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Définition Wikipédia de : Empire allemand



Reich allemand




Introduction :

      Deutsches Reich de








↓1871 â€” 1918↓

Flag of the German Empire.svgWappen Deutsches Reich - Reichsadler.png
DrapeauArmoiries

Carte du Reich allemand sous l’Empire
Carte du Reich allemand sous l’Empire

Informations générales
 StatutMonarchie constitutionnelle
 CapitaleBerlin
 Langue(s)Allemand, comme seule langue officielle, avec minoritĂ©s linguistiques non-officielles : polonais, lituanien, kachoube, slovince, français, sorabe et frison.
 Religion(s){{{religion}}}
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 MonnaieGoldmark
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Population
41 058 792 hab. (est. 1871)
45 234 061 hab. (est. 1880)
49 428 470 hab. (est. 1890)
56 367 000 hab. (est. 1900)
64 925 993 hab. (est. 1910)
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Superficie
540 766 km² (1910)
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Histoire et événements
 18 janvier 1871UnitĂ©
 9 novembre 1918RĂ©volution allemande, proclamation de la RĂ©publique
 28 novembre 1918Abdication formelle
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Pouvoir exécutif
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Pouvoir législatif
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Entités précédentesEntités suivantes
Confédération de l'Allemagne du NordConfédération de l'Allemagne du Nord
Royaume de BavièreRoyaume de Bavière
Royaume de WurtembergRoyaume de Wurtemberg
Grand-duché de BadeGrand-duché de Bade
Grand-duché de HesseGrand-duché de Hesse
République de WeimarRépublique de Weimar
République d'Alsace-LorraineRépublique d'Alsace-Lorraine
Deuxième République de PologneDeuxième République de Pologne
LituanieLituanie
TchécoslovaquieTchécoslovaquie
Ville libre de DantzigVille libre de Dantzig
Territoire du Bassin de la SarreTerritoire du Bassin de la Sarre
Suite de l'article :

L’Empire allemand est le rĂ©gime politique du Reich allemand, le premier État-nation de l’histoire allemande, de 1871 Ă  1918. C'est une confĂ©dĂ©ration constitutionnelle issue de la ConfĂ©dĂ©ration de l'Allemagne du Nord et rĂ©unissant dans le cadre de la « solution petite-allemande Â» vingt-deux monarchies et trois rĂ©publiques ainsi qu'une « terre d'Empire Â», l’Alsace-Lorraine, sous l'autoritĂ© d’un empereur allemand, Ă©galement roi de Prusse. Il est fondĂ© le 18 janvier 1871 par la proclamation comme empereur de Guillaume I de Prusse dans la Galerie des glaces du château de Versailles après la dĂ©faite française lors de la guerre franco-allemande de 1870. Il prend fin le 9 novembre 1918 par l'abdication de l’empereur Guillaume II Ă  l'issue de la Première Guerre mondiale et la proclamation de la rĂ©publique de Weimar.



     Il est parfois appelĂ© le « Deuxième Reich Â» afin de l’inscrire dans la succession du Saint-Empire romain germanique, le « Premier Reich Â».

- Sommaire de la page -









Chapitre : Histoire


  - Sous-chapitre : La pĂ©riode de fondation

La Proclamation de l’Empire au château de Versailles, dans la galerie des Glaces, le 18 janvier 1871, peinte par Anton von Werner. Bismarck est représenté au centre, en uniforme blanc.



     Le 18 janvier 1871, dans une France vaincue, l’Empire est proclamĂ© dans la galerie des Glaces du château de Versailles et Guillaume I, roi de Prusse, devient empereur allemand. On appelle pĂ©riode de fondation (GrĂĽndungszeit) la pĂ©riode correspondant au règne de Guillaume I, jusqu’en 1888, et au mandat d’Otto von Bismarck comme chancelier impĂ©rial.


     Dès sa crĂ©ation, l’Empire est marquĂ© par des crises graves. Bismarck voit un peu partout des ennemis du nouveau rĂ©gime : les catholiques regroupĂ©s dans le parti du Zentrum et contre lequel il mène le Kulturkampf ; les Polonais de la province de Posnanie ; les Français d’Alsace-Lorraine ; les Welfes de Hanovre ; les socialistes qui se forment en Parti social-dĂ©mocrate (SPD). Après deux attentats contre l’empereur en 1878, mais commis par des individus agissant seul, Bismarck fait voter par les conservateurs et les libĂ©raux du Reichstag, le 18 octobre 1878, une loi qui interdit les associations socialistes, social-dĂ©mocrates ou communistes visant le « renversement de l’autoritĂ© de l’État ou de l’ordre social Ă©tablis Â», ainsi que leurs journaux, leurs rassemblements et leurs membres qui sont menacĂ©s d’exil.


     En mĂŞme temps, Bismarck mène une politique sociale visant Ă  apaiser certaines revendications sociales et Ă  diminuer l’audience de la social-dĂ©mocratie : le 15 juin 1883, la loi sur l’assurance maladie est adoptĂ©e.

  - Sous-chapitre : La pĂ©riode wilhelmienne




Image (cliquez pour agrandir) :

Germania, l'allégorie nationale allemande, à la rescousse de la mère patrie entrant dans la Première Guerre mondiale, sur une peinture de Friedrich August von Kaulbach en 1914. La légitimation donnée par le pangermanisme se heurte à l'esprit de revanche nourri par les Français.



     Le 9 mars 1888, Guillaume I meurt Ă  l’âge de quatre-vingt-onze ans. Son fils FrĂ©dĂ©ric III, dĂ©jĂ  atteint d’une maladie incurable, lui succède sur le trĂ´ne et meurt après cent jours de règne le 15 juin. Son successeur, Guillaume II, âgĂ© de vingt-neuf ans et petits-fils de Guillaume I, accède alors au trĂ´ne. On appellera cette annĂ©e l’annĂ©e des Trois Empereurs. On qualifie de wilhelmienne la deuxième phase de l’Empire, correspondant au règne de Guillaume II. Elle est marquĂ©e par la primautĂ© de l’empereur dans la politique, notamment en politique extĂ©rieure oĂą la prudence bismarckienne cède le pas Ă  la Weltpolitik.


     Le 18 mars 1890, Bismarck soumet une demande de mise en congĂ© Ă  l’empereur en raison du conflit qui les oppose en politique extĂ©rieure. Deux jours plus tard, le 20 mars 1890, il est dĂ©mis de ses fonctions de chancelier impĂ©rial et de ministre-prĂ©sident de la Prusse, et le gĂ©nĂ©ral Leo von Caprivi lui succède.


     Le chancelier von Caprivi ne prolonge pas la loi antisocialiste.

  - Sous-chapitre : La chute de l’Empire


     Ă€ la fin de la Première Guerre mondiale, la rĂ©volution de Novembre provoque la chute du rĂ©gime impĂ©rial. Le 9 novembre 1918, le chancelier Maximilian von Baden, après avoir dĂ©crĂ©tĂ© l’abdication de l’empereur Guillaume II et la renonciation au trĂ´ne du prince hĂ©ritier Wilhelm (techniquement, Guillaume III), dĂ©missionne et transmet ses pouvoirs Ă  Friedrich Ebert, chef des sociaux-dĂ©mocrates majoritaires. Le mĂŞme jour, la rĂ©publique est proclamĂ©e par Philipp Scheidemann et la rĂ©publique socialiste par Karl Liebknecht.






Chapitre : Les drapeaux



     Le drapeau de l'Empire allemand est Ă©galement celui de la ConfĂ©dĂ©ration d'Allemagne du Nord. Il unit les couleurs de la Prusse (le noir et le blanc, originellement les couleurs de l'Ordre teutonique) et de la Ligue hansĂ©atique (le rouge et le blanc, originellement les couleurs du Saint-Empire romain germanique et du drapeau du Christ).


     Le tricolore horizontal noir, blanc et rouge correspondait Ă  la « politique de fer et de sang Â» du chancelier Otto von Bismarck.


     Lors de la proclamation de l'Empire allemand, on vit le dĂ©veloppement de nombreux drapeaux basĂ©s sur le tricolore noir, blanc et rouge, notamment des pavillons maritimes, des drapeaux coloniaux, des drapeaux officiels, des bannières royales et impĂ©riales.


     Après avoir cherchĂ© Ă  rĂ©soudre les profondes divergences d'opinion du public sur la question du drapeau, on en vint Ă  un compromis, qui essayait d'exprimer des diffĂ©rences politiques inconciliables Ă  l'aide de symboles communs. Le drapeau civil adoptĂ© fut le tricolore noir, blanc et rouge ; le drapeau d'État Ă©tait le mĂŞme, avec les armes de l'Empire au centre. Ces armes Ă©taient constituĂ©es de l'aigle noir traditionnel avec des attributs rouges dans un Ă©cusson d'or.


     Les bannières personnelles de la famille impĂ©riale avec le champ jaune d'or, les croix noires et l'Ă©cu mĂ©diĂ©val au centre Ă©tait utilisĂ©es lors des grandes occasions ou des dĂ©placements impĂ©riaux (comme la visite de Guillaume II Ă  Damas).


     InspirĂ© du modèle de drapeau prussien, l'Empire allemand met la croix de Fer sur certains de ses drapeaux, dont le drapeau de l'Empereur, celui de l'État et celui de l'ArmĂ©e. Sur le drapeau de l'Empereur, on peut voir la croix avec, en son centre, le blason de l'Empire et, sur ses extrĂ©mitĂ©s, la devise allemande : « Gott mit uns Â» signifiant, « Dieu est avec nous Â». Le drapeau de l'armĂ©e, ayant une croix traversante noire, tirant un peu vers la droite, et ayant en son centre un cercle dans lequel se trouve l'aigle impĂ©rial, a la croix de Fer dans un canton au couleur nationales.






Chapitre : États confédérés


Article dĂ©taillĂ© : États de l'Empire allemand.

