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Définition Wikipédia de : Auguste Comte



Auguste Comte
Philosophe occidental
Époque contemporaine
Lithographie de Comte par Tony Touillon
Lithographie de Comte par Tony Touillon
Naissance :19 janvier 1798
(Montpellier)
DĂ©cès :5 septembre 1857
(Paris)
École/tradition :Rationalisme, Positivisme
Principaux intĂ©rĂŞts :Histoire des sciences
Libéralisme politique
Sciences sociales
IdĂ©es remarquables :Loi des trois Ă©tats, sociologie
Ĺ’uvres principales :Cours de philosophie positive ; CatĂ©chisme positiviste
InfluencĂ© par :Bacon, Descartes, Condorcet, Saint-Simon, Bichat
A influencĂ© :LittrĂ©, Le Play, Mill, Proudhon, Bernard, Ferry, Durkheim, LĂ©vy-Bruhl, Duhem, Alain, Maurras, Brunschvicg, Gilson, Bachelard




Introduction :

      Auguste Comte (Isidore Marie Auguste François Xavier Comte), nĂ© le 19 janvier 1798 (30 Nivose An 6) Ă  Montpellier (HĂ©rault) et mort le 5 septembre 1857 Ă  Paris, est un philosophe français.







Suite de l'article :

Il est considĂ©rĂ© en France comme l'un des fondateurs de la sociologie, caractĂ©risĂ©e par lui comme l'aboutissement de son système « positiviste Â». Il s'appuie sur les sciences dites « positives Â», aujourd'hui appelĂ©es « exactes Â» ou « dures Â» (notamment les mathĂ©matiques), afin de rĂ©aliser une triple tâche : Ă©liminer les spĂ©culations mĂ©taphysiques abstraites, Ă©tablir les critères de la rationalitĂ© des savoirs, et comprendre les lois de l'organisation sociale.



     Auguste Comte a Ă©tĂ© secrĂ©taire particulier, puis disciple du comte de Saint-Simon.

- Sommaire de la page -









Chapitre : Biographie



     Auguste Comte Ă©tudie au lycĂ©e de Montpellier. Il perd la foi Ă  l'âge de 14 ans. Il est reçu Ă  16 ans Ă  l'École polytechnique dans les premiers en 1814. Il est surnommĂ© Sganarelle par les Ă©lèves de sa promotion, ou le philosophe. Il complète sa formation par la lecture des Ĺ“uvres de David Hume, Condorcet, Joseph de Maistre, Bonald, Bichat, et Gall.


     Ă€ la Restauration, en avril 1816, toute sa promotion est congĂ©diĂ©e pour manque de discipline par le comte de Vaublanc. Il trouve en 1817 un poste de secrĂ©taire auprès de Saint-Simon (Claude-Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon, Ă  ne pas confondre avec le duc de Saint-Simon auteur des mĂ©moires de la cour de Louis XIV), avec qui il collabore sur diffĂ©rents ouvrages jusqu'Ă  une rupture orageuse en 1824.


     Il fait la connaissance en 1825 de Caroline Massin, ancienne prostituĂ©e, et voudrait la sortir de sa condition en lui donnant des cours de mathĂ©matiques. Un mariage civil est d'abord cĂ©lĂ©brĂ©, puis un mariage ecclĂ©siastique suite aux instances de la mère de Comte.


     Il rencontre FĂ©licitĂ© Robert de Lamennais. Il assiste Ă  l'enterrement de Saint-Simon et participe vers fin 1825 - dĂ©but 1826 aux rĂ©flexions sur la nĂ©cessitĂ© d'une nouvelle doctrine gĂ©nĂ©rale.


     C'est ainsi qu'il commence en 1826 son cours de philosophie positive, mais doit l'interrompre rapidement du fait d'une grave dĂ©pression, qu'il qualifie d'« Ă©pisode cĂ©rĂ©bral Â» et qui a peut-ĂŞtre un rapport avec la conduite de sa femme. Il erre pendant dix jours Ă  Montmorency d'oĂą il Ă©crit une note Ă  M. de Blainville. Il fait un sĂ©jour de huit mois Ă  l'hĂ´pital d'Esquirol, dont il sort avec la mention « NG Â» (non guĂ©ri) puis tente de se suicider. MalgrĂ© l'Ă©chec Ă  l'obtention d'un professorat Ă  Polytechnique, il publie entre 1830 et 1842 les quatre volumes composant son Cours de philosophie positive. La lĂ©gende veut qu'il ait produit ses ouvrages de tĂŞte, sans notes ni lectures extĂ©rieures. Sa rĂ©flexion achevĂ©e, il rĂ©digeait au fil de la plume puis envoyait ses travaux Ă  l'impression.


