Définition Wikipédia de : Alexandre le Grand

Alexandre le Grand (en grec ancien : áŒÎ»ÎΟαΜΎÏÎżÏ áœ ÎÎÎłÎ±Ï / AlĂ©xandros ho MĂ©gas ou ÎÎÎłÎ±Ï áŒÎ»ÎΟαΜΎÏÎżÏ / MĂ©gas AlĂ©xandros) ou Alexandre III de MacĂ©doine ( áŒÎ»ÎΟαΜΎÏÎżÏ Î' ᜠÎαÎșΔΎÏΜ / AlĂ©xandros III ho Makedá»n, áŒÎ»ÎΟαΜΎÏÎżÏ signifiant en grec « protecteur de lâhomme ») nĂ© le 21 juillet -356 Ă Pella, mort le 13 juin -323 Ă Babylone) est un roi de MacĂ©doine et lâun des personnages les plus cĂ©lĂšbres de lâAntiquitĂ©.

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Fils de Philippe II, Ă©lĂšve dâAristote et roi de MacĂ©doine depuis -336, il devient lâun des plus grands conquĂ©rants de lâhistoire. Il fait de son petit royaume le maĂźtre de lâimmense empire perse achĂ©mĂ©nide, sâavance jusquâaux rives de lâIndus et fonde prĂšs de soixante-dix citĂ©s, dont la majoritĂ© porte le nom d`Alexandrie.
La notoriĂ©tĂ© dâAlexandre sâexplique principalement par sa volontĂ© de conquĂȘte de l'ensemble du monde connu. Cette aspiration, Ă la fois illusoire et pourtant presque rĂ©alisĂ©e, avant quâil ne meure subitement Ă lâĂąge de trente-trois ans, a pour consĂ©quence â durant un temps trĂšs court â une unitĂ© politique jamais retrouvĂ©e ensuite entre lâOccident et lâOrient.
LâhĂ©ritage dâAlexandre, marquĂ© par une tentative de fusion des cultures grecque et orientale, est partagĂ© entre ses gĂ©nĂ©raux pour former les diffĂ©rents royaumes et dynasties de la pĂ©riode hellĂ©nistique.
Biographie
Naissance et filiation
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Alexandre est nĂ© Ă Pella, la capitale du royaume de MacĂ©doine, le 20 (?) ou le 21 juillet -356. Il est le fils de Philippe II de MacĂ©doine et dâOlympias, princesse dâĂpire, sa troisiĂšme femme. Par sa mĂšre, il est le neveu dâAlexandre le Molosse, roi dâĂpire, territoire qui se situe de nos jours entre la rĂ©gion grecque dâĂpire et le sud de lâactuelle Albanie. Sa mĂšre donne naissance, en -355 Ă une fille ClĂ©opĂątre.
Une lĂ©gende, connue dĂšs l'AntiquitĂ©, affirme quâOlympias nâa pas conçu Alexandre avec Philippe, qui avait peur dâelle et de son habitude de dormir en compagnie de serpents, mais avec Zeus. Alexandre se sert de ces contes populaires Ă des fins politiques, faisant rĂ©fĂ©rence au dieu plutĂŽt quâĂ Philippe quand il Ă©voque son pĂšre. Une autre lĂ©gende datant du III siĂšcle, dâorigine Ă©gyptienne celle-lĂ et faussement attribuĂ©e Ă CallisthĂšne, le Roman dâAlexandre, veut quâAlexandre soit le fils du dernier pharaon Ă©gyptien de la XXX dynastie, NectanĂ©bo II.
Par son pĂšre Philippe II, Alexandre prĂ©tend descendre de TĂ©mĂ©nos dâArgos, lui-mĂȘme descendant dâHĂ©raclĂšs, fils de Zeus â pour cette raison, la dynastie macĂ©donienne sâappelle dynastie des ArgĂ©ades ou des TĂ©mĂ©nides. Par sa mĂšre, Olympias, de la dynastie des Ăacides, Alexandre affirme descendre de NĂ©optolĂšme, fils dâAchille.
Selon une affirmation du temps, rapportĂ©e entre autres par Plutarque, Alexandre naquit la nuit mĂȘme oĂč Ărostrate incendie le temple d'ArtĂ©mis Ă ĂphĂšse, une des sept merveilles du monde antique. Alexandre utilise plus tard cette coĂŻncidence pour renforcer son aura politique, et propose de financer la restauration du temple, ce qui est cependant refusĂ© par les EphĂ©siens.
Plutarque indique Ă©galement que Philippe et Olympias ont rĂȘvĂ© de la future naissance de leur fils. AprĂšs avoir consultĂ© Aristandre de Telmessos qui dĂ©termina que Olympias Ă©tait enceinte et que lâenfant aurait le caractĂšre dâun lion. Quant Ă son physique, il semblerait qu'il eĂ»t les yeux vairons et, Ă cause d'une blessure de guerre qui lui aurait sectionnĂ© un nerf, la tĂȘte toujours penchĂ©e du cĂŽtĂ© droit.
Enfance et éducation
Alexandre possĂšde, aux yeux des Grecs une double appartenance. Il est aussi un barbare car câest un MacĂ©donien qui possĂšde un tempĂ©rament passionnĂ© et se laisse emporter par des colĂšres dâune terrible violence, hĂ©ritage attribuĂ© Ă sa mĂšre, mais souvent suivies de prompts repentirs. Il est capable dâĂ©lans gĂ©nĂ©reux qui lui allient des fidĂ©litĂ©s sans failles. Ses convictions religieuses sont entachĂ©es de superstitions. Cependant le trait de caractĂšre dominant du personnage est sans aucune contestation sa volontĂ© de fer, qui peut aller jusquâĂ lâobstination et lâentĂȘtement.
ParallĂšlement, Alexandre est profondĂ©ment influencĂ© par la culture grecque. Il est vrai que, situĂ©e dans le nord de la GrĂšce actuelle, la MacĂ©doine est lâune des rĂ©gions pĂ©lagiques antiques. La langue parlĂ©e est alors lâun des nombreux dialectes grecs et, dĂšs lâĂ©poque du roi ArchĂ©laos (fin du -V siĂšcle ), la langue officielle de la cour et de la chancellerie macĂ©donienne devient lâionien-attique. Philippe, qui a sĂ©journĂ© Ă ThĂšbes dans la maison dâĂpaminondas comme otage (entre -369 et -367), le parle pour sa part couramment ainsi que son fils. Ce dernier selon Plutarque ne parle macĂ©donien que sous le coup d'une forte Ă©motion.
AprĂšs avoir Ă©tĂ© Ă©duquĂ© par LĂ©onidas, un parent de sa mĂšre Olympias et Lysimaque d'Acarnanie, Alexandre reçoit pour prĂ©cepteur le philosophe Aristote de -343 Ă -340. Ce dernier est le fils de Nicomaque, mĂ©decin dâAmyntas III, le grand-pĂšre dâAlexandre. Il rĂ©dige une Ă©dition annotĂ©e de l'Iliade pour son Ă©lĂšve. Alexandre lit Ă©galement HĂ©rodote et XĂ©nophon, auteurs quâil sait exploiter plus tard lors de ses conquĂȘtes. Alexandre se rĂ©vĂšle un Ă©tudiant douĂ©. Il connaĂźt par cĆur de nombreuses tragĂ©dies, lâIliade, et possĂšde de nombreuses notions de mĂ©decine, dâhistoire et de mathĂ©matiques.
Plusieurs compagnons dâenfance dâAlexandre, dont PtolĂ©mĂ©e, Philotas, HĂ©phaestion, se retrouvent Ă ses cĂŽtĂ©s lors de la conquĂȘte de lâAsie.
La sĂ©duction du personnage tient sans doute Ă ce mĂ©lange contradictoire : barbare et MacĂ©donien, mystique et rĂ©aliste, violent et gĂ©nĂ©reux, emportĂ© par son imagination et son rĂȘve et guidĂ© par sa luciditĂ©. Sa volontĂ© inflexible se double dâun rĂ©el opportunisme et dâun sens innĂ© de la mise en scĂšne.
Le roi de Macédoine
Un prince associé au pouvoir (-338 / -336)
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Bien que considĂ©rĂ© comme barbare par les AthĂ©niens, le royaume de MacĂ©doine a, sous le rĂšgne de Philippe, Ă©tendu son hĂ©gĂ©monie sur la GrĂšce classique. Il vainc AthĂšnes aux Thermopyles en -352, intervient dans un conflit entre ThĂšbes et les Phocidiens, triomphe dâune coalition dâAthĂšnes et de ThĂšbes Ă la bataille de ChĂ©ronĂ©e, en -338. Alexandre y fait ses preuves en commandant la cavalerie et en taillant en piĂšces le Bataillon sacrĂ© des ThĂ©bains.
