 musulmans de Grèce (turcophones et bulgarophones), en dĂ©pit de la volontĂ© desdites populations. Seuls les Grecs d'Istanbul (environ 100 000 personnes) et les musulmans de Salonique (environ 5 000 personnes) sont exemptĂ©s. Mais depuis quatre-vingt ans, les tensions nationalistes ont poussĂ© mĂŞme ces exemptĂ©s Ă  Ă©migrer, et en 2006, il reste environ 50 000 musulmans en Grèce et 3 000 orthodoxes grecs en Turquie.


     Des minoritĂ©s sont donc encore prĂ©sentes en Turquie : ArmĂ©niens et Grecs d'Istanbul, Juifs, Assyro-chaldĂ©ens et Kurdes. Mis Ă  part ces derniers, elles reprĂ©sentent cependant un très faible pourcentage de la population.






Chapitre : Visées soviétiques, adhésion à l'OTAN et enjeux géostratégiques (1941-2003)



     RestĂ©e sur la leçon de la Première Guerre mondiale, la Turquie choisi la neutralitĂ© lors du deuxième grand conflit du XX siècle. Avec l'accord de la France, puissance mandataire de la Syrie, la Turquie a rĂ©cupĂ©rĂ© le 23 juin 1939, le sandjak d'Alexandrette, peuplĂ© majoritairement de Turcs. Ce territoire de près de 4 700 km² est peuplĂ© d'environ 200 000 habitants. Alexandrette prend alors le nom d'Iskenderun. La France voyait dans cette cession territoriale, un moyen d'Ă©carter la Turquie de son traditionnel alliĂ© allemand. La Turquie signe un traitĂ© de non agression avec l'Allemagne en 1941, mais lui dĂ©clarera la guerre en fĂ©vrier 1945, condition posĂ©e pour participer Ă  la confĂ©rence de San Francisco marquant la naissance de l'ONU.


     La Convention de Montreux confie Ă  la Turquie la responsabilitĂ© des dĂ©troits de la mer Noire (Bosphore et Dardanelles), convoitĂ©s par Staline : les Russes ont toujours voulu un accès Ă  la MĂ©diterranĂ©e pour leur flotte de la mer Noire). Face Ă  cet accord international, Staline revendique des territoires Ă  l'ouest de la Turquie, en reprenant l'argumentation des Tsars: Constantinople Ă©tait la capitale de la chrĂ©tientĂ© orthodoxe, religion majoritaire en Russie. Les États-Unis soutiennent alors la Turquie, dĂ©finitivement perdue pour le Bloc de l'Est.


     En effet, la Turquie signe des accords de coopĂ©ration militaire et Ă©conomique avec les États-Unis en 1947-1948, bĂ©nĂ©ficie du plan Marshall, entre au Conseil de l'Europe en 1950 et dans l'OTAN en 1952.
La Turquie est aussi le seul pays laïc à majorité musulmane qui a reconnu Israël et a même conclu des accords militaires avec ce pays. Les juifs de Turquie n'ont jamais été inquiétés, et la Knesset, dans la crainte d'une éventuelle crise politique avec la Turquie, a plusieurs fois refusé le débat sur une journée de commémoration - donc une reconnaissance implicite - du génocide arménien dont la dernière fois le 14 mars 2007.


     La Turquie abrite toujours des bases amĂ©ricaines, et a maintenu avec les Etats-Unis une alliance Ă©troite, au moins jusqu'au dĂ©but de 2003 et de la guerre en Irak, lorsque la Turquie fut le seul pays candidat Ă  l'UE qui se dĂ©clara contre une intervention anglo-amĂ©ricaine.






Chapitre : Le post-kemalisme : entre dĂ©mocratie, armĂ©e et retour Ă  l'islam (1945-2005)



     En dĂ©cembre 1945, la crĂ©ation de nouveaux partis politiques est autorisĂ©e. Ce mĂŞme mois, est fondĂ© le Parti dĂ©mocrate, mouvement conservateur modĂ©rĂ©. En juillet 1946, ont lieu les premières Ă©lections pluralistes. Aux Ă©lections suivantes, le Parti dĂ©mocrate accède au pouvoir, avec 53,6 % des voix, contre 40 % au Parti rĂ©publicain du peuple. C'est la première alternance politique depuis 1923.