     En dĂ©pit de ses opinions rĂ©publicaines, il est nommĂ© rĂ©pĂ©titeur d'analyse et de mĂ©canique (1832) puis examinateur d'entrĂ©e Ă  Polytechnique (1836) en mĂŞme temps que son prestige croĂ®t. Sa femme le quitte en 1842.


     Il continue de donner des cours de mathĂ©matiques. C'est de cette façon qu'il rencontre en 1844 Clotilde de Vaux, sĹ“ur de l'un de ses plus cĂ©lèbres Ă©lèves Maximilien-Marie de Ficquelmont. Il tombe Ă©perdument amoureux de la jeune femme, avec laquelle il commence une relation passionnĂ©e et platonique. Mais, Clotilde meurt l'annĂ©e suivante, le 5 avril, de la tuberculose.


     C'est alors que sa pensĂ©e Ă©volue vers une forme de religiositĂ© : pour faire son deuil, il s'impose la solitude et dĂ©veloppe une « religion Â» de l'humanitĂ©. Il perd peu Ă  peu ses postes. Il fonde en 1848 la SociĂ©tĂ© positiviste. Au niveau politique, il s'enthousiasme pour la RĂ©volution de 1848. Il s'intĂ©resse Ă  la question du prolĂ©tariat et tente de rallier le monde ouvrier Ă  sa philosophie, sans succès. Il s'intĂ©resse aussi Ă  la fonction de l'État et fait en sorte que le Collège de France crĂ©e une chaire d'Histoire gĂ©nĂ©rale des Sciences positives. Il soutient le coup d'État de 1851 après avoir Ă©tĂ© très critique vis-Ă -vis du prince Louis-NapolĂ©on, ce qui provoque le trouble chez ses disciples. Ainsi, LittrĂ© prend ses distances.


     La solitude ne l'empĂŞche pas de se tenir au courant des affaires du monde. Il entretient une correspondance importante : 3 000 lettres envoyĂ©es et 6 000 reçues. InstituĂ© « grand-prĂŞtre de l'humanitĂ© Â», il publie le Système de politique positive entre 1851 et 1854, un CatĂ©chisme positiviste en 1852, ainsi que la Synthèse subjective en 1856.


     En 1852, l'AcadĂ©mie lui retire son poste de rĂ©pĂ©titeur. Il fonde la Revue occidentale. La philosophie positive est traduite en anglais en 1856. Ami personnel de John Stuart Mill, il a vĂ©cu de ce que celui-ci lui a versĂ© avant qu'ils ne se brouillent.


     Il meurt le 5 septembre 1857 et est inhumĂ© au cimetière du Père-Lachaise. Une statue reprĂ©sentant l'humanitĂ© a Ă©tĂ© Ă©rigĂ©e en 1983 sur sa tombe.


     Auguste Comte a eu un enfant d'une première femme, qu'il n'a pas Ă©levĂ©. Une fois arrivĂ© Ă  Paris, il n'a pas quittĂ© certains quartiers de la capitale et n'a pas voyagĂ© en Europe, Ă  l'inverse de Descartes ou de bien d'autres philosophes.


     Une statue d'Auguste Comte a Ă©tĂ© inaugurĂ©e en 1902 place de la Sorbonne, sous la prĂ©sidence du gĂ©nĂ©ral AndrĂ©, en prĂ©sence de membres de la sociĂ©tĂ© positiviste. Claude Allègre fit dĂ©placer la statue et la fit pivoter de 90°, de sorte qu'elle « tourne presque le dos Ă  la Sorbonne Â».






Chapitre : Doctrine : le positivisme


Article dĂ©taillĂ© : Positivisme.

  - Sous-chapitre : IdĂ©es gĂ©nĂ©rales




Image (cliquez pour agrandir) :

Buste d'Auguste Comte



     La doctrine positiviste de Comte est liĂ©e Ă  la confiance dans le progrès de l'humanitĂ© par les sciences et Ă  la croyance dans les bienfaits de la rationalitĂ© scientifique.


     Le terme de positivisme existait dĂ©jĂ  avant Comte. On parlait dĂ©jĂ  de sciences positives Ă  la fin du XVIII siècle. Saint-Simon employait dĂ©jĂ  le terme de positivisme ; Auguste Comte, qui fut son secrĂ©taire pendant six ans, l'a Ă©tendu Ă  la philosophie.


     Auguste Comte a l'ambition de se dĂ©barrasser de la mĂ©taphysique : sa dĂ©marche philosophique ignore dĂ©libĂ©rĂ©ment les causes premières et s'Ă©loigne dĂ©finitivement des concepts philosophiques dĂ©veloppĂ©s par Aristote, dĂ©jĂ  remis en cause par Descartes.