Philippe est Ă©galement lâinitiateur de la ligue de Corinthe, rassemblant toutes les citĂ©s grecques, Ă lâexception de Sparte, sous son commandement. La ligue doit porter la guerre contre lâEmpire perse. En -340, en lâabsence de son pĂšre parti assiĂ©ger Byzance, Alexandre, Ă seize ans, devint rĂ©gent de MacĂ©doine.
En -337 cependant, une violente dispute oppose le pĂšre et le fils quand Alexandre prend le parti de sa mĂšre Olympias Ă laquelle Philippe souhaite imposer ClĂ©opĂątre, sĆur ou niĂšce dâun gĂ©nĂ©ral de Philippe, Attale, comme seconde Ă©pouse lĂ©gitime et dont il a bientĂŽt un fils. Alexandre doit se rĂ©fugier dans la famille de sa mĂšre en Ăpire. Cependant la brouille ne dure guĂšre et bientĂŽt pardonnĂ©, Alexandre sauve la vie de son pĂšre lors dâune expĂ©dition contre les Triballes.
LâĂ©limination de tout rival potentiel (Ă©tĂ© -336)
Au cours de lâĂ©tĂ© -336, Philippe est assassinĂ© lors du mariage de sa fille ClĂ©opĂątre avec le roi dâĂpire, Alexandre le Molosse, le frĂšre dâOlympias. Lâassassin est un jeune noble, Pausanias d'Orestis, un ancien officier du roi qui garde une rancune contre Philippe, ce dernier ayant ignorĂ© une requĂȘte quâil lui aurait faite. Les historiens de lâAntiquitĂ© ont parfois cru que le meurtre de Philippe avait Ă©tĂ© une machination impliquant Olympias et peut-ĂȘtre Alexandre mais Diodore de Sicile penche pour un motif personnel du meurtrier. Peu d'historiens contemporains considĂšrent qu'Alexandre est impliquĂ© dans le meurtre de son pĂšre alors que toute la conduite de Philippe montre qu'il entend en faire son successeur.
Une autre hypothĂšse met en cause Darius III, le nouveau roi de Perse. Plutarque mentionne une lettre virulente dâAlexandre Ă Darius, oĂč le MacĂ©donien blĂąme Darius (et Bagoas, son grand vizir dont Darius III se dĂ©barrasse rapidement peu aprĂšs), pour le meurtre de son pĂšre, soutenant que câest Darius qui sâĂ©tait vantĂ© auprĂšs des diffĂ©rentes citĂ©s grecques de la façon dont il avait fait assassiner Philippe.
AprĂšs la mort de Philippe, lâarmĂ©e proclame Alexandre, alors ĂągĂ© de vingt ans, nouveau roi de MacĂ©doine. Les villes grecques comme AthĂšnes et ThĂšbes, qui avaient prĂȘtĂ© allĂ©geance Ă Philippe, ne sont pas si pressĂ©es de faire de mĂȘme vis-Ă -vis du jeune homme. Alexandre ordonne immĂ©diatement lâexĂ©cution de tous ses rivaux potentiels. Ainsi, pour ne pas avoir de concurrent au trĂŽne, il fait assassiner son cousin Amyntas IV, roi de MacĂ©doine vers -360 / -359 que Philippe II avait renversĂ© alors quâil nâĂ©tait quâun enfant. Quant Ă Olympias, profitant dâune absence de son fils parti guerroyer au nord, elle fait tuer le fils de Philippe II et de ClĂ©opĂątre et contraint cette derniĂšre Ă se pendre. Lâoncle de cette derniĂšre, Attale, qui se trouve en campagne en Asie avec ParmĂ©nion, est Ă©galement assassinĂ©. Impossible de savoir si elle agit avec lâassentiment dâAlexandre ou non ; toujours est-il que le nouveau roi de MacĂ©doine nâa plus de rival capable de lui contester le trĂŽne.
La consolidation du pouvoir (fin -336 / printemps -334)
Alexandre nâest pas seulement roi des MacĂ©doniens, mais aussi, comme son pĂšre, archonte Ă vie des Thessaliens et hĂ©gĂ©mon (áŒĄÎłÎ”ÎŒÏΜ, « commandant en chef ») et stratĂšge autoproclamĂ© de la Ligue de Corinthe. De fait, la politique de la Ligue est entiĂšrement dictĂ©e par les MacĂ©doniens Philippe puis Alexandre. Ce dernier entreprend une rapide tournĂ©e diplomatique en GrĂšce afin que le rĂ©seau diplomatique constituĂ© patiemment par son pĂšre ne se dĂ©lite pas. LâallĂ©geance thessalienne est renouvelĂ©e et la ligue de Corinthe (donc les AthĂ©niens) prĂȘte serment au nouvel hĂšgĂ©mĂŽn.
Cependant, avant de reprendre le projet de son pĂšre de porter la guerre en Asie, il assure la sĂ©curitĂ© de son royaume par deux expĂ©ditions au nord de la MacĂ©doine ; lâune jusquâau Danube, lâautre en Illyrie rĂ©voltĂ©e (fin de lâannĂ©e -336 et dĂ©but de lâannĂ©e -335 jusquâen Ă©tĂ©). Suivant Strabon et Arrien, des Ă©missaires celtes â les ancĂȘtres des Scordisques du milieu du -III siĂšcle â rencontrent Alexandre sur le Danube, Ă cette occasion en -335. Lâanecdote suivante est rapportĂ©e :
« Quand Alexandre eut vaincu les GĂštes et rasĂ© leur ville, sur le Danube, il lui vint des ambassades de tous cĂŽtĂ©s et entre autres des Gaulois, qui sont (dit-il) de grands hommes. Alexandre leur demanda alors ce quâils craignaient le plus au monde, en sâattendant Ă ce que ces gens disent quâils ne craignaient rien plus que lui : mais il fut dĂ©trompĂ© car il avait affaire Ă des gens qui ne sâestimaient pas moins que lui ; ils lui dirent que la chose de ce monde quâils craignaient le plus Ă©tait que le ciel ne tombĂąt sur eux, ce qui signifiait quâils ne craignaient rien. »
C'est alors, tandis que le nouveau roi de MacĂ©doine est occupĂ© au nord, que les citĂ©s grecques se rĂ©voltent. C'est le rĂ©sultat de la politique de Darius III Codoman qui, Ă la fois par l'intermĂ©diaire d'un chef mercenaire grec, Memnon de Rhodes, reconquiert les territoires pris par ParmĂ©nion Ă la fin du rĂšgne de Philippe, et tente en mĂȘme temps de susciter une rĂ©volte en GrĂšce sur les arriĂšres macĂ©doniens. Une fausse rumeur de la mort d'Alexandre dĂ©clenche la rebellion de ThĂšbes que promettent d'aider AthĂšnes et Sparte.
La riposte dâAlexandre est foudroyante, impitoyable et paradoxale. Impitoyable, car la ville de ThĂšbes est entiĂšrement rasĂ©e (automne -335) Ă lâexception de la citadelle de la CadmĂ©e, de la maison natale de Pindare et des temples des dieux, sa population rĂ©duite en esclavage et les terres partagĂ©es entre les vainqueurs. Paradoxale, car Alexandre Ă©pargne AthĂšnes, trop heureuse de se soumettre Ă moindre mal. Sans doute faut-il voir dans cette gĂ©nĂ©rositĂ© la volontĂ© de ne pas dĂ©truire le principal centre artistique, philosophique de la GrĂšce, ou bien lâinfluence de son ancien maĂźtre Aristote qui sâinstalle cette mĂȘme annĂ©e -335 Ă AthĂšnes et y fonde le LycĂ©e. Il semble aussi vraisemblable que les talents de nĂ©gociateurs de Phocion et surtout de DĂ©made aient convaincu le roi de ne pas dĂ©truire la ville. Alexandre rĂ©clame qui lui soit livrĂ© DĂ©mosthĂšne, Lycurgue et HypĂ©ride. Cela dit, les accĂšs de fureur chez Alexandre alternent frĂ©quemment avec des gestes de grande gĂ©nĂ©rositĂ©, la destruction de ThĂšbes et le pardon dâAthĂšnes ne sont que les premiers dâune longue liste.