     L'Ă©conomie se libĂ©ralise, et bĂ©nĂ©ficie d'une forte aide amĂ©ricaine. Le laĂŻcisme kĂ©maliste est partiellement remis en cause, avec, notamment, la rĂ©apparition de manuels coraniques en arabe, le retour de l'Ă©ducation religieuse dans les Ă©coles publiques, ou l'assouplissement des normes vestimentaires.


     Le Parti dĂ©mocrate est accusĂ© de violer la Constitution pour rester au pouvoir. Une partie des militaires, dĂ©jĂ  opposĂ©s Ă  la remise en cause du kĂ©malisme, trouvent inacceptables les mĂ©thodes employĂ©es par les dirigeants. Le 27 mai 1960, un coup d'État renverse le gouvernement au nom de l'armĂ©e, installe un gouvernement provisoire et porte Ă  sa tĂŞte le gĂ©nĂ©ral GĂĽrsel. Le 17 septembre 1961, le Premier ministre Adnan Menderes est exĂ©cutĂ© pour violation de la constitution, ainsi que deux autres de ses ministres, Fatin RĂĽstĂĽ Zorlu et Hasan Polatkan. Les militaires restent au pouvoir un an et font approuver une Constitution garantissant les libertĂ©s dĂ©mocratiques (libertĂ© d'expression, de rĂ©union, d'association, droit de grève). İsmet İnönĂĽ redevient premier ministre de novembre 1961 Ă  fĂ©vrier 1965.


     La situation politique se dĂ©grade au cours des annĂ©es 1970. Un nouveau coup d'État a lieu en 1971 ; les militaires, constatant que leur action n'a en rien amĂ©liorĂ© la situation, retournent dans leurs casernes l'annĂ©e suivante. La guerre froide s'intensifie, l'extrĂŞme gauche et l'extrĂŞme droite se radicalisent, des groupes terroristes se forment, notamment le Devrimci Sol, en 1978. Les kurdes subissent l'influence de formateurs trotskystes et maoĂŻstes, et le Parti des travailleurs du Kurdistan met en place des groupes de guerilleros marxistes en Anatolie orientale. Enfin, La guerre civile au Liban commencĂ©e en 1975 provoque l'arrivĂ©e de nombreux rĂ©fugiĂ©s libanais en Turquie.


     Cette situation provoque le 12 septembre 1980 un nouveau coup d'État militaire suivi d'une forte rĂ©pression. Tous les partis sont dissous, les militaires prennent la tĂŞte des nouvelles organisations. Ă€ la diffĂ©rence des deux interventions prĂ©cĂ©dentes de l'armĂ©e, ce coup d'État se traduit par un net recul de la dĂ©mocratie. Les militaires se donnent un rĂ´le important dans la Constitution, et mettent en place un Conseil national de sĂ©curitĂ© pour prĂ©parer le retour des civils au pouvoir.


     Celui-ci est mis en place par Turgut Ă–zal, Premier ministre en 1984, prĂ©sident en 1989, qui tente de concilier la nature dĂ©mocratique du rĂ©gime, les principes fondateurs de la RĂ©publique et l'islam. Il tente Ă©galement de donner une rĂ©ponse culturelle Ă  la question kurde. L'Ă©tat de siège est levĂ© dans treize provinces dès 1984. Un moratoire sur les exĂ©cutions est votĂ© par le Parlement la mĂŞme annĂ©e, et reconduit l'abolition de la peine de mort (voir ci-dessous). La Turquie, qui avait perdu son droit de vote au Conseil de l'Europe suite au coup d'État militaire, le retrouve.


     Ă€ partir de 1991, la Constitution est rĂ©formĂ©e pour satisfaire aux critères dĂ©mocratiques exigĂ©s par la candidature Ă  la CEE, puis Ă  l'UE.


     En 2000, le Parti des travailleurs du Kurdistan proclame un cessez-le-feu suite Ă  l'arrestation de son chef, Abdullah Ă–calan.


     En janvier 2002, un nouveau code civil, remplaçant celui de 1926, est instaurĂ©. La peine de mort est supprimĂ©e pour les crimes de droit commun en 2001, est abolie en temps de paix, puis en toute occasion, lors d'une réécriture du code pĂ©nal.