     La connaissance doit reposer, selon Comte, sur l'observation de la rĂ©alitĂ© mesurĂ©e d'une façon scientifique et non sur des connaissances a priori. Le positivisme constitue donc une systĂ©matisation du rationalisme accompagnĂ©e d'une sorte de confiance absolue dans la science, fondĂ©e sur un dĂ©terminisme mĂ©caniste.


     Cependant la position de Comte est ambiguĂ«. D'une part, il affirme qu'une proposition ne peut avoir de sens si elle n'est pas rĂ©ductible Ă  l'Ă©noncĂ© d'un fait ; d'autre part, il critique l'empirisme et se rĂ©clame de Kant et de Leibniz pour affirmer qu'existent chez l'homme des « dispositions mentales Â» spontanĂ©es.


     La philosophie d'Auguste Comte peut se dĂ©composer en deux phases qui correspondent aussi Ă  chacune des femmes qu'il a connues.


     La première phase, qui se dĂ©roule de 1830 Ă  1842, correspond Ă  ce que l'on appelle le positivisme scientifique ou positivisme philosophique. Dès cette Ă©poque, Comte commence Ă  s'intĂ©resser aux principes d'organisation sociale, en crĂ©ant le terme de « sociologie Â» en 1839.


     La deuxième phase, qui se dĂ©roule de 1846 Ă  1857, correspond Ă  ce que l'on appelle quelquefois le positivisme religieux, en raison des modifications que Comte veut apporter Ă  la sociĂ©tĂ© : sacerdoce et prĂŞtrise positivistes, culte de la science et de l'humanitĂ©, calendrier avec les noms des grands savants, organisation de la sociĂ©tĂ© par et pour la science.

  - Sous-chapitre : Sources de sa pensĂ©e


     Auguste Comte a puisĂ© ses rĂ©fĂ©rences dans des philosophies du XVII siècle et du XVIII siècle, Ă  l'exception de Roger Bacon qui est la seule source antĂ©rieure :


     La psychanalyste Raquel Capurro note que les idĂ©es positivistes, en particulier la notion de Grand-ĂŠtre associĂ© Ă  l'HumanitĂ© (avec une majuscule), dĂ©jĂ  en germe avant Auguste Comte, puisent leurs racines dans le Culte de la Raison et dans le culte de l'ĂŠtre suprĂŞme, qui eurent lieu pendant les phases extrĂŞmes de la RĂ©volution française.

  - Sous-chapitre : Le positivisme scientifique


     Les principes du positivisme scientifique ou positivisme philosophique, sont dĂ©crits dans le Cours de philosophie positive, publiĂ© de 1830 Ă  1842. Auguste Comte y expose une thĂ©orie dite loi des trois Ă©tats.

Article dĂ©taillĂ© : Loi des trois Ă©tats.

La loi des trois états


     Pour Auguste Comte, le positivisme est liĂ© Ă  l'Ă©mergence de l'âge de la science caractĂ©ristique de « l'Ă©tat positif Â» qui succède, dans la loi des trois Ă©tats, Ă  « l'Ă©tat thĂ©ologique Â» et Ă  « l'Ă©tat mĂ©taphysique Â».

L’état théologique

     AppelĂ© aussi âge thĂ©ologique ou « fictif Â», il correspond Ă  celui de l'âge de l'enfance de l'humanitĂ© ; dans lequel l'esprit recherche la cause des phĂ©nomènes soit en attribuant aux objets des intentions (cf. fĂ©tichisme), soit en supposant l'existence d'ĂŞtres surnaturels (religion polythĂ©iste) ou d'un seul Dieu (monothĂ©isme). C'est donc le dĂ©but de l'exercice de la pensĂ©e. L'enfant prend conscience de son propre pouvoir ; il croit alors Ă  un pouvoir magique. Cette notion est amplifiĂ©e par l'apparition de la parole, l'enfant joue avec le langage (mensonges, ...). Il y a aussi une forte croyance aux choses : le fĂ©tichisme se traduit par la religion des forces de la nature. Toute la nature est une divinitĂ© ; c'est l'animisme. Peu Ă  peu, les esprits deviennent des hommes et la religion de la nature se transforme en religion politique.