     Les États composant l'Empire allemand Ă©taient :


     voir aussi : Les États fĂ©dĂ©raux de l'Empire allemand






Chapitre : Territoire





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Position de l'Empire allemand en Europe



     En 1900, le Reich couvrait une superficie de 540 667 km². Il occupait le Nord et l’Ouest de l’Europe centrale, entre la mer (mer du Nord et mer Baltique) et les Alpes, entre les Vosges et le NiĂ©men Ă  l’Est. Il Ă©tait entourĂ© au Nord par le Danemark, Ă  l’Est par la Russie, Ă  l’Ouest par la Hollande, la Belgique, le Luxembourg et la France, et au Sud par la Suisse et l’Autriche-Hongrie.


     Par sa superficie, l'Empire allemand Ă©tait le troisième des États europĂ©ens après la Russie et l’Autriche-Hongrie (la France, amputĂ©e de l'Alsace-Lorraine, n'a plus quant Ă  elle qu'une superficie de 530 000 km²). Mais, contrairement Ă  la Russie, l'Allemagne avait bon climat et une bonne gestion de son territoire et, contrairement Ă  l'Autriche-Hongrie, l'Allemagne se trouvait sur le plateau centrale europĂ©en et disposait de nombreux accès maritimes.


     Sa capitale Ă©tait Berlin, qui avant, Ă©tait capitale du royaume de Prusse.


     Sa position au centre est un avantage autant qu'un inconvĂ©nient. Le Reich est au carrefour des flux commerciaux Ouest-Est. Il contrĂ´le donc les marchandises qui vont de Paris Ă  St-PĂ©tersbourg ou de Moscou Ă  Amsterdam. Mais lors de la 1 Guerre Mondiale l'Allemagne se trouvait dans l'Ă©tau France-Russie.






Chapitre : Les transformation économiques







Chapitre : Secteur primaire


  - Sous-chapitre : L'agriculture


     L'Allemagne avait Ă©tendu son industrie au dĂ©triment de son agriculture. Elle nourrissait ses 70 millions d'habitants en important plus de 4 milliards de marchandises qu'elle paye avec les produits de ses usines et manufacturĂ©s par ses millions d'ouvriers. Sur 54 077 000 hectares de superficie, elle en avait 26 millions en culture et 7 600 000 en patĂ»rages. Les cultures principales Ă©taient consacrĂ©es aux cĂ©rĂ©ales. Dans l'Allemagne du Sud, une place importante Ă©tait donnĂ©e au maĂŻs. Dans toutes les rĂ©gions, la culture de la pomme de terre rĂ©ussit bien. La culture de betterave Ă©tait surtout prospère dans les duchĂ©s de Brunswick et d'Anhalt, ainsi que dans les provinces prussiennes de Saxe, de SilĂ©sie et de Hanovre. La culture des lĂ©gumes Ă©taient des plus avantageuse en Thuringe, en Franconie et en Souabe. Le tabac se cultivait avec succès sur les rives de la Werra et de l'Oder, dans le Palatinat et dans l'Uckermark. Le chanvre et le lin, dans le centre; le houblon en Bavière le duchĂ© de Brunswick et dans la province de Posen. On recueillait des fruits en grande quantitĂ©, surtout dans l'Allemagne du Sud et en Thuringe. Il y avait des vignobles, plus ou moins renommĂ©s, en certaines parties de la Prusse rhĂ©nane, dans la Hesse, en Bavière, dans le grand-duchĂ© de Bade et en Alsace-Lorraine.




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Carte des différentes zones agricoles dans l'Empire.



     Le dĂ©veloppement de l'agriculture, les progrès de l'industrie et l'accroissement des populations avaient fait reculer la plupart des forĂŞts. Cependant elles occupaient, en 1914, 13 979 850 hectares. Les essences qui y dominaient Ă©taient le chĂŞne et le hĂŞtre vers la Baltique; le chĂŞne, le bouleau, le pin et le sapin dans les rĂ©gions basses de l'Allemagne du Nord. Il y avait Ă  peu près autant de bois rĂ©sineux que de bois feuillus. Vers le sud, le mĂ©lèze s'ajoute au pin et au sapin (Parmi ses plus belles forĂŞts, l'Empire allemand comptait celles d'Alsace).


     L'agriculture allemande semblait jadis condamnĂ©e Ă  une perpĂ©tuelle mĂ©diocritĂ©, par l'insuffisance du sol et de la main-d'Ĺ“uvre. Mais les travaux d'irrigation et l'emploi des engrais chimiques permirent de tirer parti mĂŞme des marais de Mecklenbourg et des sables de Brandebourg. Il ne restait sans culture qu'un dixième du sol. Les champs qui produisaient l'avoine, le seigle, l'avoine et la pomme de terre se dĂ©veloppèrent, empiĂ©tant mais sur les vastes pâturages oĂą se multipliaient les troupeaux. Cependant le blĂ© demeurait assez rare : il ne prospĂ©rait rĂ©ellement que dans la vallĂ©e du Rhin. Un lien Ă©troit unissait l'agriculture Ă  l'industrie : la betterave Ă©tait cultivĂ©e sur une Ă©tendue de plus de 500 000 kilomètres pour la fabrication du sucre, l'orge pour la fabrication de la bière. La laine, fournie chaque annĂ©e par les troupeaux de moutons, pesait plus de 400 000 quintaux. Chevaux, bĂŞtes Ă  cornes, moutons et porcs reprĂ©sentaient une somme de plus de 5 milliards de marks. Les terres appartiennent aux hobereaux, qui, des paysans, exigeaient un gros revenu.

  - Sous-chapitre : Les mines


     Le sous-sol de l'Allemagne est d'une richesse singulière. Les terrains carbonifères occupent d'immenses Ă©tendues, surtout dans le bassin de la Rhur. La SilĂ©sie supĂ©rieure fournit du fer, la Prusse, du zinc, la Saxe, de l'Ă©tain et du kaolin. On trouve de l'argent dans l'Erzgebirge et de l'or dans le massif du Hartz. Les eaux de Wiesbaden, de Kreuznach, d'Aix-la-Chapelle et d'Ems sont cĂ©lèbres.


     Pour l'exploitation et la transformation des produits fournis par le sous-sol, c'est-Ă -dire pour l'ensemble de son effort industriel, l'Allemagne venait après la Grande-Bretagne, qui occupait depuis longtemps la première place en Europe. Ses mines s'Ă©tendaient Ă  cĂ´tĂ© des gisements de houille. Avantage sans pareil pour les usines de Barmen, d'Elberfeld et d'Essen. La SilĂ©sie, la Saxe et la Westphalie constituaient 3 centres d'une importante capitale pour la mĂ©tallurgie. Rothe-Erde, près d'Aix-la-Chapelle, produisait plus d'acier que n'importe quelle autre usine du globe. L'extraction, qui reprĂ©sentait 80 millions de tonnes en 1900, en reprĂ©sentait plus de 260 en 1914. La production du fer s'est multipliĂ©e par 13 dans le mĂŞme temps.






Chapitre : Essor démographique, industriel et économique



     Le Reich wilhelmien (Reich signifie empire et Wilhelm signifie Guillaume en allemand) connaĂ®t un remarquable essor Ă©conomique. La poussĂ©e dĂ©mographique, le dynamisme des milieux d'affaires et l'appui de l'État jouent un rĂ´le dĂ©cisif dans un boom qui fait de l'Allemagne une puissance mondiale.

  - Sous-chapitre : Boom dĂ©mographique


     L'Empire allemand avait une population de 56,3 millions d’habitants en 1900 et de 64 903 000 habitants en 1910. Pourtant, le taux de natalitĂ© baisse : il passe de 35,6 pour mille en 1900 Ă  27,5 pour mille en 1913, tout comme la mortalitĂ© qui passe de 23 pour mille Ă  15 pour mille. La densitĂ© moyenne Ă©tait de 120 habitants par km² contre 75,9 en 1871. La population est une population jeune : en 1910, 34% des Allemands ont moins de 15 ans, alors que le quart seulement des Français appartient Ă  cette tranche d'âge.




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Carte de la densité de population dans l'Empire.



     Les transformations Ă©conomiques ont provoquĂ© une vĂ©ritable redistribution de la population. Ce sont surtout les rĂ©gions rurales de l'Est et de l'Allemagne moyenne qui ont dĂ©versĂ© leur trop-plein vers Berlin, la RhĂ©nanie-Westphalie et les ports de la mer du Nord et de la mer Baltique.


     Les migrations intĂ©rieures gonflent la population urbaine : 60% des Allemands vivent, en 1910, dans des localitĂ©s de plus de 2000 habitants. Les 48 villes de plus de 100 000 habitants (dont Berlin, Hambourg, BrĂŞme, Munich, Dresden, Stettin, Rostock et Cologne) rassemblent le cinquième de la population totale.


     L'expansion Ă©conomique explique le ralentissement, de plus en plus marquĂ©, de l'Ă©migration. Le Reich devient mĂŞme un pays d'immigration : les Ă©trangers installĂ©s en Allemagne passent de 780 000 (1900) Ă  1 260 000 (1910). En 1910, les Polonais constituent presque la moitiĂ© des Ă©trangers ; 800 000 travailleurs saisonniers, des Slaves surtout, viennent fournir la main-d'Ĺ“uvre nĂ©cessaire aux junkers.

  - Sous-chapitre : La puissance industrielle allemande


     L’Allemagne en 1871 n'est pas encore une grande puissance Ă©conomique. Elle a certes dĂ©jĂ  dĂ©passĂ© la France mais elle est largement devancĂ©e par les États-Unis et le Royaume-Uni.




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Carte des zones industrielles de l'Empire.