Au final, Alexandre est assez peu prĂ©sent comme souverain dans son royaume. Quand il quitte lâEurope au printemps -334 pour son expĂ©dition en Asie, câest pour ne jamais y revenir.
Le Conquérant

LâarmĂ©e dâAlexandre
Alexandre ne laisse pas la MacĂ©doine totalement dĂ©garnie. Il donne Ă Antipater, nommĂ© rĂ©gent en lâabsence du roi, la moitiĂ© de la cavalerie macĂ©donienne soit environ 1 500 hommes et 12 000 fantassins. Les effectifs au dĂ©part de lâexpĂ©dition dâAsie sont dâenviron 1 800 cavaliers, auxquels sâajoutent un chiffre Ă©quivalent de cavaliers thessaliens et 600 autres recrutĂ©s dans les Ătats grecs de la Ligue de Corinthe.
Les fantassins, sans doute 32 000, qui constituent la fameuse phalange, sont recrutĂ©s dans la classe paysanne macĂ©donienne. Au total un effectif assez faible, 4 400 cavaliers environ et Ă peine plus de 30 000 fantassins. Mais tout au long de lâexpĂ©dition des renforts arrivent de MacĂ©doine et de GrĂšce, sans compter les troupes indigĂšnes qui vont complĂ©ter les effectifs de lâarmĂ©e au fur et Ă mesure quâAlexandre avance en Asie. Dâautre part la faiblesse des effectifs est compensĂ©e par une grande supĂ©rioritĂ© tactique. Les phalanges sont allĂ©gĂ©es et leurs sarisses (longues piques dont la base peut ĂȘtre fichĂ©e dans le sol et capables de briser les charges de cavalerie) allongĂ©es augmentant ainsi leur vitesse de charge, de sorte qu'avec des formations trĂšs serrĂ©es, les masses et les Ă©nergie cinĂ©tiques des hoplites se cumulent rendant le choc lors du contact tel quâil peut renverser plusieurs rangs dâinfanterie adverse. La cavalerie lourde compense le manque de maniabilitĂ© des phalanges en protĂ©geant ses flancs trĂšs vulnĂ©rables et en attaquant ceux de lâennemi pour dĂ©sorganiser les formations ennemies et les rendre vulnĂ©rables Ă lâimpact des phalanges.
La bataille du Granique (mai -334)
Le jeune roi de MacĂ©doine part de sa capitale Pella et, en vingt jours, atteint Sestos en ChersonĂšse de Thrace. Tandis que ParmĂ©nion est chargĂ© par le roi de transporter lâarmĂ©e Ă Abydos, tĂȘte de pont crĂ©e par Philippe II sur lâHellespont, Alexandre se dirige vers ĂlĂ©onte oĂč il rend sacrifice au premier hĂ©ros tombĂ© lors de la guerre de Troie, ProtĂ©silas. Ce geste est le premier dâune longue liste qui illustre la volontĂ© du roi de frapper les imaginations en se faisant passer pour le nouvel Achille, sans quâil soit dâailleurs possible de savoir sâil est sincĂšrement pĂ©nĂ©trĂ© de la fiertĂ© dâappartenir Ă la race du hĂ©ros ou sâil sâagit dâune simple gestuelle théùtrale Ă destination de ses soldats et des peuples dâAsie Mineure et de GrĂšce.
Câest ainsi quâil dĂ©barque en Asie prĂšs de lâemplacement supposĂ© de Troie, dresse des autels dans le temple dâAthĂ©na Ă Ilion, puis va mettre une couronne sur le tombeau dâAchille, tandis que HĂ©phaestion fait de mĂȘme sur celui de Patrocle (Ălien explique dans son Histoire variĂ©e (XII, 7) quâil « laissait ainsi entendre quâil Ă©tait le mignon dâAlexandre, comme Patrocle avait Ă©tĂ© celui dâAchille ». Son livre est une collection des anecdotes, Ă©crit plus de cinq siĂšcles aprĂšs la mort d'Alexandre et il est pourtant le seul historien connu Ă Ă©voquer une telle relation, qui serait donc probablement fausse. Hephaestion passe chez les autres historiens comme « l'ami le plus cher d'Alexandre »). Ce nâest quâaprĂšs, quâAlexandre rejoint son armĂ©e Ă ArisbĂ© en quatre jours, en contournant par le nord le massif du Pityos.
Le principal chef mercenaire grec de Darius III, Memnon de Rhodes, est partisan de la politique de la terre brĂ»lĂ©e face aux MacĂ©doniens, dont il estime, Ă juste titre, la valeur. Il propose que lâarmĂ©e entraĂźne vers lâintĂ©rieur du pays, sans combattre, les troupes dâAlexandre tandis que la flotte perse porte la guerre jusquâen MacĂ©doine. Memnon pouvait lĂ©gitimement espĂ©rer une rĂ©volte des citĂ©s grecques, sâappuyant sur lâor de Darius et sur le lĂ©gitime ressentiment contre Alexandre Ă la suite du saccage de ThĂšbes. Mais les satrapes perses se mĂ©fient des conseils dâun Ă©tranger et ne tiennent aucunement compte de son avis. ArsitĂšs, le satrape de Phrygie, dĂ©clare quâil ne laissera pas brĂ»ler une seule maison de sa satrapie.
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La prise de Milet (mai / juillet -334)
La victoire dâAlexandre a une consĂ©quence importante : jusquâĂ la bataille d'Issos, il nâa que de simples garnisons laissĂ©es dans les villes pour sâopposer Ă lui. Dans la foulĂ©e du Granique, Sardes, la capitale de Phrygie, se rend sans rĂ©sistance, tandis que ParmĂ©nion sâempare de Dascylion. La ville dâĂphĂšse, en proie Ă des luttes de factions, oĂč Memnon sâest rĂ©fugiĂ© aprĂšs la bataille, voit le parti dĂ©mocratique favorable Ă Alexandre lâemporter. Celui-ci sâattire habilement la sympathie des habitants de la ville en confiant au temple dâArtĂ©mis le tribut que la ville payait jusquâalors Ă Darius et en rappelant les bannis.
Les adversaires dâAlexandre se sont rĂ©fugiĂ©s Ă Milet, oĂč Memnon, qui vient de quitter ĂphĂšse, reprend les choses en main aprĂšs les vellĂ©itĂ©s de trahison de la cause perse par HĂ©gĂ©sistrate, le chef des mercenaires grecs au service de Darius. Cependant la ville est rapidement prise en juillet -334 par Alexandre, aprĂšs quâil eut interdit Ă la flotte perse de mouiller sur la cĂŽte en prenant le cap Mycale.
Le siĂšge dâHalicarnasse (Ă©tĂ© / automne -334)
Cependant Memnon sâest rĂ©fugiĂ© Ă Halicarnasse dont le roi Pixodaros, le frĂšre du cĂ©lĂšbre Mausole, sâest rangĂ© du cĂŽtĂ© des Perses. Memnon est assistĂ© du satrape OrontabĂšs et du ThĂ©bain Ephialte, qui a jurĂ© la mort du macĂ©donien depuis la destruction de sa ville dâorigine.
Alexandre joue sur les rivalitĂ©s internes Ă la citĂ© et fait de Ada, la sĆur de Pixodaros, que celui-ci avait renversĂ©, le satrape de Carie. Celle-ci adopte alors Alexandre comme son fils et en fait son hĂ©ritier. La plupart des satrapies orientales seront organisĂ©es selon ce modĂšle. Les pouvoirs civils sont donnĂ©s Ă un Perse ou un Asiatique et les pouvoirs militaires Ă un MacĂ©donien.
Reste cependant Ă sâemparer de la ville qui comporte deux citadelles dont lâune sur une Ăźle. Alexandre aprĂšs la prise de Milet vient de commettre lâerreur de licencier sa flotte. Aussi ne peut-il sâemparer que de la ville basse tandis que les deux acropoles restent aux mains des mercenaires grecs de Darius. Aussi Alexandre poursuit-il sa route en laissant sous le commandement de PtolĂ©mĂ©e une troupe de 3 000 fantassins et 200 cavaliers poursuivre le siĂšge.