L'état métaphysique

     AppelĂ© aussi âge mĂ©taphysique ou « abstrait Â», il correspond Ă  celui de l'adolescence de la pensĂ©e ; dans lequel les agents surnaturels sont remplacĂ©s par les forces abstraites :


     Cette Ă©poque est un progrès par rapport Ă  la pensĂ©e anthropomorphique antĂ©rieure. Mais la pensĂ©e reste prisonnière de concepts philosophiques abstraits et universels. On rapporte la rĂ©alitĂ© Ă  des principes premiers. C'est la « MĂ©thode du philosophe Â», Ă©crit Auguste Comte.


     Comme l'explique John Stuart Mill dans son livre sur Auguste Comte, « le signe diagnostique universel du mode mĂ©taphysique de penser, dans le sens Comtien du mot Â» correspond Ă  « celui d'Ă©riger une pure crĂ©ation de l'esprit en règle, ou norma de la vĂ©ritĂ© externe, et de donner l'expression abstraite des croyances dĂ©jĂ  adoptĂ©es, pour la raison et la preuve qui les justifient. Â» Le raisonnement des mĂ©decins dans le malade imaginaire de Molière expliquant que « les vertus dormitives Â» dans l'opium seraient la cause du sommeil en est un exemple cĂ©lèbre : un mot (ou une expression) que l'on associe Ă  un phĂ©nomène est donnĂ© comme son explication, sa justification.

L’état positif

     AppelĂ© aussi âge positif, il est dĂ©crit comme « l'Ă©tat viril de notre intelligence Â». L'esprit positif rejette la recherche du « pourquoi ultime Â» des choses pour considĂ©rer les faits, « leurs lois effectives, c’est-Ă -dire leurs relations invariables de succession et de similitude Â» (Cours, I). Le recours aux faits, Ă  l'expĂ©rimentation, Ă  l'Ă©preuve de la rĂ©alitĂ©, est ce qui permet de sortir des discours spĂ©culatifs. C'est le premier principe du positivisme. Alors que l'esprit mĂ©taphysique recourt Ă  des concepts Ă©ternels et universels, qu'il ne soumet pas Ă  la rĂ©alitĂ©, l'esprit positif confronte les hypothèses au monde rĂ©el.

La classification des sciences


     Comte procède Ă  une classification des sciences, vues suivant l'utilisation qui en est faite : mathĂ©matique - physique - chimie - biologie - sciences humaines - philosophie positive. Ainsi la mathĂ©matique est utilisĂ©e dans la physique, la physique dans la chimie, etc., la philosophie positive Ă©tant supposĂ©e coiffer l'ensemble.


     Ă€ la diffĂ©rence de l'Ă©cole cartĂ©sienne, l'Ă©cole positiviste s'oppose Ă  l'idĂ©e d'une unitĂ© objective de la science, mais prĂ´ne une unitĂ© subjective : « Nous ne devons chercher d'autre unitĂ© que celle de la mĂ©thode positive envisagĂ©e dans son ensemble, sans prĂ©tendre Ă  une vĂ©ritable unitĂ© scientifique, en aspirant seulement Ă  l'homogĂ©nĂ©itĂ© et Ă  la convergence des diffĂ©rentes doctrines. Â»

  - Sous-chapitre : Le « positivisme religieux Â»

Article dĂ©taillĂ© : Église positiviste.

     Dans cette phase, Auguste Comte cherche Ă  concilier les principes de la rationalitĂ© scientifique avec l'amour humain, qu'il a dĂ©couvert par sa rencontre avec Clotilde de Vaux. Après la mort de Clotilde (1846), il lui voue un culte qu'il qualifie de fĂ©tichisme.


     Comte fut en effet influencĂ© Ă  ce stade de sa pensĂ©e par les Ă©tudes de l'ethnologue Charles de Brosses sur le fĂ©tichisme des peuples dits primitifs. Il considĂ©ra que le fĂ©tichisme Ă©tait plutĂ´t une manifestation de la simplicitĂ© de ces peuples, par opposition Ă  l'orgueil de l'occident. On ne peut donc pas considĂ©rer que Comte ait Ă©tĂ© Ă  l'origine du racialisme, puisque ces doctrines furent dĂ©veloppĂ©es ultĂ©rieurement.


     Dans cette phase, Comte considère que sa vie privĂ©e concerne toute l'humanitĂ©. Il cherche Ă  rĂ©organiser son système philosophique antĂ©rieur et dĂ©veloppe les principes d'organisation qui doivent, selon lui, fonder les sociĂ©tĂ©s humaines. « La religion constitue donc pour l'âme, un processus normal exactement comparable Ă  celui de la santĂ© envers le corps. Â» (in Systèmes de politique positive)


     D'après Raymond Aron reprenant l'analyse d'Auguste Comte : « L'homme a besoin de religion parce qu'il a besoin d'aimer quelque chose qui le dĂ©passe. Les sociĂ©tĂ©s ont besoin de religion parce qu'elles ont besoin d'un pouvoir spirituel, qui consacre et modère le pouvoir temporel et rappelle aux hommes que la hiĂ©rarchie des capacitĂ©s n'est rien Ă  cĂ´tĂ© de la hiĂ©rarchie des mĂ©rites. Â»


     Comte est amenĂ© Ă  dĂ©finir une morale, qu'il fonde sur l'ordre, le progrès et l'altruisme. Il vise le bien de l'humanitĂ© dĂ©finie comme Grand ĂŠtre, et dont il est le "grand prĂŞtre".