     L’Allemagne n'est pas non plus un pays riche : ses sols sont, Ă  quelques exceptions près, pauvres et pendant longtemps n’ont pas rĂ©ussi Ă  nourrir totalement une population rurale contrainte Ă  l’exil. Ses ressources minières sont, mis Ă  part le charbon, le lignite et la potasse dont l’exploitation industrielle va confĂ©rer un avantage dĂ©terminant Ă  l'industrie du Reich, assez limitĂ©es : l’exploitation du cuivre du Harz sera arrĂŞtĂ©e en 1887, les mines des monts MĂ©tallifères (Das Erzgebirge), Ă©puisĂ©es ne sont plus rentables. Enfin, l’insuffisance des capitaux a constituĂ© une des faiblesses chroniques de l'Ă©conomie allemande, ce qui a retardĂ© l’effort industriel : en 1830, l’industrie allemande est encore quasi inexistante, mais 20 ans plus tard, sous l’impulsion du Zollverein qui libère les Ă©nergies, elle a dĂ©jĂ  fait de rapides progrès.




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Chantier naval et usine de la société Orenstein & Koppel à Lübeck, Allemagne. L'image publié en 1913.



     Mais l’Allemagne dispose aussi de nombreux atouts. Ă€ la fin du XIX siècle, c'est au nombre de tonnes de charbon extraites et de tonnes d'acier produites qu’on mesure la puissance industrielle d’un pays, et la puissance de l’industrie allemande va ĂŞtre fondĂ©e sur cette industrie lourde grâce aux importantes rĂ©serves de matières premières (voir l’article sur les richesses de l’Allemagne) dont dispose le Reich.


     Ces centres industriels Ă©loignĂ©s les uns des autres, sont reliĂ©s entre eux par un très efficace rĂ©seau de voie de communication, chemin de fer et voies navigables (fleuves et canaux). Le Rhin navigable de Bâle Ă  Rotterdam depuis 1850, permet aux rĂ©gions du sud-ouest de l'Allemagne de recevoir le charbon de la Ruhr. Le Mittellandkanal, qui relie l’Ems Ă  l’Elbe, unit les rĂ©gions de l’Allemagne moyenne et rend possible le transport des pondĂ©reux de la Ruhr Ă  la SilĂ©sie en passant par Berlin.




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L'usine Drewitz de la société Orenstein & Koppel à Neuendorf près de Potsdam (aujourd'hui Potsdam-Babelsberg), Allemagne. L'illustration publié en 1913



     Dès la première moitiĂ© du siècle, les souverains allemands ont su crĂ©er de nombreuses universitĂ©s techniques qui forment les ingĂ©nieurs dont l’industrie a besoin et permettent une symbiose entre chercheurs et grandes entreprises : l’industrie chimique, l’optique, l’électricitĂ© sont des domaines oĂą la recherche allemande est Ă  la pointe du progrès.


     Les progrès techniques, comme l’introduction des fours Siemens-Martin et du convertisseur Bessemer, du procĂ©dĂ© Thomas dans l’industrie sidĂ©rurgique lorraine, l’utilisation de moteurs Ă©lectriques et bientĂ´t de moteurs Diesel font baisser les coĂ»ts de production : l’Allemagne est l’un des premiers pays Ă  employer Ă  grande Ă©chelle ces nouvelles techniques.


     Dans l’agriculture, le recours aux engrais chimiques fait augmenter les rendements et le recours aux machines libère une main-d’œuvre qu’absorbe l’industrie, le spectre des disettes semble dĂ©finitivement banni.


     Enfin, le traitĂ© de Francfort, imposant Ă  la France le versement d’un dĂ©dommagement de 5 milliards de francs-or, va permettre par l’injection de capitaux nouveaux, la crĂ©ation de nouvelles entreprises. Le rythme de l’industrialisation est rapide, si bien que l’Allemagne rattrape son retard par rapport aux autres pays europĂ©ens.

  - Sous-chapitre : L'Ă©conomie du Reich






Chapitre : La métamorphose de Berlin



     Berlin, qui Ă©tait la capitale de la Prusse, devint capitale de la ConfĂ©dĂ©ration d'Allemagne du Nord puis capitale de l'Empire allemand en 1871 La ville s'Ă©tait dĂ©jĂ  embellie aux XVII et XVIII siècles, notamment avec Charlottenburg, avec le Palais de Potsdam, avec de nombreux parcs et autres embellissements. Entre 1830 et 1850, Berlin se couvre de nouveaux palais de style classique et de nombreuses acadĂ©mies.




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Peinture du château de Berlin, faite au XIX siècle par un artiste anonyme



     En 1858, Guillaume (I) assure la rĂ©gence de son frère malade. Il devient roi en 1861. Berlin s'agrandit alors de plusieurs faubourgs et compte 524 000 habitants. Le bourgmestre libĂ©ral, Seydel, fait tout pour favoriser une industrie berlinoise oĂą les grands entrepreneurs tiennent le haut du pavĂ© : Borsig, Siemens, qui, après le tĂ©lĂ©graphe dĂ©veloppe le principe de la dynamo, Emil Rathenau, prĂ©sident de la SociĂ©tĂ© berlinoise d'Ă©lectricitĂ© (future AEG). Le conseiller Ă  la Construction James Hobrecht remplace le vieux mur d'enceinte par un boulevard circulaire, que les installations ferroviaires Ă  l'ouest empĂŞchent toutefois de boucler totalement. En 1866, le nouveau chancelier Otto von Bismarck inaugure la Nouvelle Synagogue d'Orienburger Strasse, marquant ainsi son intĂ©rĂŞt pour l'Ă©mancipation des Juifs, qui se traduit en 1869 par la promulgation d'une « loi sur l'Ă©galitĂ© des confessions Â», Ă©tendue Ă  l'ensemble du Reich.




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Plan de Berlin au II Reich



     Lors du versement des 5 milliards de francs-or de rĂ©paration par la France en 1871, l'Ă©conomie berlinoise fait un formidable bon en avant. Le « temps des fondateurs Â» de l'Empire (GrĂĽnderzeit) s'ouvre sur une orgie de constructions de styles plus qu'Ă©clectiques. Le nĂ©o-gothique et la brique triomphent : les flèches de cathĂ©drale, les pignons crĂ©nelĂ©s qui hĂ©rissent les usines et les sièges sociaux des grandes entreprises font de leur dirigeants de vĂ©ritables « junkers citadins Â». Le pont d'Oberbaum, le musĂ©e de la Marche, les tribunaux et les nouvelles mairies d'arrondissement, construites vers 1900, seront de la mĂŞme facture. Parfois un chef-d'Ĺ“uvre Ă©merge, comme le labyrinthe de pierre du hall d'entrĂ©e de l'hĂ´tel de ville de Köpenick (1903) ou les dĂ©licates crènelures du tribunal administratif du Centre (1904) mĂ©lange de gothique flamboyant et de Jugendstil (style jeunesse).




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Peinture de la Bauakademie







Chapitre : Le système politique



     L'Empire allemand a Ă©tĂ© organisĂ© par la constitution du 16 avril 1871, modifiĂ©e le 19 mars 1888. Elle repose, pour une large partie, sur la constitution de la ConfĂ©dĂ©ration de l'Allemagne du Nord qui Ă©tait une Ĺ“uvre de Otto von Bismarck.


     L'empereur allemand est le chef de l'armĂ©e et de la marine ; il promulgue les lois et dirige la diplomatie. Il nomme un chancelier impĂ©rial (Reichskanzler), qui n'est responsable qu'envers lui, c'est-Ă -dire qu'il ne dĂ©pend pas du parlement Ă©lu. C'est, en rĂ©alitĂ©, le chancelier qui est le maĂ®tre absolu de l'administration impĂ©riale et du gouvernement, puisqu'il prĂ©side le Bundesrat ; ministre unique, il dĂ©cide de l'orientation de la politique et il propose Ă  l'empereur la nomination ou la rĂ©vocation des secrĂ©taires d'État, des hauts fonctionnaires qui dirigent selon ses ordres les administrations gouvernementales. Les chanceliers sont aussi ministres-prĂ©sidents de la Prusse.


     Les autres organes de l'Empire sont le Bundesrat et le Reichstag.




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Photographie du Reichstag, prise sous Guillaume II, en 1895



     Le Bundesrat reprĂ©sente les gouvernements des vingt-cinq États ; il est composĂ© de cinquante-huit reprĂ©sentants nommĂ©s par les chefs des gouvernements provinciaux, et de trois reprĂ©sentants pour l'Alsace-Lorraine dĂ©signĂ©s par le Statthaler (ou lieutenant de l'Empereur). Elle est prĂ©sidĂ©e par le chancelier impĂ©rial. Elle vote les lois, Ă©labore le budget et contrĂ´le les finances. La Prusse y dispose d'une minoritĂ© de blocage et peut imposer son point de vue au reste de l'Empire.


     Le Reichstag, Ă©lu pour trois ans, puis Ă  partir de 1888 pour cinq ans, reprĂ©sente le peuple allemand. Il est Ă©lu au suffrage universel mais n'a que l'initiative indirecte des lois, et surtout aucun moyen d'action sur le chancelier.


     Dans les dernières semaines du rĂ©gime, le parlementarisme sera instaurĂ© par la rĂ©forme d'Octobre.






Chapitre : La société allemande


  - Sous-chapitre : L'Empereur


     Kaiser en allemand.


     Trois empereurs se sont succĂ©dĂ© de 1871 Ă  1918. Guillaume I (1797-1888), roi de Prusse depuis 1861, n'avait pas souhaitĂ© la couronne impĂ©riale et laissa Bismarck assurer la direction de l'Empire, pour se consacrer avant tout Ă  son royaume de Prusse. Ă€ sa mort, son fils FrĂ©dĂ©ric III (1831-1888) monta sur le trĂ´ne mais ne rĂ©gna que quelques mois. On le disait favorable au libĂ©ralisme mais frappĂ© par la maladie il mourut avant d'entreprendre de vastes changements. Il en alla tout autrement pour Guillaume II (1859-1941). Lorsqu'il accède Ă  la dignitĂ© impĂ©riale, il est âgĂ© de 29 ans et rĂ©gnera 30 ans sur la Prusse et le Reich. Jeune et impĂ©tueux, il aspire Ă  gouverner par lui-mĂŞme, et, en 1890, renvoie brutalement Bismarck. Les chanceliers qu'il nommera par la suite ne seront que les instruments dociles de sa volontĂ©. Dans ce Reich qui est encore une monarchie semi-fĂ©odale, l'empereur va imposer ses conceptions personnelles Ă  des chanceliers et secrĂ©taires d'État pusillanimes, choisis pour leur connaissance de la bureaucratie plus que pour leurs qualitĂ©s politiques.