Alexandre sâempare de la Pamphylie et de la Pisidie (hiver -334 / printemps -333)
Alexandre se dirige alors vers la Lycie et sâen empare sans grande rĂ©sistance. Puis, Ă la fin de lâannĂ©e -334 et au dĂ©but de -333, il pĂ©nĂštre en Pamphylie puis en Pisidie. Ces rĂ©gions nâappartiennent que trĂšs nominalement Ă lâempire achĂ©mĂ©nide. Le plus souvent ces villes sont autonomes et rivales entre elles. De ces rivalitĂ©s, Alexandre va jouer et reçoit la soumission dâAspendos (Ă lâest de la ville actuelle dâAntalya), de SidĂ© (aujourdâhui Side ou Selimiye Ă environ 60 kilomĂštres Ă lâest dâAntalya). Puis il remonte vers la Phrygie et combat les habitants de la ville de Termessos (34 km au nord-ouest dâAntalya) sans rĂ©ussir Ă prendre la ville, traite avec bienveillance leurs ennemis de la citĂ© de Selge, sâempare de Sagalassos et parvient enfin Ă Gordion (village actuel de YassihöyĂŒk). Il y trouve des renforts venus Ă la fois de MacĂ©doine et de GrĂšce ainsi que ParmĂ©nion qui venait en partie dâhiverner Ă Sardes. Le gouvernement de la Pamphilie et de la Pisidie est confiĂ© Ă NĂ©arque.
La contre-offensive de Memnon de Rhodes (hiver -334 / -333)
La premiĂšre partie de la campagne dâAlexandre est terminĂ©e. La situation est indĂ©cise car certes le roi de MacĂ©doine vient de remporter de glorieux succĂšs mais il doit faire face Ă plusieurs incertitudes. Pour certains membres de son entourage, dont ParmĂ©nion est semble-t-il le reprĂ©sentant, lâobjectif de Philippe II, thĂ©orisĂ© par Isocrate Ă savoir la conquĂȘte de lâAsie jusquâaux rives de lâHalys, est atteint. Un vaste territoire est conquis par la MacĂ©doine et ouvert Ă la colonisation et lâinfluence hellĂ©nique. Mais Isocrate, dans les projets quâil avait prĂ©sentĂ© Ă Philippe envisageait une seconde solution : lâanĂ©antissement de lâempire perse.
Câest cet objectif que souhaite atteindre Alexandre. Cela explique dâailleurs pourquoi, bien quâil proclame sa volontĂ© dâagir en qualitĂ© de chef des HellĂšnes, il sâappuie avant tout, du moins au dĂ©part, sur les MacĂ©doniens considĂ©rĂ©s comme plus fiables et attachĂ©s Ă sa personne par la fidĂ©litĂ© dynastique. Câest pourquoi il ne reste quâassez peu de temps Ă Gordion, oĂč lâĂ©pisode du nĆud gordien, sâil est authentique, lui promet lâempire dâAsie (Alexandre se voit prĂ©senter le nĆud gordien : il est dit que la personne qui arrivera Ă dĂ©nouer ce nĆud acquerra lâempire de lâAsie. Alexandre, dâun coup de son Ă©pĂ©e, tranche le fameux nĆud), et cela alors que la situation nâest pas totalement sans risque sur ses arriĂšres.
En effet lors de lâhiver -334 Darius donne le commandement de sa flotte Ă Memnon de Rhodes. Celui-ci envisage de porter la guerre en MacĂ©doine en dĂ©barquant en GrĂšce (on parle de lâEubĂ©e) et en organisant une rĂ©volte gĂ©nĂ©rale. Le sentiment anti-macĂ©donien demeure vivace dans de nombreuses citĂ©s. LâidĂ©e dâune guerre de revanche contre les Perses, par rapport aux guerres mĂ©diques, idĂ©e dĂ©veloppĂ©e par Alexandre et ses partisans en GrĂšce ne rend pas acceptable Ă leurs adversaires lâhĂ©gĂ©monie macĂ©donienne. Nâoublions pas que des soldats grecs combattent dans les deux camps. Memnon reprend Chios, qui lui est livrĂ©e par le parti oligarchique (cette tendance politique sera globalement toujours hostile Ă Alexandre dans les citĂ©s grecques contrairement au parti dĂ©mocratique) puis il rĂ©tablit le tyran Aristonicos Ă MĂ©thymne et met le siĂšge devant MytilĂšne. Câest alors que Memnon meurt (fin de lâĂ©tĂ© -333) et que son plan est abandonnĂ© par Darius III. Le souverain perse dĂ©cide de prendre lui-mĂȘme la tĂȘte de son armĂ©e contre Alexandre. AutophradatĂšs et Pharnabaze remplacent Memnon Ă la tĂȘte de lâarmĂ©e et de la flotte. Pharnabaze reprend Milet et Halicarnasse mais doit se sĂ©parer de ses mercenaires grecs qui vont rejoindre, sans doute par mer, lâarmĂ©e que Darius rassemble.
Alexandre estime cependant, Ă juste titre, avoir fait une erreur en licenciant sa flotte. Câest pourquoi il charge deux officiers, HĂ©gĂ©lochos et AmphotĂ©ros (le frĂšre de CratĂšre) dâen reconstituer une. Il sâen faut de peu quâun conflit Ă©clate avec AthĂšnes dont les vaisseaux venus du Pont-Euxin sont interceptĂ©s par HĂ©gĂ©lochos. Celui-ci doit faire face Ă une menace dâintervention de la flotte dâAthĂšnes et relĂąche les vaisseaux. Cet Ă©pisode illustre la nĂ©cessitĂ© pour Alexandre dâune victoire en Asie pour empĂȘcher toute tentative de rĂ©volte en GrĂšce. Câest pourquoi, quant au dĂ©but de lâĂ©tĂ© -333 il apprend que Darius III marche sur la Cilicie, Alexandre quitte Gordion.
DâIssos Ă ArbĂšles
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En quittant Gordion, Alexandre se rend dans un premier temps Ă Ancyre et reçoit la soumission de la Paphlagonie puis celle de la Cappadoce jusquâĂ lâHalys. Il pousse ensuite vers le sud, pĂ©nĂštre en Cilicie par le passage gardĂ© par le satrape ArsamĂšs des Portes ciliciennes. Il fait Ă©tape Ă Tarse et y tombe malade plusieurs semaines (sans doute des suites dâune hydrocution aprĂšs une baignade dans le fleuve Kydnos). Cependant ParmĂ©nion, vĂ©ritable second du roi lors du dĂ©but de lâexpĂ©dition, occupe les passes qui permettent le passage de la Cilicie Ă la plaine dâIssos (col de Karanluk-Kapu) puis celles qui au-delĂ contrĂŽlent le passage vers la Syrie (passes de MerkĂšs et de BaĂŻlan). Alexandre, une fois sur pied, soumet, en sept jours selon Arrien, les populations montagnardes de Cilicie et sâempare de Soles oĂč il rĂ©tablit, en thĂ©orie du moins, la dĂ©mocratie. Il apprend Ă ce moment la pacification de ses arriĂšres avec les victoires de PtolĂ©mĂ©e en Carie sur le satrape OrontobatĂšs et la chute dâHalicarnasse, de Myndos et la soumission de Cos. Mais, peu de temps aprĂšs (-333), le satrape Pharnabaze, Ă la tĂȘte de la flotte perse soumet TĂ©nĂ©dos et SigĂ©e et sâentend avec le roi de Sparte, Agis III, qui tente de soulever la GrĂšce en lui donnant de lâargent et quelques navires. La situation reste donc dĂ©licate dâautant que lâarrivĂ©e imminente de Darius III se prĂ©cise.
Le souverain achĂ©mĂ©nide sâest installĂ© dans la plaine dâIssos, abandonnant curieusement la position plus favorable Ă sa cavalerie de Soches, peut-ĂȘtre dans la volontĂ© de couper Alexandre de ses arriĂšres et de le contraindre Ă la bataille. Alexandre est en Syrie mais il fait demi-tour, ayant besoin pour les raisons invoquĂ©es plus haut dâune victoire. Il reprend le chemin des passes syriennes dĂ©jĂ empruntĂ©, sâaventure lentement dans la plaine dâIssos et y organise sa ligne de bataille devant lâarmĂ©e perse.