     La thĂ©orie qu'il Ă©chafaude s'appuie sur une classification des sciences qu'il a lui-mĂŞme Ă©rigĂ©e. Les nombres et la logique en constituent la base, la sociologie rĂ©gissant l'ensemble.


     Comte dĂ©veloppe les principes de la sociologie dans son Système de politique positive, publiĂ© entre 1851 et 1854.


     Pour lui, elle est l'intĂ©gration des acquis des autres sciences pour affronter l'objet le plus complexe qui soit : la « sociĂ©tĂ© humaine Â».


     La sociologie permet de connaĂ®tre Ă  la fois les lois d'organisation de la sociĂ©tĂ© (« statique sociale Â») et celles de son Ă©volution (« dynamique sociale Â»). Avec la sociologie, Auguste Comte cherche aussi Ă  rĂ©soudre les problèmes sociaux par l'organisation sociale : « Savoir pour prĂ©voir, prĂ©voir pour pouvoir Â».






Chapitre : Postérité


Article dĂ©taillĂ© : Positivisme.

  - Sous-chapitre : ApprĂ©ciations du positivisme


     Dans son livre La dĂ©duction relativiste (1925), le philosophe des sciences Émile Meyerson apprĂ©cie ainsi le projet comtien : « Ce que rĂŞvait Comte, c'Ă©tait en effet une vĂ©ritable organisation, comme la comprennent les partisans de l'autoritĂ© ; les croyances du public en matière de science et, plus encore, le travail de recherche des savants eux-mĂŞmes, devaient ĂŞtre strictement rĂ©glĂ©s et surveillĂ©s par un corps constituĂ©, composĂ© d'hommes jugĂ©s compĂ©tents et armĂ©s de toutes les rigueurs du bras sĂ©culier. Cette rĂ©glementation devait, bien entendu, comme c'est le cas, partout et toujours, de toute rĂ©glementation, consister principalement en interdictions, et Comte a tracĂ© d'avance le programme de quelques-unes d'entre ces dernières. DĂ©fense de se livrer Ă  des investigations autres que « positives Â», c'est-Ă -dire ayant pour objet la recherche d'une loi ; dĂ©fense de toute tentative visant Ă  pĂ©nĂ©trer des problèmes que l'homme, manifestement, n'avait aucun intĂ©rĂŞt Ă  connaĂ®tre et qui, d'ailleurs, pour cette raison mĂŞme, devaient rester entièrement impĂ©nĂ©trables Ă  son esprit, tels que, par exemple, la constitution chimique des astres […]. Â»


     Henri de Lubac, dans Le Drame de l'humanisme athĂ©e (1944), a consacrĂ© une section Ă  Auguste Comte, ainsi qu'Ă  Karl Marx, Friedrich Nietzsche, et Feuerbach.


     Au sujet de la loi des trois Ă©tats, Lubac avance que "ce que Comte a pris pour trois Ă©tats successifs, ce sont bien plutĂ´t trois modes coexistants de la pensĂ©e, correspondant Ă  trois aspects des choses ; que le progrès consiste Ă  distinguer de mieux en mieux ces trois aspects, perçus d'abord dans une sorte d'unitĂ© chaotique ; si donc il est vrai de dire que la physique (entendant par ce mot toute science) a commencĂ© par ĂŞtre thĂ©ologique, il serait tout aussi vrai de dire que la thĂ©ologie a commencĂ© par ĂŞtre physique, et la loi de l'Ă©volution ne tend pas plus Ă  Ă©vacuer la thĂ©ologie que la science, mais Ă  les "purifier" l'une et l'autre en les diffĂ©renciant. Henri de Lubac fait rĂ©fĂ©rence Ă  Robert Flint, La philosophie de l'Histoire en France et en Allemagne (1894, tr. Carran, 1878). L'Ă©tat thĂ©ologique serait donc l'Ă©tat de confusion primitive oĂą se trouvent une science et une religion Ă©galement dans l'enfance.