     PersonnalitĂ© complexe, esprit douĂ© mais impulsif, vaniteux, despotique, il ne supporte pas ceux qui osent le critiquer et entend tout rĂ©genter : le conflit avec Bismarck Ă©tait donc inĂ©vitable. ComplexĂ© par un bras gauche atrophiĂ©, Guillaume II essaie de compenser ce handicap par une agitation fĂ©brile et brouillonne (il voyage constamment, prononce d'innombrables discours, change d'uniforme plusieurs fois par jour…), et par l'affirmation incessante de la grandeur de l'Allemagne pour laquelle il revendique une « place au soleil Â». PersonnalitĂ© « mĂ©diatique Â» avant l'heure, il est omniprĂ©sent, par ses discours, ses interviews retentissantes et par le culte dont il fait l'objet : portraits, souvenirs commĂ©moratifs, et jusqu'Ă  son port de moustaches que ses sujets s'empressent d'imiter.




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Guillaume II en uniforme.



     Plus que tout autre souverain allemand, Guillaume II aura su ĂŞtre en adĂ©quation avec les aspirations de son peuple et s'identifier au dĂ©sir de reconnaissance et aussi d'expansion de la nouvelle Allemagne impĂ©riale (Ă  qui on a pu donner le nom d'Allemagne wilhelmienne, Wilhelm signifiant Guillaume). Il a su cristalliser sur sa personne les peurs et les dĂ©sirs de ses sujets, et a, aux yeux de l'Ă©tranger, souvent personnifiĂ© un aspect agressif du nationalisme allemand.

  - Sous-chapitre : Les princes souverains


     4 royaumes, 6 grands-duchĂ©s, 5 duchĂ©s et 7 principautĂ©s, ont, dans ce nouveau Reich, conservĂ© d'importantes prĂ©rogatives. Si Berlin va progressivement devenir la capitale politique et Ă©conomique de l'Allemagne, les capitales des États souverains perpĂ©tuent la tradition culturelle des Residenzstädte. Les rois de Saxe essayèrent de maintenir la grande tradition qui avait fait de Dresde un des plus importants centres artistiques d'Allemagne. le duc de Saxe-Meiningen pouvait se vanter d'accueillir dans sa rĂ©sidence une des meilleures troupes de théâtre d'Allemagne. Munich Ă©tait un des centre artistique et intellectuel de tout premier plan qui cherchait Ă  contrebalancer l'influence de Berlin.


     Mais Ă  cĂ´tĂ© de ces États brillants, dans lesquels se dĂ©veloppait une vie politique active, existaient des États beaucoup plus rĂ©trogrades, comme les deux duchĂ©s de Mecklembourg (Schwerin et Strelitz), restĂ©s Ă  l'Ă©cart des grandes transformations politiques et Ă©conomiques du XIX siècle.


     Si les princes rĂ©gnants surent demeurer très populaires parmi leurs sujets, c'est qu'ils incarnaient une lĂ©gitimitĂ© parfois teintĂ©e du particularisme, comme en Bavière, et qu'ils perpĂ©tuaient aussi une tradition culturelle qui s'opposait aux appĂ©tits hĂ©gĂ©moniques de la Prusse. Par l'intermĂ©diaire du Bundesrat, ils surent mettre en Ă©chec les vellĂ©itĂ©s centralisatrices du Reich.


     NĂ©anmoins, les grandes mutations que connut l'Allemagne dans les deux dernières dĂ©cennies du siècle se firent sans eux. L'essor industriel, le dĂ©veloppement des grands centres urbains, l'expansion commerciale ont modelĂ© une Allemagne nouvelle, fort diffĂ©rente des traditions archaĂŻques et dĂ©suètes que pouvait incarner l'Allemagne des Princes.

  - Sous-chapitre : La vie industrielle


     De toutes parts, l'Allemagne donnait l'impression d'un continu dĂ©veloppement matĂ©riel. En 1914, rien que dans les provinces du Rhin et de la Westphalie, plus de 142 000 ouvriers travaillaient aux hauts-fourneaux, plus de 60 000 Ă  la fabrication des machines, plus de 135 000 Ă  l'industrie du textile, plus de 40 000 Ă  la verrerie, plus de 30 000 Ă  l'industrie chimique. Sans compter ceux des papeteries des tanneries et des brasseries. Le dĂ©bit des brasseries est le plus "colossal". En 1884, on fabriquait 4 millions d'hectolitres de bière; en 1914, 15 millions. Jadis, chaque habitant buvait 67 litres de bière; Ă  la veille de la Grande Guerre, 150 litres. Dans un rayon de dix lieues s'accumulait la richesse et s'entassait la population. Voici le nombre d'habitants par ville, de Westphalie-RhĂ©nanie, en 1914 :

DĂĽsseldorfElberfeldBarmenCrefeldDortmundBochumDuisburgHagenMulheimMunchen-GladbachOberhausenSolingenRemscheidEssen
253 700162 000156 210110 400175 530118 200192 30077 70093 63060 70052 20050 40064 400231 300

     Il ne faut pas oublier qu'autour de ces grandes villes se trouvaient maints villages atteignant aisĂ©ment 4 000 habitants, voire 6 000.


     Dans ce pays qui frĂ©missait et retentissait de vie industrielle, il restait encore de la vie vĂ©gĂ©tale. Partout oĂą pouvait pousser un arbre, un arbre poussait, tranquille, vĂ©nĂ©rĂ©, choyĂ©, surtout dans ses vieux ans. Certaines villes, en se dĂ©veloppant, atteignaient la forĂŞt, mais sans toucher Ă  la forĂŞt : Hambourg, Francfort, Dusseldorf. La citĂ© des hommes veut voisiner d'aussi près que possible avec la citĂ© des arbres, afin d'en respirer l'âme fraĂ®che et rĂ©confortante. Et que de squares, de parcs, de massifs, de bassins ombragĂ©s, de parterre de gazon, de corbeilles, de plantes grimpantes, de balcons fleuris ! Ă€ Dusseldorf, on pouvait le tour de la ville sans que l'Ĺ“il cesse d'avoir un reposoir de verdure.






Chapitre : L'armée, la marine et l'aviation


  - Sous-chapitre : L’armĂ©e impĂ©riale

Article dĂ©taillĂ© : Deutsches Heer.

     Lors des guerres contre la France, l’Autriche et le Danemark, l’armĂ©e allemande Ă©tait majoritairement constituĂ©e de soldats prussiens. La Prusse, Ă©tat fondateur de l’Empire, Ă©tait un pays Ă  forte tradition militaire, d’ailleurs Mirabeau a dit : « La Prusse n’est pas un État qui possède une armĂ©e, c’est une armĂ©e qui a conquis une nation Â».


     De Sadowa Ă  Paris, l’armĂ©e prussienne Ă©tait reconnaissable grâce uniforme de couleur « bleu prussien Â». Son Ă©quipement, moderne, comporte un casque de cuir bouilli, appelĂ© aussi « casque Ă  pointe Â», des effets faciles Ă  enfiler, un Ă©quipement individuel qui s’enlève très rapidement quand on dĂ©fait la boucle du ceinturon, un fusil Dreyse moderne fonctionnant par une culasse Ă  un coup et une percussion Ă  aiguille. L’état-major sait utiliser les chemins de fer, y compris au profit du ravitaillement.


     Après le pĂ©riode d’unification, la nouvelle Deutsches Heer ne combat plus en Europe jusqu’à la Grande Guerre. Mais elle combat dans les colonies, notamment en Chine pour lutter contre la rĂ©volte des Boxers. Ou bien elle parade, comme Ă  Damas, au Maroc et, bien sĂ»r, Ă  Berlin.




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Photographie de la "Grosse Bertha"



     Mais la diminution de l’activitĂ© allemande permet son amĂ©lioration. En effet, les ingĂ©nieurs militaires amĂ©liorent les armes, les tenues et l’artillerie. Vers 1910, on parle de nouveaux engins militaires comme les tanks et les avions.


     Quand l’ordre de mobilisation gĂ©nĂ©rale fut proclamĂ© en 1914, l’armĂ©e a changĂ©. Les soldats ont perdu leur rigide Ă©lĂ©gance prussienne pour adopter une silhouette plus rustique. En 1916, il est bien Ă©quipĂ© malgrĂ© la pĂ©nurie qui sĂ©vit au pays. VĂŞtu de gros drap vert pâle, idĂ©al pour le camouflage, ainsi que de bonnes bottes, il est protĂ©gĂ© par un casque d’acier et un masque Ă  gaz. Son fusil Mauser 1898 calibre 7,92 mm est ultramoderne. Les fantassins possĂ©daient aussi des lance-flammes, invention d’un capitaine de pompiers. Arme Ă  tir très court, il cause de cruelles blessures et terrorise les soldats.