     En novembre 2002, le parti AKP remporte nettement les Ă©lections lĂ©gislatives. C'est un parti considĂ©rĂ© comme « islamiste modĂ©rĂ© Â», il revendique « une dĂ©mocratie musulmane comme d'autres se disent de dĂ©mocratie chrĂ©tienne Â». Les militaires disparaissent petit Ă  petit des institutions gouvernementales oĂą leur place Ă©tait prĂ©pondĂ©rante. Ainsi, le Conseil national de la sĂ©curitĂ© (MGK, créé en 1961, transformĂ© en vĂ©ritable instance de contrĂ´le par la Constitution de 1982) est-il devenu, Ă  partir de 2003, essentiellement consultatif, cependant que son secrĂ©taire, autrefois un militaire, est dĂ©sormais un civil. De mĂŞme, les juges militaires sont retirĂ©s des Tribunaux de sĂ©curitĂ© de l'État (DGM) en 1999, puis les DGM sont supprimĂ©s en 2004.


     Le 1 janvier 2005, la Nouvelle livre turque est adoptĂ©e : une NLT vaut 1 million d'anciennes livres turques. Cette rĂ©forme monĂ©taire est lancĂ©e, après des dĂ©cennies d'inflation galopante et plusieurs dĂ©valuations, grâce Ă  un relatif assainissement du budget de l'État (qui s'exprimait en quadrillions). Elle permet aussi d'Ă©viter nombres d'erreurs de comptes. De 2001 Ă  2005, l'inflation passe ainsi de Ă  8,2 %, ce qui permet aux taux d'intĂ©rĂŞts de passer de 50,5 Ă  20,4 % pendant la mĂŞme pĂ©riode. Cet assainissement permet un enrichissement du pays : le Produit national brut (PNB) fait plus que doubler entre 2001 et 2005, passant de 167,34 Ă  342 milliards de $ ; le PNB par habitant double presque, passant de 2 420 Ă  4 710 $. De 2002 Ă  2004, les investissements Ă©trangers font plus que doubler : 2,73 milliards de $, contre 1,06 deux ans plus tĂ´t.






Chapitre : L'Union européenne et la Turquie



     La Turquie fait partie de toutes les institutions europĂ©ennes depuis 1945 : Conseil de L'Europe, Organisation europĂ©enne de coopĂ©ration Ă©conomique, Organisation du traitĂ© de l'Atlantique nord, Banque de dĂ©veloppement du Conseil de l'Europe. Elle s'est soumise Ă  la juridiction europĂ©enne suprĂŞme de La Haye. Elle pose de façon attendue sa candidature pour devenir membre associĂ© de la CEE en 1959, et soutenue par les Dirigeants Français et Allemands De Gaulle et Adenauer, elle obtient satisfaction en 1963. L’accord d’association Turquie-CEE est gelĂ© Ă  la suite du coup d’Etat militaire du gĂ©nĂ©ral Kenan Evren de 1980. La Turquie est donc logiquement candidate Ă  l'entrĂ©e dans l'Union europĂ©enne en 1987. Dix-sept ans après sa première demande, le Conseil EuropĂ©en a approuvĂ© en dĂ©cembre 2004 l'ouverture de nĂ©gociations avec la Turquie, qui ont dĂ©butĂ© le 3 octobre 2005. L'avenir proche de la Turquie tout comme de l'Europe se joue dans cette adhĂ©sion devenue brutalement un sujet de polĂ©mique en France, en Autriche et en Allemagne, la question de l'identitĂ© de la Turquie, rĂ©putĂ©e asiatique et musulmane quoique membre fondateur d'organisations europĂ©ennes et laĂŻque, ayant Ă©tĂ© reprise par un certain nombre de partis politiques.