La conquĂȘte de la PhĂ©nicie (hiver -333)
La dĂ©route des Perses aprĂšs la dĂ©faite dâIssos (1 novembre -333) est totale. Darius avec quelques milliers dâhommes Ă peine sâenfuit vers Thapsaque (ville de Syrie sur lâEuphrate) tandis que dâautres fuyards sont dispersĂ©s par les divers officiers dâAlexandre. De nombreux fugitifs se rĂ©fugient en PhĂ©nicie puis de lĂ gagnent lâĂgypte ou Chypre. Le rĂ©sultat le plus net de la victoire câest, paradoxalement, la soumission totale du monde grec qui ne songe plus Ă apporter son soutien aux Perses, comme venait de le tenter le roi de Sparte, Agis III en rencontrant des satrapes perses et en tentant de soulever la CrĂšte. DĂ©mosthĂšne, Ă AthĂšnes, avait prĂ©dit (et espĂ©rĂ© ?) la dĂ©faite du roi de MacĂ©doine. La victoire dâIssos fait cesser, provisoirement en tout cas, les vellĂ©itĂ©s dâindĂ©pendance des citĂ©s grecques.
Pourtant paradoxalement la situation d'Alexandre reste pĂ©rilleuse. Un des meilleurs officiers perses, NabarzanĂšs s'est retirĂ© avec d'importantes forces de cavalerie en Cappadoce et Paphlagonie et recrute d'importantes forces (fin -333/dĂ©but -332). Il y a donc un risque rĂ©el sur les arriĂšres d'Alexandre et ses lignes d'approvisionnement en Asie mineure. De plus il apparait clairement que Darius lĂšve une nouvelle armĂ©e. Enfin la flotte perse reprĂ©sente un grand danger en mer ĂgĂ©e. La maĂźtrise de la cĂŽte phĂ©nicienne, pouvant lui servir de base arriĂšre, est donc indispensable. Câest pourquoi, dĂ©laissant la poursuite de Darius III, Alexandre prend la route du sud vers Arados (au nord de la PhĂ©nicie) tandis que ParmĂ©nion est envoyĂ© sur Damas oĂč il sâempare des bagages de Darius. Dans le mĂȘme temps Alexandre nomme un de ses officiers les plus Ă©nergiques, Antigone, au commandement de toutes les forces macĂ©doniennes prĂ©sentes en Asie mineure. Celui-ci rĂ©ussit, avec l'aide de NĂ©arque, Ă briser la contre-offensive perse en Asie mineure au printemps de -332.
La pĂ©riode de lâempire achĂ©mĂ©nide pour les PhĂ©niciens avait Ă©tĂ© une pĂ©riode prospĂšre car, en leur laissant une vĂ©ritable autonomie, les rois perses avaient permis aux citĂ©s phĂ©niciennes de reprendre en partie la maĂźtrise de nombreuses routes commerciales face Ă leurs adversaires traditionnels : les Grecs. Les PhĂ©niciens constituaient une grande part des marins de la flotte perse Ă la bataille de Salamine par exemple. Mais divisĂ©es entre elles, ces citĂ©s nâadoptent pas une attitude commune face Ă lâarrivĂ©e des MacĂ©doniens. Le roi dâArastos, GĂ©rostrate, estime quâil nâa pas les moyens de rĂ©sister et surtout que sa citĂ©, plus riche de son commerce terrestre (avec la Perse et la MĂ©die surtout) que de son commerce maritime, nâa aucun intĂ©rĂȘt Ă un siĂšge destructeur. La ville se rend ainsi que les citĂ©s de Marathos, SigĂŽn et Byblos. Quant Ă Sidon, elle se soumet dâautant plus facilement que ses habitants nâont pas oubliĂ© les reprĂ©sailles dâArtaxerxĂšs II lorsque la ville avait participĂ© Ă la rĂ©volte des satrapes sous le rĂšgne de ce prince.
Le siÚge de Tyr (janvier / août -332)
Ă la fin de lâannĂ©e -333, alors quâAlexandre est Ă Sidon, des nĂ©gociations sâengagent avec le roi de Tyr, Azemilcos, lequel souhaite rester neutre dans le conflit. Refus dâAlexandre qui par contre dĂ©sire offrir un sacrifice dans le temple de Melqart Ă Tyr. Refus des Tyriens qui dĂ©cĂšlent le piĂšge. Faire entrer Alexandre en vainqueur dans le temple câest lui donner pouvoir sur la citĂ©. Quant Ă Alexandre, il ne lui sert Ă rien de tenir la cĂŽte phĂ©nicienne si la ville de Tyr, avec ses deux ports, reste en dehors de son contrĂŽle. Câest pourquoi commence en janvier -332 le long siĂšge de Tyr (jusquâen aoĂ»t -332). La ville neuve est sur une Ăźle (voir Ancharadus) quâAlexandre compte atteindre en construisant une digue, avec les dĂ©bris de la vieille ville (la ville continentale), dâenviron 60 m de long. Mais les difficultĂ©s sâaccroissent quand la digue atteint des eaux plus profondes, dâautant que les Tyriens effectuent des raids meurtriers avec leurs navires.
Alexandre cependant a un atout. En tenant les autres citĂ©s phĂ©niciennes, il disperse la flotte perse (dĂ©but -332) dont les Ă©quipages phĂ©niciens rentrent progressivement dans leurs ports dâattache. Les rois de Sidon, dâAratos, de Chypre offrent ces navires Ă Alexandre qui ainsi peut constituer une flotte suffisante pour le siĂšge de la ville (sans doute une centaine de navires). AprĂšs un raid dâune dizaine de jours pour soumettre les populations des montagnes du Liban actuel, il constate que sa nouvelle flotte est prĂȘte et apprend lâarrivĂ©e de ClĂ©andre avec un corps de 4 000 mercenaires, pour la plupart issus du PĂ©loponnĂšse.
AttaquĂ©e par terre, isolĂ©e par mer, la vieille citĂ© rĂ©siste jusquâen aoĂ»t -332.
La flotte de Tyr est dĂ©truite par les navires dâAlexandre lors dâune contre-attaque dĂ©sespĂ©rĂ©e. Les habitants se dĂ©fendent au moyen dâengins balistiques, de plongeurs et de navires brĂ»lots. Une fois les tours de siĂšge et les bĂ©liers approchĂ©es des murs, Alexandre mĂšne lui-mĂȘme lâassaut (selon lâhistorien Diodore de Sicile). La prise de la ville donne lieu Ă des actes dâune grande violence tant les habitants se dĂ©fendent avec acharnement. Les Tyriens utilisent des tridents, ressemblant Ă des sortes dâhameçons, pour arracher les boucliers des MacĂ©doniens, et dĂ©versent du sable brĂ»lant sur les attaquants. Ces derniers nâont pas oubliĂ© les scĂšnes de prisonniers de lâarmĂ©e dâAlexandre prĂ©cipitĂ©s du haut des murailles. Sans doute 7 000 Ă 8 000 habitants de la ville sont tuĂ©s (selon Diodore de Sicile), et 20 000 au moins sont vendus comme esclaves (une partie de la population dont beaucoup de femmes et dâenfants sâest enfuie vers Carthage). Seul le temple est Ă©pargnĂ© dans la ville. La digue Ă©rigĂ©e par Alexandre existe encore en partie de nos jours ; elle servit notamment aux croisĂ©s lorsquâils assiĂ©gĂšrent Tyr. Ce succĂšs permet Ă Alexandre de terminer sa mainmise sur lâensemble de la PhĂ©nicie.
Quels objectifs ?