     Les chars, sous-estimĂ©s par les gĂ©nĂ©raux allemands en 1914, ne sont fabriquĂ©s qu’en très faible quantitĂ©. Mais vers 1916-1917, ils sont amĂ©liorĂ©s et sont devenus de redoutables armes au sein des armĂ©es alliĂ©es. L’artillerie joue un rĂ´le important dans la guerre. ExtrĂŞmement dĂ©veloppĂ©e en Allemagne, elle fut redoutĂ©e par ses ennemis. Des canons Ă©normes comme la Grosse Bertha font des ravages sur les champs de batailles. Mais il y avait des petits engins, les lance-mines qui sont des armes Ă  bon marchĂ© qui servent d’artillerie lĂ©gère. Leurs tirs sont courts et courbes. Enfin, l’aviation dĂ©veloppĂ©e vers le dĂ©but de la guerre n’est encore qu’au stade expĂ©rimental. Ce sont des hommes qui lancent de petites grenades Ă  partir de l’appareil.




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Casque d'un officier des dragons entre 1860 et 1870


  - Sous-chapitre : La marine allemande


     La marine marchande


     La marine marchande est passĂ©e de 970 000 tonnes en 1900 Ă  3 millions de tonnes en 1914. Elle compte 5 000 navires, dont plus de 2 000 Ă  vapeur (l'Allemagne a deux flottes Ă  demeure en ExtrĂŞme-Orient, pour desservir les cĂ´tes de la Chine et de l'Indochine). Pour le commerce, l'Allemagne vient immĂ©diatement après la Grande-Bretagne : importations : 9 milliards par an en 1900, 20 milliards en 1914; exportations : 7 milliards par an en 1900, 18 milliards en 1914. Elle a dĂ©pensĂ© plus de 1 milliard 500 millions de marks pour ses ports. Hambourg est reliĂ©e Ă  toutes les parties du monde par 72 lignes de navigation allemande. Elle a 20 kilomètres de quais et 160 kilomètres de voies ferrĂ©es. La Compagnie transatlantique Hambourg-America devient la plus importante des compagnies de navigation.



     La marine de guerre

Article dĂ©taillĂ© : Kaiserliche Marine.

     Avant la guerre contre la France, en 1870, la marine allemande ne constituait pas encore une arme redoutable. Pourtant la ConfĂ©dĂ©ration de l'Allemagne du Nord achetait pour sa Norddeutsche Bundesmarine Ă  la Grande-Bretagne tout son matĂ©riel maritime et mĂŞme son matĂ©riel de guerre, Ă  l'exception des canons. Dès 1871, von Moltke, entrant en lutte avec la plupart de ses gĂ©nĂ©raux, qui voulaient rĂ©duire la marine Ă  la stricte dĂ©fense des cĂ´tes, se rĂ©solut Ă  l'affranchir de la servitude que l'armĂ©e de terre prĂ©tendait lui imposer. MalgrĂ© l'autoritĂ© du vieux marĂ©chal, la doctrine contraire prĂ©valut encore pour quelque temps. De 1873 Ă  1888, l'Allemagne organisa une marine dĂ©fensive; Ă  partir de 1889, une marine offensive. Cette marine fut dirigĂ©e par le gĂ©nĂ©ral von Stoch, puis par le gĂ©nĂ©ral Leo von Caprivi. En vain, Bismarck, gagnĂ© aux idĂ©es nouvelles s'Ă©cria : "Il nous faut des bâtiments de haute mer et un canal de la Baltique Ă  la Mer du Nord qui leur livre l'espace !". Le gĂ©nĂ©ral von Caprivi se contenta d'organiser la dĂ©fense des cĂ´tes, mais il organisa bien et crĂ©a de bons torpilleurs. Guillaume II eut lĂ  un solide point de dĂ©part pour ses hardis projets. Sans s'arrĂŞter aux difficultĂ©s, il sĂ©para l'administration du haut commandement, pour le plus grand bien de l'une et de l'autre. Il institua un cabinet maritime sur lequel il exerçait une surveillance personnelle et il y annexa un service spĂ©cial appelĂ© "Bureau des Renseignements" : service d'espionnage oĂą, selon la coutume allemande, sont employĂ©s des officiers de rĂ©el mĂ©rite.


     Grâce au dĂ©veloppement de l'industrie, le recrutement des marins devenait toujours plus facile. Bien diffĂ©rents des anciens bateaux qui exigeaient des hommes de mer douĂ©s et expĂ©rimentĂ©s, les cuirassĂ©s avaient surtout besoin de mĂ©caniciens, d'Ă©lectriciens, d'ajusteurs, en mot, d'ouvriers d'Ă©lite. L'Allemagne n'avait rien qui ressemble Ă  l'inscription maritime.


     OrganisĂ©s avec mĂ©thode, les arsenaux et les Ă©coles fournirent le matĂ©riel, les Ă©quipages et les officiers que l'Empereur souhaitait. Dès qu'il fut en possession de ces bons rĂ©sultats, il s'appliqua Ă  les dĂ©velopper. Il avait Ă  vaincre la vieille jalousie de l'armĂ©e, l'opposition du Parlement, l'hostilitĂ© de la plupart des partis politiques. Ă€ tous, il s'efforça de prouver que l'agriculture, le commerce et l'industrie avaient tout Ă  attendre d'une marine de premier ordre. Le canal de la Baltique Ă  la Mer du Nord, creusĂ© aussi vite que possible, avait Ă©tĂ© inaugurĂ© avec Ă©clat. Ni la Grande-Bretagne, ni la France ne parurent d'abord s'inquiĂ©ter de cette Ĺ“uvre stratĂ©gique, pourtant si importante. Elles ne comprirent le danger que le jour oĂą elles virent l'amiral von Tirpitz, le confident de Guillaume II, dĂ©poser au Reichstag un projet qui, d'un seul coup, doublait la marine de guerre (29 octobre 1899).


     Pour entraĂ®ner de nouveau l'opinion, le Gouvernement allemand usa de tous les moyens : articles de journaux ou de revues, brochures, livres, confĂ©rences. Il fit remonter les torpilleurs dans les fleuves, aussi haut que la profondeur de l'eau le permettait, afin de frapper l'imagination des "terriens". Le Reichstag donna son adhĂ©sion au projet. En Allemagne, les crĂ©dits furent votĂ©s, non pas pour une seule annĂ©e, comme en France, mais pour plusieurs annĂ©es. Le Ministère de la Marine connaissait donc les fonds dont il peut disposer. Ainsi, les constructions s'Ă©chelonnent avec mĂ©thode. Dès qu'un navire Ă©tait arrivĂ© Ă  la limite d'âge, il Ă©tait immĂ©diatement remplacĂ©. Une mise Ă  la rĂ©forme dĂ©clenchait une mise en chantier.


     Les dĂ©penses pour la marine augmentaient sans cesse. L'Allemagne possĂ©dait, en 1914 : 27 cuirassĂ©s, 12 croiseurs cuirassĂ©s, 9 garde-cĂ´tes, 38 navires Ă©claireurs, 10 canonnières, 8 vaisseaux-Ă©coles, 13 navires spĂ©ciaux, 201 torpilleurs et 12 sous-marins. L'Empire avait 3 arsenaux : Kiel, Wilhelmshafen et Danzig (chantier de construction). Il usait de divers Ă©tablissements privĂ©s. Dans la marine le service Ă©tait obligatoire, comme dans l'armĂ©e, de 17 Ă  45 ans : 3 ans dans la marine active, 4 dans la rĂ©serve et le reste dans la Seewehr et le Landsturm. Les hommes Ă©taient rĂ©partis dans des divisions (Abteilungen) qui comprenaient la section des matelots et celle des chantiers. Les sous-officiers (Deckoffiziere) devaient subir des examens très sĂ©rieux. Les officiers sortaient d'une Ă©cole spĂ©ciale de cadets. Ils y Ă©taient restĂ© 3 ans, puis avaient subi un examen et avaient Ă©tĂ© nommĂ©s lieutenants. Les fortifications, Ă©tablies sur le rivage et armĂ©es avec soin, Ă©taient reliĂ©es par un chemin de fer stratĂ©gique. Le commandement et l'administration formaient toujours deux services sĂ©parĂ©s. L'un achetait, prĂ©parait, construisait; l'autre utilisait et dirigeait. Ă€ la tĂŞte de le l'un Ă©tait un sous-secrĂ©taire d'État ; Ă  la tĂŞte de l'autre, un amiral relevant directement de l'Empereur.




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     Jamais l'Allemagne ne s'Ă©tait beaucoup prĂ©occupĂ©e de la « guerre de course Â». Elle soignait particulièrement son escadre cuirassĂ©e, en mettant Ă  profit les ressources de son admirable mĂ©tallurgie. Ses navires Ă©taient rĂ©partis mĂ©thodiquement en division, oĂą les unitĂ©s Ă©taient toutes semblables. Dans ses ports et ses arsenaux rĂ©gnaient la mĂŞme mĂ©thode et la mĂŞme discipline. Pour qu'une expĂ©rience consommĂ©e appuie l'instruction thĂ©orique des officiers et des marins, on leur ordonnait de manĹ“uvrer sur des mers difficiles et mĂŞme dans des conditions pĂ©rilleuses. Guillaume II, en mettant le yachting Ă  la mode, faisait du sport un instrument de progrès.


     L'association maritime, Flottenverein, soutenue par les pouvoirs publics, ne nĂ©gligeait pour faire connaĂ®tre et aimer la marine dans tout le pays. Les maĂ®tres d'Ă©cole conduisaient les Ă©coliers dans les musĂ©es de marine; lĂ , ils leur donnaient force explications de nature Ă  leur inspirer le goĂ»t des expĂ©ditions lointaines.


     En fĂ©vrier 1914, l’amiral von Tirpitz, secrĂ©taire d'État (ministre) de la Marine, avait insistĂ© sur le rĂ´le reprĂ©sentatif que devaient tenir les bâtiments de guerre, « portant l'autoritĂ© du pavillon national partout oĂą pĂ©nètre le commerce Â». L'Allemagne voulait avoir une flotte supplĂ©mentaire de croiseurs cuirassĂ©s, de croiseurs lĂ©gers, de torpilleurs et de bâtiments de service, prĂŞte Ă  appuyer la propagande de reprĂ©sentant commerciaux. Tirpitz ajouta que l'effort de l'Allemagne devait tendre Ă  renforcer beaucoup plus activement ses forces en service dans les eaux Ă©trangères.