Chapitre : Notes


  1. ↑ Thierry Zarcone, La Turquie. De l'empire ottoman à la République d'Atatürk, éd. Gallimard, 2005, pp. 132/133
  2. ↑ Jean-Paul Burdy, « ModernitĂ© autoritaire et extension des droits civiques : le suffrage universel octroyĂ© aux femmes dans la Turquie kĂ©maliste des annĂ©es 1930 Â», dans GĂ©rard Chianea et Jean-Luc Chabot (dir.), Les Droits de l'homme et le suffrage universel, Ă©d. de l'Harmattan, 2000
  3. ↑ Thierry Zarcone, La Turquie, op. cit., p. 58
  4. ↑ Thierry Zarcone, La Turquie, op. cit., p. 131
  5. ↑ Thierry Zarcone, La Turquie, op. cit., pp. 69 et 138/139
  6. ↑ World Politics Review | Armenia, Turkey Wait While U.S. Considers Recognizing Genocide
  7. ↑ Nouvelles d'Arménie en Ligne
  8. ↑ Thierry Zarcone, La Turquie, op. cit., pp. 100/102
  9. ↑ « Pour faciliter son intĂ©gration europĂ©enne, la Turquie amende sa Constitution Â», Le Monde, 2 octobre 2001.
  10. ↑ « La Turquie abolit la peine de mort et autorise l'enseignement du kurde Â», Le Monde, 4 aoĂ»t 2002.
  11. ↑ « Le Parlement turc lève un obstacle en adoptant un nouveau code pĂ©nal Â», Le Monde, 28 septembre 2004.
  12. ↑ Jean-François PĂ©rouse, La Turquie en marche, Ă©d. de La Martinière, 2004, pp. 188/189 et « M. Erdogan a pu imposer aux militaires une nouvelle politique extĂ©rieure Â», Le Monde, 7 octobre 2004.
  13. ↑ Jean-François Pérouse, La Turquie en marche, op. cit., p. 194.
  14. ↑ Atlaséco 2006, p. 222 et Atlaséco 2007, p. 222.





Chapitre : Bibliographie


  - Sous-chapitre : Ouvrages gĂ©nĂ©raux

    Liste :
  • Histoire de la Turquie contemporaine, Hamit Bozarslan, la dĂ©couverte, collection repères.
  • Histoire de la Turquie, de l'AltaĂŻ Ă  l'Europe, Ibrahim Tabet, Ă©ditions L'Archipel.
  • Georges Duhamel, La Turquie, nouvelle puissance d'Occident, Mercure de France, 1953
  • Bernard Lewis, Islam et laĂŻcitĂ©. Naissance la Turquie moderne, Ă©d. Flammarion, 1988
  • Robert Mantran, Histoire de la Turquie, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? Â», 1993 (1 Ă©dition, 1961)
  • Xavier de Planhol, La Turquie, Presses universitaires de France, 1981
  • Jean-Paul Roux, Histoire des Turcs, Ă©d. Fayard, 2000
  • Stanford Jay Shaw et Ezel Kural Shaw, History of the Ottoman Empire and Modern Turquey, volume II, Reform, Revolution and Republic. The Rise of Modern Turquey, 1808-1975, Cambridge University Press, 1977
  • Semih Vaner (dir.), La Turquie, Ă©d. Fayard, 2005
  • Thierry Zarcone, La Turquie moderne et l'islam, Ă©d. Flammarion, 2004
  • Thierry Zarcone, La Turquie. De l'empire ottoman Ă  la RĂ©publique d'AtatĂĽrk, Ă©d. Gallimard, 2005
  • Erik Jan ZĂĽrcher, Turquey: a Modern History, I. B. Tauris, 2004 (1 Ă©d. 1993)
  • Levent UNSALDI, "Le militaire et la politique en Turquie", Harmattan, 2005