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Alexandre aprĂšs la prise de Tyr prend le chemin de lâĂgypte non sans avoir repoussĂ© Ă deux reprises, malgrĂ© lâavis favorable de ParmĂ©nion, des propositions de paix plus quâavantageuses de Darius III. Darius propose qu'Alexandre Ă©pouse sa fille Stateira et lui donne en dot toute la rĂ©gion entre l'Europe et le fleuve Halys en Asie mineure. Ce que semble dĂ©sirer Alexandre ce nâest pas un empire grĂ©co-macĂ©donien dĂ©bordant largement sur lâAsie, idĂ©e dĂ©jĂ dĂ©fendue par Isocrate le rhĂ©teur athĂ©nien, mais lâAsie tout entiĂšre, du moins la connaissance quâen possĂšdent les Grecs. Le refus d'Alexandre s'explique aussi par le caractĂšre fictif des concessions territoriales de Darius. Celles-ci ne constituent que la dot de Stateira ce qui signifie qu'en aucun cas Darius ne renonce Ă sa souverainetĂ© sur les rĂ©gions considĂ©rĂ©es. C'est ce piĂšge que veut Ă©viter Alexandre qui exige d'ĂȘtre regardĂ© comme le souverain (kurios) plein et entier des territoires dĂ©jĂ conquis. Il ne fait d'ailleurs qu'appliquer le droit grec de la guerre, ainsi dĂ©fini par XĂ©nophon :
« C'est une loi universelle et éternelle que, dans une ville prise sur des ennemis en état de guerre, tout, et les personnes et les biens, appartient au vainqueur. »
Il semble donc que l'objectif premier d'Alexandre soit de remplacer la souverainetĂ© achĂ©mĂ©nide par la souverainetĂ© macĂ©donienne et qu'il considĂšre que toutes ses conquĂȘtes le sont Ă titre dĂ©finitif. La nomination de satrapes, dĂšs la victoire du Granique, va dans ce sens. AprĂšs la prise de Tyr il affirme avec force qu'il ne va pas se contenter de la conquĂȘte de la Lydie et la Cilicie, ce qui Ă©tait grosso-modo l'objectif d'Isocrate. Les historiens de l'AntiquitĂ© sont tous convaincus que son objectif est bien la conquĂȘte de l'ensemble du territoire achĂ©mĂ©nide. Certes il faut se montrer prudent avec les diverses sources. S'agit-il chez Arrien et Quinte-Curce du rapport fidĂšle des ambitions territoriales d'Alexandre ou d'un discours historiographique construit aprĂšs coup afin de donner l'impression chez le conquĂ©rant d'une vision Ă long terme et non d'une conquĂȘte improvisĂ©e au grĂ© des victoires et des Ă©vĂšnements. La rĂ©ponse Ă cette question est problĂ©matique mais il semble difficile de croire qu'Ă la suite d'un Ă©ventuel accord entre Darius et Alexandre ce dernier ait acceptĂ© de faire de l'Euphrate sa frontiĂšre orientale. Le fait que tout au long de la pĂ©riode Alexandre revendique, systĂ©matiquement, les territoires qui Ă un moment ou Ă un autre Ă©taient achĂ©mĂ©nides illustre bien qu'il y a chez lui une volontĂ© et un projet politique fort et cohĂ©rent.
Le pharaon (automne -332 / printemps -331)
Sur la route de lâĂgypte il rencontre une forte rĂ©sistance Ă Gaza, sous la conduite de lâeunuque Batis, et prend la ville (fin -332) dont la garnison est massacrĂ©e et la population vendue en esclavage. Alexandre est blessĂ© Ă deux reprises lors de ce siĂšge. En sept jours depuis Gaza il atteint alors PĂ©luse en Ăgypte. Quand Alexandre entre en Ăgypte en dĂ©cembre -332, il semble ĂȘtre accueilli en libĂ©rateur. Il est fort possible que ce soit les Ăgyptiens eux-mĂȘmes qui aient demandĂ© son aide, pour les affranchir de la domination perse qui sâexerce difficilement car les Ăgyptiens se sont rĂ©voltĂ©s de nombreuses fois sur le pays depuis deux siĂšcles. Toujours est-il quâil ne rencontre que peu de rĂ©sistance et quâil Ă©tend rapidement son royaume jusquâĂ la premiĂšre cataracte du Nil.
Alexandre se fait proclamer pharaon Ă Memphis en -331. Il sacrifie au taureau Apis â gage de respect des traditions Ă©gyptiennes â et honore les autres dieux. Il se dirige ensuite vers la cĂŽte mĂ©diterranĂ©enne oĂč il choisit lâemplacement de la future Alexandrie qui nâest achevĂ©e que sous PtolĂ©mĂ©e I ou PtolĂ©mĂ©e II. La lĂ©gende veut quâAlexandre ait choisi lui-mĂȘme les plans de la nouvelle citĂ©. Il se rend ensuite dans lâoasis de Siwa oĂč il rencontre lâoracle dâAmmon-Zeus qui le confirme comme descendant direct du dieu Amon. Cette salutation, conforme Ă lâĂ©tiquette Ă©gyptienne, est trĂšs largement exploitĂ©e par la propagande du ConquĂ©rant. Cette anecdote est rapportĂ©e ainsi par Plutarque :
« Quelques-uns affirment que le prophĂšte, voulant le saluer en grec dâun terme dâaffection, lâavait appelĂ© "mon fils" (ÏαÎčÎŽÎŻÎżÎœ / paĂŻdion), mais que, dans sa prononciation barbare, il achoppa sur la derniĂšre lettre et dit, en substituant au nu (Μ) un sigma (Ï) : "fils de Zeus" (ÏαÎčÏ ÎÎčÏÏ / paĂŻs dios) ; ils ajoutent quâAlexandre goĂ»ta fort ce lapsus et que le bruit se rĂ©pandit quâil avait Ă©tĂ© appelĂ© "fils de Zeus" par le dieu »
â (Plutarque, Vies parallĂšles, 46-120)
De retour Ă Memphis, il se fait officiellement couronner dans le temple de Ptah et rĂ©organise le pays avant de repartir Ă la conquĂȘte du Moyen-Orient.
Câest durant son sĂ©jour Ă©gyptien quâil apprend la dĂ©route dĂ©finitive de ce qui reste de la flotte perse et la capture de ses derniers adversaires en mer ĂgĂ©e dont le satrape Pharnabaze. Fait prisonnier, celui-ci parvient Ă sâĂ©chapper mais lâun des amiraux dâAlexandre, HĂ©gĂ©lochos, apporte Ă son maĂźtre de nombreux prisonniers qui sont exilĂ©s dans la ville Ă©gyptienne dâĂlĂ©phantine. Cela laisse toute latitude Ă Antipater, le rĂ©gent de MacĂ©doine pour sâoccuper du toujours remuant roi de Sparte, Agis III. La situation en Europe inquiĂšte Alexandre tout au long de l'annĂ©e -331 mĂȘme aprĂšs l'Ă©crasement de la Perse Ă GaugamĂšles. Il multiplie d'ailleurs les faveurs aux citĂ©s grecques pour les inciter Ă rester loyales. Il n'est pas impossible que l'incendie de PersĂ©polis, capitale religieuse des AchĂ©mĂ©nides, ait pour objectif de prouver Ă la GrĂšce que l'objectif de la Ligue de Corinthe est atteint et, ainsi, d'Ă©viter des troubles en Europe.
Alexandre quitte ensuite lâĂgypte au printemps -331 pour nây jamais revenir vivant.
Vers la bataille dĂ©cisive avec Darius III (printemps / Ă©tĂ© -331 â octobre -331)
Lors dâun nouveau passage Ă Tyr, il reçoit une dĂ©lĂ©gation dâAthĂšnes qui obtient du roi la libĂ©ration des mercenaires athĂ©niens qui avaient combattu Ă la bataille du Granique dans les rangs de lâarmĂ©e perse. Puis Ă la fin du printemps/dĂ©but de lâĂ©tĂ© -331 lâarmĂ©e macĂ©donienne se met en marche vers lâEuphrate qui est traversĂ© fin juillet Ă Thapsaque sur un pont de bateaux. Le satrape Mazaios sâest repliĂ© Ă lâarrivĂ©e de son adversaire. Les prodromoi dâAlexandre repĂšrent lâarmĂ©e de Darius plus au nord, aussi le roi de MacĂ©doine au lieu de marcher sur Babylone selon son plan initial remonte vers le nord, vers Nisibe, et franchit le Tigre vers le 20 septembre -331 (aux environs de DjĂ©sireh, dans lâIrak actuel) contournant son adversaire par le nord. Alexandre reprend alors la direction du sud avec le Tigre sur sa droite. Au bout de quatre jours de marche il apprend que lâarmĂ©e perse, bien supĂ©rieure en nombre, lâattend Ă GaugamĂšles, non loin dâArbĂšles / AdiabĂšne (actuelle ville dâErbil dans le Kurdistan irakien).