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Le cuirassé Oldenburg, l'empereur Guillaume II.



     L'effectif, prĂ©vu par la loi navale de 1912, et qui devait ĂŞtre rĂ©alisĂ© en 1920, comprenait 8 grands croiseurs et 10 petits croiseurs. D'après cette mĂŞme lois navale, l'administration de la marine devait mettre en chantier, chaque annĂ©e, de 1912 Ă  1917, 1 grand croiseur et 2 petits. Le secrĂ©taire d'État avait demandĂ© qu'on accrĂ»t le nombre de mises en chantier annuelles. L'augmentation du programme naval est un nouveau succès pour l'activitĂ© et les efforts continus de la Ligue navale. PlacĂ©e, dès son dĂ©but, sous le patronage de l'Empereur et sous la direction du prince Henri de Prusse, cette Ligue ne nĂ©glige rien pour aider l'Empereur Ă  tenir l'engagement fameux : "Comme mon grand-père Ă  travaillĂ© pour refaire notre armĂ©e, je travaillerais sans trĂŞve Ă  refaire notre marine, afin qu'elle devienne comparable Ă  l'armĂ©e de terre et permette Ă  l'Empire de s'Ă©lever Ă  un nouveau degrĂ© de puissance".


     En 1914, la flotte allemande est la plus puissante du monde, après la flotte anglaise. Mais contrairement Ă  la Grande-Bretagne, l'Allemagne ne possĂ©dait que 13 dreadnoughts et 5 croiseurs de bataille.

  - Sous-chapitre : L'aviation allemande


     L'Allemagne, s'inspirant d'une aviation française, adoptait le dirigeable de forme rigide. Au commencement de 1914, elle a 7 Zeppelin de 20 000 mètres cubes, 1 Siemens-Schuckert et 6 Parseval, en tout 14 dirigeables. Le cube total s'Ă©lève Ă  203 000 mètres cube. Certains moteurs sont de 600 et mĂŞme de 800 chevaux. La vitesse des dirigeables atteignait 80 Ă  95 kilomètres Ă  l'heure. Ils disposaient de 8 tonnes de charge utile, dont une tonne et demie rĂ©servĂ©e aux projectiles. Ils faisaient tomber des projectiles de 600 et mĂŞme de 800 kilos, sans interrompre leur marche. Ils pouvaient porter 12 Ă  25 hommes. Leur nacelle de 60 mètres allait de la gondole antĂ©rieure Ă  la gondole postĂ©rieure, destinĂ©es toutes deux Ă  recevoir les moteurs. Elle Ă©tait disposĂ©e, en temps de guerre, de la façon la plus commode pour la manĹ“uvre et l'offensive. Pour la dĂ©fense, les hommes avaient, dans leur nacelle, des mitrailleuses. Au-dessus du ballon, une longue passerelle portait d'autres mitrailleuses lançant 600 balles Ă  la minute. Ă€ travers le ballon, une longue cheminĂ©e permettait de communiquer de la nacelle Ă  la plate forme supĂ©rieure.




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Le zeppelin "Schwaben"



     En sept ans, 12 Zepellin furent dĂ©truits. Ă€ chaque catastrophe, 2 Zepellin nouveaux Ă©taient commandĂ©s. En septembre 1913, l'un d'eux s'est perdu en mer dans des conditions dramatiques : 16 hommes pĂ©rirent. ImmĂ©diatement, on construisit un nouveau Zepellin II, dans lequel on supprima la quille ainsi que le passage d'air entre le moteur et le ballon : la carapace fit corps avec les moteurs, les nacelles, le rĂ©servoir Ă  combustible. Ce Zepellin II ainsi construit, prit feu et fit explosion. ImmĂ©diatement, 10 "anciens" Zepellin Ă©taient mis en construction.


     Les hangars allemands formaient un vaste rĂ©seau : chacun d'eux avait une longueur de 135 Ă  180 mètres. Il existait un groupe central autour de Berlin : Johannisthal, Tegel et Blesdorf; puis une sĂ©rie intermĂ©diaire : Potsdam, Bitterfeld, Leipzig et Gotha; enfin, le long de la frontière française, du nord au sud : Hamm, Dusseldorf, Cologne, Francfort sur le Main, Mannheim, Baden-Baden, Strasbourg, puis, plus en avant, Metz. Ces hangars Ă©taient, depuis 1914, construits sur de grandes plates-formes tournantes, qui, en dĂ©crivant un quart de cercle, leur permettaient de faire toujours face, par une de leurs extrĂ©mitĂ©s, au vent favorable pour l'entrĂ©e ou la sortie.


     L'Allemagne comptait beaucoup sur le rĂ´le nocturne de ses dirigeables. Dans leurs manĹ“uvres, tantĂ´t ils Ă©clairaient la route devant une armĂ©e en marche, tantĂ´t ils mettaient subitement l'ennemi en pleine lumière.




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L'Albatros, un des plus célèbres avions allemands de la Grande Guerre



     En voyant l'hĂ©roĂŻque succès de l'aviation en France, l'Allemagne s'Ă©tait appliquĂ©e, avec mĂ©thode et opiniâtretĂ©, Ă  se munir aussi de cette nouvelle arme. Ses moteurs, d'abord infĂ©rieurs aux moteurs français, atteignaient le chiffre de 200 chevaux. Elle faisait non seulement armer, mais blinder ses appareils. Ă€ vrai dire, beaucoup d'aviateurs expĂ©rimentĂ©s restent persuadĂ©s que la vitesse de l'appareil constitue sa meilleure dĂ©fense. Jusqu'en 1914, l'Allemagne n'avait pas créé, pour l'aviation, d'Ă©cole militaire d'État. Elle laissait cette initiative aux constructeurs privĂ©s. Ă€ Halberstadt, par exemple, Ă  cĂ´tĂ© de l'Ă©cole civile, se trouvait une maison oĂą les officiers aviateurs habitaient et oĂą ils suivaient des cours de gĂ©ographie, de mĂ©tĂ©orologie et de mĂ©canique. Ă€ bord des avions, la tĂ©lĂ©graphie sans fil donna de bons rĂ©sultats. Les aviateurs s'exerçaient Ă  parcourir de grandes Ă©tendues sans escale, Ă  poursuivre les aĂ©roplanes et, dans des manĹ“uvres de nuit, Ă  surprendre l'ennemi pour le dĂ©truire ou le dĂ©concerter.






Chapitre : L'éducation



     Jusqu'en 1870, l'enseignement supĂ©rieur allemand avait contrepoids Ă  l'autoritĂ© militaire. L'Allemagne gardait un peu de cette Ă©lĂ©vation de pensĂ©e qu'on trouve chez Herder, Schiller et Goethe. Mais, depuis 1871, l'enseignement supĂ©rieur s'est pĂ©nĂ©trĂ© dans la doctrine bismarckienne : la valeur d'une nation est toute dans sa force militaire, industrielle et commerciale. L'Allemagne, qui au commencement du 19 siècle, paraissait le temple des mĂ©ditations idĂ©ales, tendait Ă  devenir de plus en plus un laboratoire d'industriels, de chimistes et de commerçants. Aux jeunes gens qui terminaient leurs Ă©tudes, on donnait un enseignement moral oĂą la religion remplaçait la philosophie. On exigeait qu'il puissent, sans broncher, rĂ©citer le catĂ©chisme et chanter un certain nombre de cantiques. On estimait qu'un jeune homme de vingt ans ne peut rien comprendre aux divers systèmes des philosophes et que par consĂ©quent, en s'appliquant Ă  la philosophie, il risquerait de fausser l'esprit. Les maĂ®tres prĂŞchent d'exemple. Certes, les universitĂ©s allemandes comptaient des professeurs non-croyants, mais aucun d'eux n'avait jamais refusĂ© de payer l'"impĂ´t religieux".




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Goethe, fondateur de la philosophie et du romantisme allemand.



     La philosophie, qui n'avait pas de place dans l'enseignement secondaire, en avait-elle dans l'enseignement supĂ©rieur ? Oui, mais si restreinte ! Une seule catĂ©gorie d'Ă©tudianta Ă©taient interrogĂ©s sur les systèmes philosophiques. Ce sont les Ă©tudiants en thĂ©ologie ! Quant aux Ă©tudiants en sciences, pendant les cinq ou six derniers mois de leur dernière annĂ©e de cours, c'est-Ă -dire vers leur 25 ans, ils assistent Ă  quelques leçons de philosophie, très incomplètes. Toutes les doctrines des philosophes anglais, et mĂŞme des philosophes allemands, leur demeuraient Ă  peu près inconnues. Ils ne songeaient qu'aux rĂ©alitĂ©s fructueuses de l'existence. Si dans leur mĂ©moire restait quelque chose du grec et du latin, c'Ă©tait un mauvais souvenir. De mĂŞme que la doctrine morale des Ă©tudiants se rĂ©duisait au catĂ©chisme, leur conception politique se rĂ©duisait Ă  l'impĂ©rialisme. Ils reprenaient fidèlement les opinions conventionnelles de leurs pères. Rare Ă©taient ceux d'entre eux qui s'affranchissaient d'un loyalisme servile. L'immense majoritĂ© de ces jeunes gens pensaient que tout Ă©tait pour le mieux dans la meilleures des Allemagnes et se souciaient fort peu des nouveautĂ©s, quelles qu'elles Ă©taient. Songez aux traditions qui se perpĂ©tuaient chez les Ă©tudiants allemands ! Voici, par exemple, les dĂ©lĂ©guĂ©s des corporations universitaires qui, dans une cĂ©rĂ©monie, dĂ©filaient gravement, vĂŞtus de costumes sang de bĹ“uf, vert Ă©pinard ou bleu de Prusse, coiffĂ©s d'un petit bonnet Ă  ganse d'or, chaussĂ©s de bottes gigantesques et armĂ©s de rapières dĂ©mesurĂ©es.