     Ces vues ont Ă©tĂ© reprises Jacques Maritain, qui a distinguĂ© l'Ă©tat « nocturne Â» et l'Ă©tat « solaire Â» de la science et de la religion (« Signe et symbole Â», Revue thomiste, 1938). On pourrait encore rapprocher les trois Ă©tats de Comte aux ordres d'AndrĂ© Comte-Sponville dans Le capitalisme est-il moral ? (Albin Michel) : ordre technico-Ă©conomique, ordre politico-juridique, ordre de la morale, et ordre Ă©thique.

  - Sous-chapitre : Premières influences : mĂ©decine


     C'est par les milieux mĂ©dicaux de la sociĂ©tĂ© positiviste (docteur Robinet, Pierre Laffitte) que la pensĂ©e d'Auguste Comte s'est tout d'abord dĂ©veloppĂ©e et a contribuĂ© Ă  l'Ă©mergence d'une mĂ©decine positive. La pensĂ©e de Comte s'est d'ailleurs transmise Ă  l'AmĂ©rique latine par des mĂ©decins qui avaient fait leurs Ă©tudes Ă  Paris.


     Puis les idĂ©es d'Auguste Comte se sont rĂ©pandues très largement en France dès la deuxième moitiĂ© du XIX siècle, via ses deux principales Ĺ“uvres :


     D'autres ouvrages comme le "catĂ©chisme" positiviste ou la synthèse subjective ont Ă©galement diffusĂ© cette doctrine, notamment auprès de Charles Maurras.

  - Sous-chapitre : Principaux domaines influencĂ©s

  - Sous-chapitre : Extension gĂ©ographique

Article dĂ©taillĂ© : Extension gĂ©ographique du positivisme.

     L'influence s'est fait sentir d'abord dans une partie de l'Europe : Angleterre, Portugal, puis s'est Ă©tendue Ă  d'autres pays et d'autres continents : les États-Unis, la Russie, le BrĂ©sil, le Mexique, la Turquie, le Chili etc.


     Dans le monde anglo-saxon, le positivisme s'est manifestĂ© par certaines formes d'altruisme, qui Ă  travers John Stuart Mill rejoignent les thĂ©ories utilitaristes de Jeremy Bentham. Herbert Spencer a aussi subi l'influence positiviste. Les États-Unis ont Ă©tĂ© influencĂ©s Ă  travers le positivisme anglais.


     En AmĂ©rique latine, Raquel Capurro note que ce sont des mĂ©decins qui ont apportĂ© le positivisme Ă  travers les mouvements rĂ©volutionnaires qui se sont produits sur ce continent. Il a pris une forme scientifique ou "religieuse" selon les cas, parfois aussi politique.






Chapitre : Ce qui reste de sa pensée aujourd'hui


  - Sous-chapitre : Évolutions dans la recherche Ă©pistĂ©mologique


     Auguste Comte croyait Ă  son Ă©poque qu'il Ă©tait possible d'expliquer le monde par des lois purement scientifiques rĂ©ductibles au moindre nombre, comme le montre cette citation  :

« Le caractère fondamental de la philosophie positive est de regarder tous les phĂ©nomènes comme assujettis Ă  des lois naturelles invariables, dont la dĂ©couverte prĂ©cise et la rĂ©duction au moindre nombre possible sont le but de tous nos efforts, en considĂ©rant comme absolument inaccessible et vide de sens la recherche de ce qu'on appelle les causes soit premières, soit finales Â».
(Extrait de Cours de philosophie positive, 1830-1842, volume I, 16) .

     On a vu qu'Henri de Lubac considère que la loi des trois Ă©tats correspond non Ă  des successions d'Ă©tats dans l'Histoire, mais Ă  trois aspects des choses. On a vu aussi les quatre ordres que distingue AndrĂ© Comte-Sponville.


     RenĂ© RĂ©mond parle de positivisme Ă  travers certaines formes d'esthĂ©tique.


     En fait, les recherches Ă©pistĂ©mologiques du XX siècle ont montrĂ© que les postulats positivistes sont erronĂ©s. Auguste Comte a propagĂ© une reprĂ©sentation du monde hĂ©liocentrique. Cette vision mĂ©caniste a Ă©tĂ© popularisĂ©e au XIX siècle par les romans de Jules Verne. Elle ne correspond pas du tout Ă  la vision contemporaine de l'univers que donne aujourd'hui l'astrophysique contemporaine.


     Henri PoincarĂ©, l'un des prĂ©curseurs de la thĂ©orie de la relativitĂ©, a donnĂ© une vision actualisĂ©e de la science dans La Valeur de la Science (1905).