Ă la poursuite de Darius III
LâentrĂ©e dans Babylone et Suse (novembre / dĂ©cembre -331)
Le succĂšs du combat lui ouvre la route de Babylone, qui se rend suite Ă des nĂ©gociations. Nous connaissons mieux de nos jours les trois semaines entre la bataille et son entrĂ©e dans la ville (fin octobre -331) grĂące Ă une tablette babylonienne qui, bien que dĂ©tĂ©riorĂ©e, fait une nette allusion Ă la bataille de GaugamĂšles et Ă sa chronologie prĂ©cise. Lâauteur anonyme y parle de la fuite de Darius « vers le pays de Guti » ce qui dĂ©signe la MĂ©die. La suite de ce texte indique que les autoritĂ©s de Babylone nĂ©gocient avec le vainqueur et que celui-ci habilement garantit le maintien des traditions religieuses et la prĂ©servation des sanctuaires. Il donne lâordre de rebĂątir le sanctuaire de Bel Mardouk qui tombait en ruine. Le vainqueur de Darius maintient dâailleurs la plupart des dignitaires Ă leur poste (souvent sous le contrĂŽle dâun officier macĂ©donien). Câest le cas de Maziaos, un noble perse, qui sur ordre de Darius sâest repliĂ© sur Babylone dont il devient alors le satrape, poste auquel il est confirmĂ© par Alexandre. Celui-ci sâĂ©vite ainsi un siĂšge long qui pouvait permettre Ă son ennemi de se ressaisir et inaugure sa politique de ralliement Ă sa personne de lâaristocratie achĂ©mĂ©nide.
Il entre en vainqueur dans la capitale de lâEmpire perse et y demeure prĂšs dâun mois. Tandis que Darius, en fuite, tente de rĂ©unir une nouvelle armĂ©e royale dans les hautes satrapies, Alexandre prend la direction de Suse, laquelle se rend Ă son tour. Il avait cependant dĂ©pĂȘchĂ© PolyxĂ©nos Ă Suse afin de sâassurer du trĂ©sor important (sans doute prĂšs de 50 000 talents dâargent) qui sây trouvait. Une partie importante de cet argent (sans doute 30 000 talents) est envoyĂ© Ă Antipater afin quâil lâutilise dans sa lutte contre Sparte.
Les difficultĂ©s dâAntipater (-331)
LâannĂ©e -331 est une annĂ©e difficile pour Antipater, outre ses relations exĂ©crables avec Olympias, Ă qui Alexandre a confiĂ© le gouvernement de la MacĂ©doine et de la GrĂšce en son absence. Apparemment la dispersion de la flotte perse, suite Ă la prise de Tyr, nâattise plus les vellĂ©itĂ©s de rĂ©volte des Grecs sauf Ă Sparte oĂč le roi Agis III sâassure le concours des pirates crĂ©tois puis de lâensemble des peuples du PĂ©loponnĂšse (ĂlĂ©ens, Arcadiens et la quasi-totalitĂ© de lâAchaĂŻe Ă lâexception de PellĂšnĂš). MĂ©galopolis et MessĂšne sont les seules citĂ©s importantes Ă refuser dâentrer dans la coalition anti-macĂ©donienne. Dans un premier temps Agis est vainqueur dâun corps expĂ©ditionnaire macĂ©donien dirigĂ© par Korragos et assiĂšge MĂ©galopolis. Le reste de la GrĂšce cependant ne bouge pas et mĂȘme DĂ©mosthĂšne Ă AthĂšnes conseille de nâen rien faire. Il est vrai que les gestes habiles dâAlexandre, comme de renvoyer de Suse vers AthĂšnes la statue dâAristogiton et dâHarmodios ou la libĂ©ration des prisonniers athĂ©niens de la bataille du Granique, lui concilient provisoirement une partie des habitants de la citĂ© attique.
En Thrace, Memnon, un stratĂšge macĂ©donien envoyĂ© pour contenir une rĂ©volte, prend le parti des populations insurgĂ©es. Enfin, la reine Olympias provoque des difficultĂ©s quand, Ă la mort de son frĂšre Alexandre, le roi dâĂpire, tuĂ© dans une expĂ©dition en Italie, elle avance des prĂ©tentions au trĂŽne de ce pays. Elle en assure finalement la rĂ©gence pour lâun de ses petits-enfants, fils du roi prĂ©cĂ©dent et de sa fille ClĂ©opĂątre la sĆur d'Alexandre. Antipater rĂ©agit, suivant les ordres d'Alexandre, en traitant avec Memnon pour le neutraliser et en en dirigeant la quasi-totalitĂ© de ses forces, sans doute 35 000 Ă 40 000 hommes vers le PĂ©loponnĂšse. Agis ne dispose quant Ă lui que de 20 000 hommes environ et 2 000 cavaliers. Il est battu et tuĂ© sous les murs de MĂ©galopolis Ă lâautomne -331. Sparte est contrainte Ă dissoudre la Ligue du PĂ©loponnĂšse et Ă entrer dans la Ligue de Corinthe. La nouvelle de la victoire de GaugamĂšles en Asie aprĂšs la victoire d'Antipater sur Sparte assurent avec plus de force la souverainetĂ© macĂ©donienne en GrĂšce.
La campagne en Perse et lâincendie de PersĂ©polis (janvier / mai -330)
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La campagne se poursuit en direction de la Perse proprement dite. Alexandre emprunte la route, que suivait la cour du Grand Roi lors de ses pĂ©rĂ©grinations entre les diverses capitales de lâempire, qui passe Ă travers le pays des Ouxiens (sud-ouest de lâIran actuel). Il soumet, par une campagne foudroyante dont il a lâhabitude, les montagnards de ces rĂ©gions qui sâengagent Ă payer un tribut en chevaux et bĂȘtes de somme dont a besoin lâarmĂ©e. AprĂšs avoir Ă©tĂ© un temps arrĂȘtĂ© par la rĂ©sistance du satrape Ariobarzane aux Portes persiques, il franchit lâAraxe sur un pont quâil fait construire et parvient dans la ville la plus symbolique du pouvoir perse, PersĂ©polis.
La ville est livrĂ©e au pillage, puis quelque temps aprĂšs, les palais de la terrasse sont livrĂ©s aux flammes (mai -330). Cet incendie est parfois interprĂ©tĂ© comme volontaire, bien quâil aille Ă lâencontre de la politique dâintĂ©gration aux coutumes locales du conquĂ©rant. Alexandre aurait ainsi effectuĂ© un geste symbolique mĂ»rement rĂ©flĂ©chi, Ă la fois en direction des Perses et des Grecs de la Ligue. Une autre interprĂ©tation affirme quâAlexandre aurait provoquĂ© lâincendie dans un Ă©tat dâivresse, poussĂ© en cela par une jeune courtisane athĂ©nienne, ThaĂŻs. Il est possible quâAlexandre ait voulu par lĂ venger les destructions perses Ă AthĂšnes, en -480, ou plus simplement quâil ait souhaitĂ© affirmer son pouvoir face Ă une population peu encline Ă se rallier Ă lui. Quoi quâil en soit, Alexandre regrettera par la suite cet acte trĂšs mal perçu par les Perses mais accompli avec joie par les troupes macĂ©doniennes qui pensent, bien Ă tort, qu'Alexandre trahit son regret du pays natal et manifeste par cet incendie sa volontĂ© de ne pas se fixer en Asie.
La mort de Darius III (été -330)
Darius III pendant ce temps s'est rĂ©fugiĂ© en MĂ©die puis, devant l'avance d'Alexandre, dĂ©cide de prendre le chemin de l'Hyrcanie (sud-est de la mer Caspienne). Il est rejoint Ă Ecbatane par Ariobarzane, Bessos avec des cavaliers originaires de Bactriane et un corps d'environ 2 000 mercenaires Grecs. Darius envoie son harem, ce qui reste de son trĂ©sor aux portes caspiennes (Ă lâest de TĂ©hĂ©ran) qui permettent l'entrĂ©e en Hyrcanie et qui se rĂ©vĂšlent faciles Ă dĂ©fendre. Alexandre pĂ©nĂštre en ParatĂ©cĂšne (l'actuelle rĂ©gion d'Ispahan), soumet la population et fonce sur Ecbatane pour y apprendre que Darius vient de sâenfuir trois jours plus tĂŽt avec environ 9 000 hommes dont 3 000 cavaliers. Ă Ecbatane le roi de MacĂ©doine licencie ses cavaliers thessaliens, lance ParmĂ©nion vers l'Hyrcanie et Cleithos vers la Parthie (Ă lâest de l'Hyrcanie). Lui-mĂȘme se lance avec des troupes rapides Ă la poursuite du monarque en fuite. En onze jours il parcourt la route qui va dâEcbatane Ă RhagĂŠ (lĂ©gĂšrement au sud de TĂ©hĂ©ran) oĂč il est obligĂ© de laisser souffler ses hommes et chevaux cinq jours. Il apprend par des transfuges que Darius est prisonnier des satrapes Bessos et BarsaentĂšs et qu'il se dirige vers HĂ©catompyles (prĂšs de l'actuelle ville de Shahroud). En apprenant cette nouvelle, Alexandre confie ses troupes Ă CratĂšre et avec ses Ă©lĂ©ments les plus rapides marche pendant une journĂ©e et demie sans pratiquer de vĂ©ritable pause. Un jour plus tard, aprĂšs une marche nocturne, il atteint le camp de Darius que celui-ci vient d'abandonner. Le soir mĂȘme Alexandre impose Ă ses hommes une nouvelle marche de nuit pour aboutir Ă un campement de nouveau abandonnĂ©. Finalement Alexandre avec quelques cavaliers et fantassins montĂ©s rejoint le convoi de Darius. Celui-ci est mort, assassinĂ© par Bessos, BarsaentĂšs et Satibarzane qui viennent de sâenfuir avec quelques centaines de cavaliers (Ă©tĂ© -330). L'un des satrapes comploteurs, Bessos, tente de prendre les rĂȘnes du pouvoir perse, sous le nom d'ArtaxerxĂšs IV, mais il est trop tard, Alexandre tient fermement lâempire perse.