  - Sous-chapitre : Les universitĂ©s allemandes


     Les universitĂ©s allemandes diffĂ©raient des universitĂ©s françaises de l'Ă©poque. L'État continuait Ă  les soutenir, mais elles se gouvernaient seules. Elles se divisaient en 4 facultĂ©s : Droit, MĂ©decine, ThĂ©ologie et Philosophie. La philosophie comprenait la littĂ©rature et les sciences naturelles. Une cinquième facultĂ© fut créée plus tardivement, celle des Sciences politiques et administratives. Mais elle n'octroyait pas de grade. Les professeurs des facultĂ©s formaient le SĂ©nat acadĂ©mique. Ils Ă©lisaient tous les ans leur recteur. Les Ă©tudiants avaient le droit d'ĂŞtre jugĂ©s par ce SĂ©nat. Tel Ă©tait le fondement de la libertĂ©, dans la Civitas universitatis. L'Ă©tudiant Ă©tait inviolable Ă  la police. Il ne pouvait ĂŞtre, mĂŞme pour crime, livrĂ© au tribunaux qu'après une dĂ©cision du SĂ©nat acadĂ©mique. Devant le SĂ©nat, la parole de l'Ă©tudiant faisait foi, sans autre preuve ni tĂ©moignage.


     Les plus cĂ©lèbres universitĂ©s allemandes sont celles de Halle, de Leipzig, de IĂ©na, de Munich et de Bonn. Elles sont jadis travaillĂ© d'une façon virile et constante Ă  l'Ĺ“uvre d'unification nationale. Le gĂ©nĂ©ral prussien Scharnhorst dĂ©clara : « La maison des Hohenzollern a pour garde d'honneur l'universitĂ© de Berlin. Â» On avait mĂŞme pu dire que la Germania avait Ă©tĂ© crĂ©e par des professeurs. Dans leurs villes universitaires, les Ă©tudiants allemands arboraient des casquettes violettes, blanches, vertes et Ă©carlates. Presque tous s'imposaient l'air raide de l'officier allemand et saluaient comme lui, en joignant les talons et en imprimant Ă  leur buste un triple balancement automatique.




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Carte postale avec l'Université de Berlin en 1900.



     Ce n'Ă©tait pas d'après leurs Ă©tudes qu'ils associaient. C'Ă©tait d'après la richesse de leurs parents et leur pays d'origine. De lĂ , les noms de leurs corporations : Brunswiga, Allemania, Bremensia, Saxonia, Hanovera (corporation dont Bismarck fit partie), Borussia (corporation Ă  laquelle Guillaume II et tous ses fils ont appartenu et oĂą l'on entre qu'avec l'approbation de l'Empereur). Chaque corporation se reconnaissait Ă  la couleur de sa casquette. Dans ces corporations d'Ă©tudiants appartenant aux diverses facultĂ©s, il y avait, en principe, un avantage intellectuel : chacun d'eux pouvait, par la conversion, mettre Ă  profit, pour Ă©largir son esprit, les Ă©tudes spĂ©ciales de ses camarades, en une sorte de frottement encyclopĂ©dique. Certaines de ces associations Ă©taient fort riches. La Bremensia n'admettait que les fils des plus considĂ©rables nĂ©gociants de BrĂŞme; la Saxonia, que les hĂ©ritiers des familles aristocratiques et ploutocratiques. Pour entrer dans la Saxonia, un Ă©tudiant doit prouver que sa pension est de 600 marks par mois. Pourtant, d'ordinaire, les Ă©tudiants n'ont pas trop Ă  se plaindre de la chertĂ© croissante de la vie. Une chambre très confortable se paie 20 ou 25 marks par mois; une assez bonne table, 2 marks par jour. En somme, avec une mensualitĂ© de 100 marks, un Ă©tudiant vivrait. Mais il ne s'agit pas seulement de vivre, il s'agit aussi de boire. Seule peut-ĂŞtre, l'autorisation de boire est sans limites et sans "dĂ©fenses". En toute autre matière, les dĂ©fenses se multiplient : dĂ©fense de porter un parapluie; dĂ©fense de sortir un paquet Ă  la main; interdiction, sous peine d'une amende de 10 marks, de boire dans une autre brasserie et de manger dans une "restauration" que celle de la corporation; interdiction, sous peine d'une amende de 5 marks, de sortir sans sa casquette; interdiction, sous peine de ne pas porter la casquette pendant cinq, six ou sept semaines, si l'Ă©tudiant a Ă©tĂ© rencontrĂ© en galante compagnie. Étaient punis de prison ceux qui manquaient Ă  la discipline universitaire, donnaient un soufflet Ă  un camarade ou se battaient en duel dans des conditions diffĂ©rentes que celles que fixaient le règlement. Le cachot avait pour mobilier un banc, une table, un lit de fer, une poĂŞle et une cuvette. Les murs, blanchis Ă  la chaux, Ă©taient du haut en bas illustrĂ©s d'inscriptions et de dessins oĂą figuraient l'Ă©tudiant type : casquette aplatie et pipe interminable. Les prisonniers pouvait recevoir ses amis et des cadeaux.




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Le Kaiser Guillaume II aux couleurs du corps de Borussia.



     On ne devenait un vĂ©ritable Ă©tudiant qu'Ă  partir du jour oĂą on s'est battu. Auparavant, on n'Ă©tait qu'un "renard". Le "renard" buvait la bière dans les chopes d'un quart de litre. Il n'avait pas droit au "demi". "Renard, avance Ă  l'ordre" lui disait l'Ă©tudiant. Et le renard accourait, joignait les talons, Ă©coutait respectueusement, obĂ©issait. Aussi, aspirait-il Ă  son premier duel. Les duels entre Ă©tudiants, ne rĂ©sultant pas d'une querelle et mettant aux prises des amis intimes, devraient s'appeler des tournois. Comme il fallait qu'il y ait quelques duels chaque semaine, les corporations s'adressaient de mutuels dĂ©fis. Les adversaires choisis, de taille et de vigueur Ă  peu près semblable, Ă©taient, dans une salle ad hoc, mis en face l'un de l'autre, cuirassĂ©s et matelassĂ©s de pied en cap. Leur cou Ă©tait protĂ©gĂ© par une Ă©paisse cravate; leur yeux, par de solides lunettes. Ils ne pouvaient recevoir d'estafilade qu'au visage. Lorsque la joue et le nez est ensanglantĂ©, un chirurgien arrivait avec un liquide antiseptique et une aiguille, puis recousait la peau Ă  gros points. C'Ă©taient les balafres de ces combats singuliers que l'on remarquait chez les magistrats, les officiers, les conseillers et les fonctionnaires allemands. Pour les Ă©tudiant il y avait un code de la boisson, comme il y avait un code du duel. Amende Ă  qui ne fermait pas sa chope; amende Ă  qui s'Ă©tait oubliĂ© de dire "la bière est bonne" alors qu'il faut dire divine; Amende Ă  qui ne vidait pas sa chope d'un trait, dès qu'on lui lançait un certain prosit : chacun d'eux rĂ©ussissait Ă  avaler 15 ou 20 litres en une soirĂ©e. Le gouvernement voyait d'un Ĺ“il favorable toutes ces traditions. Pourtant, les Ă©tudiants ne se prĂ©occupaient guère des discussions qui agitaient le Parlement et le pays.


  - Sous-chapitre : L'enseignement primaire


     L'Allemagne n'avait pas, pour l'instruction publique, un rĂ©gime unique comme pour l'armĂ©e. Les États dont elle s'organisaient suivant leurs traditions ou leurs besoins. Cependant l'instruction publique, particulièrement l'enseignement primaire, offrait, dans tout l'Empire, certain caractères gĂ©nĂ©raux. La loi, très rigoureusement appliquĂ©e, implique l'obligation scolaire : les illettrĂ©s Ă©taient extrĂŞmement rares. Mais, si l'enseignement Ă©tait obligatoire, il n'Ă©tait ni laĂŻc, ni gratuit, ni Ă©galitaire. Les enfants de la bourgeoisie Ă©taient Ă©levĂ©s Ă  part. En Saxe, par exemple, dans toute commune qui comptait au moins 1000 habitants, il y avait 2 Ă©coles primaires bien distinctes. La Bezirksschule (Ă©cole du district), destinĂ©e au peuple : l'Ă©colage y Ă©tait de 1,50 marks par mois, payables par quinzaine; une famille, quel que fut le nombre d'enfants frĂ©quentant la mĂŞme Ă©cole, ne payait que pour un seul. La BĂĽrgerschule (Ă©cole des bourgeois), au programme de laquelle figurait les langues Ă©trangères, particulièrement le français, avait un Ă©colage de 6 marks par mois, payable en un seul versement. L'argent ainsi payĂ©s servait Ă  l'entretien des Ă©coles. Aussi, beaucoup d'entre elles ont une propretĂ© et mĂŞme un confort remarquable.


     L'Ă©lève reste Ă  l'Ă©cole de 6 Ă  14 ans. La totalitĂ© des vacances par an ne devait pas dĂ©passer les 8 semaines. Les inspecteurs primaires avaient le droit de fixer les dates de ces vacances suivant les travaux, particulièrement les travaux agricoles. Cette date variait naturellement d'après les productions des contrĂ©es, voire des communes. Ici, on avait besoin des enfants en septembre, pour la cueillette du houblon; lĂ , on en avait besoin pour les vendanges ou la rĂ©coltes des pommes de terre. Les grandes vacances proprement dites sont de 5 semaines de suite. L'examen de sortie, pour les Ă©coles primaires, comprenait une rĂ©daction, des exercices de calculs et de gĂ©omĂ©trie : il correspondait au certificat d'Ă©tude primaire en France, Ă  l'Ă©poque. La pĂ©dagogie allemande n'admettait pas de composition durant le courant de l'annĂ©e : ni classement, ni prix d'aucune sorte. L'annĂ©e scolaire commence Ă  Pâques. Dans les rĂ©gimes scolaires allemands, Pâques Ă©tait un point de dĂ©part Ă  cause des actes religieux, première communion ou confirmation. Toutes le Ă©coles Ă©taient rattachĂ©es Ă  l'Ă©glise ou au temple, suivant que la commune Ă©tait Ă  majoritĂ© catholique ou protestante. Le curĂ© ou le pasteur avaient droit d'inspection. Ajoutons que tout instituteur Ă©tait payĂ© par la commune. De lĂ  une double subordination, contre laquelle les congrès et les associations d'instituteurs s'Ă©lèvent frĂ©quemment, mais sans rĂ©sultats.