Chapitre : Citation


    Liste :
  • « L'humanitĂ© se compose de plus de morts que de vivants. Â»
  • « Science d’oĂą prĂ©voyance ; prĂ©voyance d’oĂą action. Â»
  • « Savoir c'est prĂ©voir et prĂ©voir c'est pouvoir. Â»
  • « Ordre et Progrès Â» qui a donnĂ© la devise nationale du Bresil : Ordem e Progresso.
  • « Nous n'avons pas besoin de savoir ce que nous n'avons nul besoin de connaĂ®tre. Â»





Chapitre : Bibliographie disponible


    Liste :
  • Philosophie des sciences, Ă©d. Gallimard, Tel, 1997 (recueil de textes d'A. Comte).
  • Cours de philosophie positive tome 1, Ă©d. Hermann, 1998.
  • Leçons sur la sociologie: Cours de philosophie positive: leçons 47 Ă  51, Ă©d. GF-Flammarion, 1999.
  • Discours sur l'ensemble du positivisme, 1848, Ă©d. GF-Flammarion, 1999 (sur la politique et la sociĂ©tĂ©).
  • Système de politique positive, Ă©d. Vrin, 2000.
  • Cours de philosophie positive, quatre tomes, Ă©d. BookSurge Publishing, 2001.
  • Synthèse subjective ou système universel, Ă©d. Fayard, 2000.
  • Discours sur l'esprit positif: Ordre et progrès, Ă©d. Vrin, 2002.
  • Science et politique : Les conclusions gĂ©nĂ©rales des cours de philosophie positive, Ă©d. Pocket, 2003.
  • Premiers cours de philosophie positive : PrĂ©liminaires gĂ©nĂ©raux et philosophie mathĂ©matique, Ă©d. PUF, 2007.
  • CatĂ©chisme positiviste, 1852, Ă©d. Sandre, 2009.





Chapitre : Bibliographie critique


    Liste :
  • Auguste Comte e la cultura francese dell’Ottocento. In ricordo di Mirella Larizza (“Quaderni di Acme”, 66), a cura di Marco Geuna, Milano, Cisalpino, 2004.
  • ZeĂŻneb Ben SaĂŻd Cherni, Auguste Comte, postĂ©ritĂ© Ă©pistĂ©mologique et ralliement des nations, L'Harmattan, 2005 ;
  • Michel Bourdeau et François Chazel (dir.), Auguste Comte et l'idĂ©e de science de l'homme, L'Harmattan, 2002 ;
  • Michel Bourdeau (dir.), Jean-François Braunstein (dir.), Annie Petit (dir.), Auguste Comte aujourd'hui, KimĂ©, 2003 ;
  • Georges Canguilhem, « Histoire des religions et histoire des sciences dans la thĂ©orie du fĂ©tichisme chez Auguste Comte Â», Études d'histoire et de philosophie des sciences, Vrin, 1968 ;
  • Raquel Capurro, Le positivisme est un culte des morts : Auguste Comte, Epel, 1999 (traduction française, 2001) ;
  • G. Chabert, Un nouveau pouvoir spirituel. Auguste Comte et la religion scientifique, Presses Universitaires de Caen, 2004 ;
  • Collectif, Auguste Comte et la religion positiviste, Revue des Sciences Philosophiques et ThĂ©ologiques, Vrin, 2003 ;
  • Jean DelvolvĂ©, RĂ©flexions sur la pensĂ©e comtienne, FĂ©lix Alcan, 1932 ;
  • Georges Dumas, Auguste Comte. Thèse latine, critique. Alcan, 1900 ;
  • Georges Dumas, Psychologie de Deux Messies Positivistes : Auguste Comte et Saint-Simon. Alcan, 1905, Paris ;
  • Georges Dumas, L’état mental d’Auguste Comte. (3 articles) Revue philosophique, 1897 ;
  • Georges Dumas, La philosophie d’Auguste Comte. Revue philosophique, 1900.
  • Walter Dussauze, Essai sur la religion d'après Auguste Comte, PrĂ©face d'Angèle Kremer-Marietti, L'Harmattan, 2007 ;
  • Laurent Fedi, Comte, Les Belles Lettres, 2000, réédition 2005 ;
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  • Étienne Gilson, Les MĂ©tamorphoses de la citĂ© de Dieu, 1952, Ă©d. Vrin, 2005 (voir la partie sur A. Comte) ;
  • Henri Gouhier, La vie d'Auguste Comte, Gallimard, 1931 ;
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  • Bruno Karsenti, Politique de l'esprit : Auguste Comte et la naissance de la science sociale, Hermann, 2006 ;
  • Angèle Kremer-Marietti, Auguste Comte et la thĂ©orie sociale du positivisme, Seghers, 1970 ;
  • Angèle Kremer-Marietti, Auguste Comte La science sociale, Gallimard, 1972 ;
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  • Angèle Kremer-Marietti, L’Anthropologie positiviste d'Auguste Comte, Lib. HonorĂ© Champion, 1980 ;
  • Angèle Kremer-Marietti, Entre le signe et l'histoire. L'anthropologie positiviste d'Auguste Comte, Klincksieck, 1982, réédition L'Harmattan, 1999 ;
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  • Angèle Kremer-Marietti, Introduction, in Auguste Comte, Correspondance gĂ©nĂ©rale,vol. 7, Paris, EHESS et Vrin, 1987 ;
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  • Angèle Kremer-Marietti, Auguste Comte et la science politique, in Auguste Comte, Plan des travaux scientifiques nĂ©cessaires pour rĂ©organiserla sociĂ©tĂ©, L'Harmattan, 2001 ;
  • Angèle Kremer-Marietti, L'humanisme entre positivisme et nihilisme in L'Art du Comprendre , 2006, N°15.
  • Angèle Kremer-Marietti, Auguste Comte et l'histoire gĂ©nĂ©rale, in Auguste Comte, Sommaire apprĂ©ciation de l'ensemble du passĂ© moderne, L'Harmattan, 2006 ;
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  • Angèle Kremer-Marietti (dir.), Auguste Comte, la Science, la SociĂ©tĂ©, L'Harmattan, 2009;
  • La biologia: parametro epistemologico del XIX secolo, a cura di Maria Donzelli, Napoli, Liguori, 2003 ;
  • Pierre Laffitte (1823-1903): Autour d'un centenaire, in Revue des Sciences et des Techniques en perspective, 2 sĂ©rie, vol. 8, n°2, 2004, Brepols Publishers, 2005 ;
  • Pierre Macherey, Comte. La philosophie et les sciences, PUF, 1989 ;
  • Charles Maurras, Auguste Comte, Revue Minerva, Paris, n° 6, 15 mai 1903, p. 174-204.
  • John Stuart Mill, Auguste Comte et le positivisme, trad. de l'anglais par G.ClĂ©menceau, texte revu et prĂ©sentĂ© par M. Bourdeau, L'Harmattan, 1999 ;
  • Annie Petit (dir.), Auguste Comte. Trajectoires positivistes (1798-1998), L'Hamattan, 2003 ;
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  • Sociologia, politica e religione: la filosofia di Comte per il diciannovesimo secolo, a cura di Cristina Cassina, Pisa, Edizioni Plus, 2001 ;
  • Albert Tshibangu, Science et superstition chez Auguste Comte, Ed. Connaissances et Savoirs, 2005 ;
  • Jean-Claude Wartelle, L’HĂ©ritage d'Auguste Comte, L'Harmattan, 2003.