  - Sous-chapitre : La guerre d'indĂ©pendance et le kĂ©malisme

    Liste :
  • Tekin Alp, Le KĂ©malisme, Ă©d. FĂ©lix Alcan, 1937
  • Ilhan Basgöz et Howard N. Wilson, Educationnal Problems in Turquey. 1920-1940, Indiana University Press, 1968
  • Niyazi Berkes, The Development of Secularism in Turkey, New York, Ă©d. Routledge, 1998
  • Jean-Paul Burdy, « ModernitĂ© autoritaire et extension des droits civiques : le suffrage universel octroyĂ© aux femmes dans la Turquie kĂ©maliste des annĂ©es 1930 Â», dans GĂ©rard Chianea et Jean-Luc Chabot (dir.), Les Droits de l'homme et le suffrage universel, Ă©d. de l'Harmattan, 2000
  • Paul Dumont, Mustapha Kemal invente la Turquie moderne, Ă©d. Complexe, 1983, rééd. 1997 et 2006 [Ouvrage couronnĂ© par l'AcadĂ©mie française]
  • Orhan Konker et Émil Witmeur, Redressement Ă©conomique et industrialisation de la nouvelle Turquie, Ă©d. Sirey, 1937
  • Andrew Mango, Mustafa Kemal AtatĂĽrk, CODA Ă©ditions, 2006
  • Robert Mantran (dir.), Histoire de l'empire ottoman, Ă©d. Fayard, 1989
  • Stanford Jay Shaw, From Empire to Republic: The Turkish War of National Liberation, 1918-1923, cinq volumes, Ankara, SociĂ©tĂ© d'histoire turque, 1999-2001

  - Sous-chapitre : La Turquie depuis 1950

    Liste :
  • Cem Behar, « Tendances rĂ©centes de la population turque Â», Cahiers d'Ă©tudes de la MĂ©diterranĂ©e orientale et du monde turco-irani-en, n° 16, 1993
  • Gilles Dorronsoro (dir.), La Turquie conteste. Mobilisations sociales et rĂ©gime sĂ©curitaire, Ă©d. du CNRS, 2005
  • F. Erhard, Population policy in Turkey. Family Planning and Migration between 1960 and 1992, Hambourg, Deutsches Orient-Institut, Mitteilungen n° 48, 1994
  • Altan Gökalp, La Turquie en transition. DisparitĂ©s, identitĂ©s, pouvoir, Maisonneuve et Larose, 1986
  • Ali Kazancigil, La Turquie au tournant du siècle, Ă©d. L'Harmattan, 2004
  • Altay A. Manco (dir.), Turquie : vers de nouveaux horizons migratoires ?, Ă©d. L’Harmattan, coll. « CompĂ©tences Interculturelles Â», 2004
  • Jean-François PĂ©rouse, La Turquie en marche. Les grandes mutations depuis 1980, Ă©d. de La Martinière, 2004
  • Jacques Thobie, R. Perez et Salgur Kancal (dir.), Enjeux et rapports de force en Turquie et en MĂ©diterranĂ©e, Institut français d'Ă©tudes anatoliennes/ Ă©d. L'Harmattan, 1996
  • Semih Vaner, Deniz AkagĂĽl et Bahadir Kaleagasi, La Turquie en mouvement, Bruxelles, Ă©d. Complexe, 1995
  • Hamit Bozarslan, Histoire de la Turquie contemporaine, Paris, La DĂ©couverte, collection « Repères Â», 2004, 124 p.
  • Étienne Copeaux, "Espaces et temps de la nation turque. analyse d'une historiographie nationaliste", CNRS Éditions, 1997.

  - Sous-chapitre : Diplomatie et candidature Ă  l'UE

    Liste :
  • Denis AkagĂĽl et Semih Vaner (dir.), L'Europe, avec ou sans la Turquie, Ă©d. d'Organisation, 2005
  • Didier Billion, La Politique extĂ©rieure de la Turquie, Ă©d. de L'Harmattan, 2000
  • Pierre Chabal et Arnaud de Raulin (dir.), Les Chemins de la Turquie vers l'Europe, Presses de l'universitĂ© d'Artois, 2002
  • Paul Dumont et Jean-Louis BacquĂ©-Grammont (dir.), La Turquie et la France Ă  l'Ă©poque d'AtatĂĽrk, ADET, 1981
  • Ahmet Insel (dir.), La Turquie et l'Europe : une coopĂ©ration tumultueuse, Ă©d. de L'Harmattan, 2000
  • Hossein Latif, Les MĂ©dias turcs et la Politique europĂ©enne de la Turquie, Ă©d. CVMag, 2004
  • Pierre Le Mire (dir.), La Turquie, candidate Ă  l'adhĂ©sion, Ă©d. L'Harmattan, 2007
  • Mireille Sadège, La France et la Turquie dans l'Alliance atlantique, Ă©d. CVMag, 2005
  • Stanford Jay Shaw, Turkey and the Holocaust. Turkey's role in rescuing Turkish and European Jewry from Nazi persecution, 1933-45, Londres, Macmillan press, 1993





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