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Photographie d'écoliers allemands d'une Bürgerschule, en 1905.



     Pour entrer Ă  l'Ă©cole, les jeunes gens qui se destinaient Ă  l'enseignement suivaient les cours, non pas d'une Ă©cole communale, mais d'une Realschule, c'est-Ă -dire d'une Ă©cole oĂą l'on distribuait un enseignement spĂ©cial, professionnel, moderne et pratique. Quant aux futures institutrices pour se prĂ©parer Ă  l'Ă©cole normale, elles suivaient les cours de la BĂĽrgerschule (Ă©cole des bourgeois), puis ceux d'une Ă©cole supĂ©rieure. Dans tous ces Ă©tablissements, les frais d'Ă©tudes Ă©taient assez Ă©levĂ©s. L'âge minimum pour l'examen de concours aux Ă©coles normale est de 14 ans. La durĂ©e de Ă©tudes est de 5 ans. Les frais d'Ă©tude sont de 150 marks. De plus, comme les Ă©coles normales allemandes n'ont pas en gĂ©nĂ©ral d'internat, les Ă©lèves doivent prendre pension au-dehors. Ces frais additionnĂ©s supposent, chez les familles des Ă©lèves-maĂ®tres, une rĂ©elle aisance. Après avoir subi le dernier examen de l'Ă©cole, l'Ă©lève-maĂ®tre peut ĂŞtre nommĂ© "dĂ©lĂ©guĂ©" dans une Ă©cole au traitement annuel de 900 marks. S'il ne trouvait pas de place dans une Ă©cole publique, il entrait comme professeur dans une privĂ©e ou dans une famille. Deux ans après sa sortie de l'Ă©cole, il subissait l'examen constatant les aptitudes pĂ©dagogiques, examen oĂą toutes les matières de l'enseignement Ă©taient passĂ©es en revue en des Ă©preuves Ă©crites ou orales. S'il Ă©tait reçu, il pouvait alors, mais alors seulement, ĂŞtre nommĂ© instituteur. Son temps de dĂ©lĂ©gation ne comptait pour la retraite. Parfois candidats et candidates attendaient leur nomination pendant 4 ou 5 ans. Les associations d'instituteurs allemands rĂ©clamaient un traitement de minimum de 1350 marks. Des avantages importants leur Ă©taient faits pour les retraites. La caisse des retraites Ă©tait constituĂ©e par l'État, l'instituteur n'y versait rien, il touchait son traitement intĂ©gral; si après 10 ans d'enseignement, il ne pouvait plus faire classe, il avait une retraite Ă©gale au quart de son traitement.

  - Sous-chapitre : L'enseignement secondaire

  - Sous-chapitre : L'enseignement professionnel






Chapitre : La Weltpolitik de Guillaume II



     Après le dĂ©part de Bismarck en 1890, Guillaume II a le champ libre pour appliquer ses idĂ©es en matière de colonisation. Il veut faire de l'Allemagne, comme le Royaume-Uni et la France, un empire mondial. Pour ce faire, il dispose des relais d'opinion que constituent les associations pangermaniste (le Alldeutscher Verband fut fondĂ© en 1891), le Flottenverein et les associations coloniales. Le Reich veut d'abord mener une politique active en direction des pays d'outre-mer, se dĂ©tournant par lĂ  de la politique bismarckienne qui avait rĂ©ussi Ă  imposer l'hĂ©gĂ©monie allemande en Europe et Ă  modĂ©rer les ardeurs brouillonnes colonialistes.


     Avec la Weltpolitik, les prioritĂ©s semblent s'inverser : la Wilhelmstrasse semble nĂ©gliger le système d'alliances europĂ©ennes au profit de coĂ»teuses aventures exotiques au succès incertain.


     C'est vers la Chine, le Maroc, l'Afrique du Sud et la Turquie que se tournent les intĂ©rĂŞts allemands.


     En Chine, oĂą l'Allemagne possède depuis 1898 quelques comptoirs, la rĂ©volte des Boxers et l'assassinat du chargĂ© des affaires allemand, fournit Ă  Berlin l'occasion d'une dĂ©monstration militaire qui accroĂ®t son prestige : le corps expĂ©ditionnaire europĂ©en envoyĂ© en Chine pour rĂ©duire cette rĂ©volte est placĂ© sous le commandement d'un proche de Guillaume II, le comte Waldersee.




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Une du journal satirique français, Le Petit Journal, du 6 novembre 1898.



     Alors que la compĂ©tition coloniale exacerbe la rivalitĂ© franco-britannique, les relations entre le Royaume-Uni et le Reich se dĂ©tendent, Londres cherchant Ă  rompre sa Splandid isolation : les deux puissances envisagent mĂŞme une alliance, mais les intĂ©rĂŞts allemands et britanniques sont dĂ©jĂ  trop Ă©loignĂ©s pour qu'un accord aboutisse. En Afrique du Sud, l'Allemagne, après avoir en 1896 assurĂ© de son soutien le prĂ©sident KrĂĽger, renonce en 1898 Ă  soutenir le Transvaal et reste neutre pendant la Seconde Guerre des Boers, espĂ©rant obtenir des Britanniques des compensations territoriales en Afrique centrale.


     Mais c'est dans l'Empire ottoman que la politique allemande remporte les succès les plus visibles. En 1898, Guillaume II y effectue une visite d'État. Ă€ Damas, il tient un discours oĂą il assure « les 300 millions de musulmans dispersĂ©s dans le monde Â» du soutien de l'empereur allemand, propos qui Ă©veillent la mĂ©fiance des Britanniques et des Russes qui considèrent le Proche-Orient comme leur chasse gardĂ©e. C'est au Reich que l'Empire ottoman confie la construction du chemin de fer de Bagdad, entreprise gigantesque que l'Allemagne devra mener seule, face Ă  l'hostilitĂ© des autres grandes puissances qui lui refuseront tout appui financier.


     Au Maroc, État indĂ©pendant que convoite la France, des commerçants allemands se sont installĂ©s. Cette colonie ne dĂ©passe pas les 150 personnes est cependant très active et les nĂ©gociants allemands implantĂ©s au Maroc espèrent bien que le Reich dĂ©fendra leurs intĂ©rĂŞts lorsque la question d'un partage des influences europĂ©ennes au Maroc sera Ă  l'ordre du jour. La Wilhelmstrasse, consciente des devoirs qu'imposent Ă  l'Allemagne son nouveau statut, espère bien participer au règlement de la question marocaine, soutenue par une opinion publique sans cesse entretenue par les associations pangermanistes les plus militantes dans l'idĂ©e que le Reich peut acquĂ©rir des territoires dans cette rĂ©gion du monde.


     La Weltpolitik va donc obtenir quelques rĂ©sultats, modestes par rapport Ă  ceux de la France et de la Grande-Bretagne, et surtout lourds de consĂ©quences pour l'Ă©quilibre europĂ©en. Les quelques succès engrangĂ©s Ă  travers le monde ne peuvent compenser la dĂ©tĂ©rioration de la position de l'Allemagne en Europe.






Chapitre : Colonies


Article dĂ©taillĂ© : Empire colonial allemand.



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Carte des possessions territoriales, à l'apogée, de l'Empire allemand (en 1914)



     Ă€ partir de 1883, l'Allemagne a conquis des territoires en Afrique, en Asie et en OcĂ©anie, qui seront appelĂ©s territoires de protectorats (Schutzgebiete) :


     Modèle:Drapeaux coloniaux allemand






Chapitre : Notes et références


  1. ↑ Eugène Domergue, Géographie pittoresque des cinq parties du monde, Tome premier, l'Allemagne, pas de date (probablement post-1871)
  2. ↑ Emile Hinzelin, Histoire Universelle illustrée des pays et des peuples, Tome V, L'Allemagne, 1913
  3. ↑ Cf. Paul Kennedy, Naissance et dĂ©clin des grandes puissances, Payot & Rivages .
  4. ↑ Emile Hinzelin, Histoire Universelle illustrée des pays et des peuples, Tome V, L'Allemagne, 1913
  5. ↑ Emile Hinzelin, Histoire Universelle illustrée des pays et des peuples, Tome V, L'Allemagne, 1913
  6. ↑ Emile Hinzelin, Histoire Universelle illustrée des pays et des peuples, Tome V, L'Allemagne, 1913
  7. ↑ Emile Hinzelin, Histoire Universelle illustrée des pays et des peuples, Tome V, L'Allemagne, 1913
  8. ↑ Emile Hinzelin, Histoire Universelle illustrée des pays et des peuples, Tome V, L'Allemagne, 1913
  9. ↑ Emile Hinzelin, Histoire Universelle illustrée des pays et des peuples, Tome V, L'Allemagne, 1913
  10. ↑ Emile Hinzelin, Histoire Universelle illustrée des pays et des peuples, Tome V, L'Allemagne, 1913
  11. ↑ Emile Hinzelin, Histoire Universelle illustrée des pays et des peuples, Tome V, L'Allemagne, 1913
  12. ↑ Emile Hinzelin, Histoire Universelle illustrée des pays et des peuples, Tome V, L'Allemagne, 1913





Chapitre : Liens externes



     


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