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Chapitre : Notes


  1. ↑ Le positivisme est un culte des morts, Raquel Capurro, page 34.
  2. ↑ Sieyès avait toutefois utilisĂ© le mot dans un manuscrit vers 1780 (voir Sieyès et le non-dit de la sociologie : du mot Ă  la chose, par Jacques Guilhaumou).
  3. ↑ Cf. le Catéchisme positiviste. Francis Bacon avait lui aussi imaginé une utopie pour la science en son temps (La Nouvelle Atlantide).
  4. ↑ Auguste Comte et le positivisme http://books.google.com/books?id=ChYUAAAAQAAJ&printsec=frontcover&dq=mill+comte+clemenceau&client=firefox-a#v=onepage&q=&f=false
  5. ↑ Auguste Comte, Discours sur l'esprit positif (1844), Vrin, Paris, 1995, p.49
  6. ↑ Émile Meyerson, La Déduction relativiste, § 253, Payot, paris, 1925
  7. ↑ voir discussion lieux communs sur A. Comte pour une remise en cause de cette idée
  8. ↑ D'après Jacques PrĂ©votat, Charles Maurras eut une « nuit d'extase Â» Ă  la lecture de ce livre. Cf. Les catholiques et l'action française (1899-1939) : histoire d'une condamnation, Ă©d. Fayard, 2001.
  9. ↑ Cf. la PrĂ©face au TraitĂ© du vide, dans laquelle Pascal trace une ligne de dĂ©marcation entre thĂ©ologie (autoritĂ©) et science (expĂ©rience et raisonnement). Vous pouvez voir également : Pierre Duhem, La thĂ©orie physique : Son objet, sa structure (1906, Ă©d. Vrin, 2007).
  10. ↑ Mentionné dans Michael Sutton, Charles Maurras et les catholiques français 1890-1914, éd. Beauchesne, 1997, p.77.

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