Toujours plus Ă lâest
Darius III mort, Alexandre lui rend les honneurs royaux et se prĂ©sente en justicier contre ses assassins. Il est probable que la mort de Darius, Ă laquelle il est Ă©tranger, est pour Alexandre une bonne nouvelle car quel sort eĂ»t-il pu rĂ©server au Grand Roi sâil avait Ă©tĂ© pris vivant ? Au contraire il lui est possible maintenant de se montrer gĂ©nĂ©reux avec sa famille et de faire ensevelir Darius dans les tombes royales de PersĂ©polis. Les satrapes restĂ©s fidĂšles Ă Darius sont rĂ©compensĂ©s tel Artabaze qui reçoit la satrapie de Bactriane. La mort de Darius amĂšne la noblesse perse Ă se rallier massivement Ă Alexandre. Cette collaboration des Ă©lites vaincues lui est nĂ©cessaire car les premiĂšres manifestations de lassitude de certains contingents obligent le roi Ă licencier une partie de ses troupes. En MĂ©die les cavaliers thessaliens et les alliĂ©s (7 000 hommes au dĂ©part de lâexpĂ©dition) sont renvoyĂ©s dans leurs foyers. Or les besoins en hommes augmentent au fur et Ă mesure que lâarmĂ©e pĂ©nĂštre en Asie. Ainsi, rien que pour garder les trĂ©sors royaux, Alexandre laisse 6 000 hommes Ă Ecbatane.
La rĂ©volte de lâArie (automne -330)
Avant de poursuivre Bessos et ses complices, Alexandre soumet lâHyrcanie et les populations montagnardes de la rĂ©gion (actuelles montagnes du KhurÄsÄn Ă la frontiĂšre entre lâIran et le TurkmĂ©nistan), les Tapouriens et les Mardes. Il incorpore Ă son armĂ©e la majoritĂ© des mercenaires Grecs qui Ă©taient au service de la Perse (recrutĂ©s avant -334 ce qui lui permet de compenser le licenciement dâune partie de ses troupes abordĂ© prĂ©cĂ©demment) et rassemble ses soldats Ă Zadracarta. Une partie des soldats est renvoyĂ©e, sous le commandement de ParmĂ©nion en qui il est plausible quâAlexandre nâait plus quâune confiance limitĂ©e, Ă Ecbatane tandis quâil se prĂ©pare Ă poursuivre les satrapes en fuite. Il apprend Ă Zadracarta que ceux-ci se sont sĂ©parĂ©s et que Bessos, qui se proclame roi sous le nom dâArtaxerxĂšs IV, sâest rĂ©fugiĂ© en Bactriane tandis que Satibarzane est retournĂ© en Arie (actuelle rĂ©gion dâHĂ©rat Ă lâouest de lâAfghanistan) et BarsaentĂšs en Drangiane (sud de lâAfghanistan).
Alexandre sâempare assez rapidement de lâArie, en remontant la vallĂ©e de lâAtrek, et maintient Satibarzane Ă son poste en lui adjoignant un stratĂšge macĂ©donien Anaxippos. Mais, alors quâil se prĂ©pare Ă remonter vers la Bactriane, Satibarzane se rĂ©volte (automne -330), assassine Anaxippos et massacre les troupes macĂ©doniennes laissĂ©es en Arie avant de sâenfuir. Alexandre afin de maintenir lâordre dans cette province y fonde une ville, Alexandrie dâArie (actuelle HĂ©rat), puis se dirige vers la Drangiane oĂč le rebelle BarsaentĂšs lui est livrĂ© et mis Ă mort. En octobre ou novembre -330 Satibarzane se rĂ©volte de nouveau en Arie. Il est tuĂ© dans un affrontement avec le corps expĂ©ditionnaire lancĂ© contre lui par Alexandre et dirigĂ© par Artabaze, Ărygyos et Caranos.
Les meurtres de Philotas et Parménion (automne -330)
Câest Ă lâautomne de lâannĂ©e -330 que se dĂ©roule un Ă©pisode dramatique entraĂźnant la mort de proches dâAlexandre sur ordre du roi. Alors que lâarmĂ©e sĂ©journe dans la capitale de la Drangiane, Phrada-Prophtasia (au sud de HĂ©rat), Philotas le fils de ParmĂ©nion et commandant de la cavalerie est emprisonnĂ© et jugĂ© pour complot, ou plus exactement pour avoir eu vent dâun complot contre le roi et de nâavoir rien fait pour le dĂ©noncer. Il est probable que les critiques de Philotas sur le cĂ©rĂ©monial perse de plus en plus adoptĂ© par le roi aient indisposĂ© ce dernier. Philotas est jugĂ© par lâassemblĂ©e des MacĂ©doniens, fortement accusĂ© par CratĂšre (qui y voit sans doute un moyen dâĂ©liminer un rival qui pourrait faire de lâombre Ă son Ă©toile montante) et lapidĂ© selon la coutume. Quant Ă ParmĂ©nion, qui se trouve Ă la tĂȘte de nombreuses troupes en MĂ©die, Alexandre ignore sâil se trouve impliquĂ© dans la conjuration. Dans le doute il envoie des officiers le mettre Ă mort, ce qui est fait. Il sâen faut de peu que les troupes de MĂ©die se soulĂšvent Ă cause de ce meurtre.
Cet Ă©pisode est rĂ©vĂ©lateur des rĂ©ticences de plus en plus fortes dâune partie des MacĂ©doniens et de lâentourage du roi (Ă lâexception notable dâHĂ©phaestion) sur cette Ă©popĂ©e qui les voit sâenfoncer de plus en plus en Asie, loin de leurs bases, de leur pays Ă la poursuite dâun but et dâun rĂȘve qui leur Ă©chappe. Les maladresses de Philotas, expliquant volontiers quâAlexandre nâaurait pas remportĂ© ses victoires sans lâaide de son pĂšre et la sienne, et qui se moquait des prĂ©tentions du roi Ă ĂȘtre considĂ©rĂ© comme le fils dâAmmon-Zeus, expliquent aussi sans doute quâAlexandre ne tente rien pour sauver sa vie. Cet Ă©pisode dĂ©montre enfin quâAlexandre est prĂȘt Ă tout pour lâaccomplissement de ses desseins, mĂȘme le meurtre de ses plus proches conseillers ou amis. La mort de Cleithos au printemps -328 le prouve tragiquement. Enfin il ne faut pas perdre de vue que la royautĂ© macĂ©donienne connaĂźt des rapports conflictuels frĂ©quents entre aristocratie et monarchie et que le meurtre de Philotas, hipparque et commandant des Compagnons, est un moyen pour le roi de se dĂ©barrasser dâun officier trop puissant.
La difficile pacification de lâAsie centrale (fin -330 / printemps -327)
De Drangiane, lâarmĂ©e passe vers la fin de -330 en Arachosie (sud-ouest de lâAfghanistan), mais est retardĂ©e dans sa poursuite de Bessos par la rĂ©volte de Satibarzane en Arie. Le roi fonde une nouvelle ville, Alexandrie qui correspond Ă lâactuelle Kandahar, laisse un stratĂšge nommĂ© Memnon comme satrape en Arachosie et remonte vers la Bactriane Ă la poursuite de Bessos. La traversĂ©e des monts Paraponisades (HindĆ«-KĆ«sh), que les MacĂ©doniens et les Grecs confondent apparemment avec le Caucase, sâeffectue au printemps -329. En Bactriane, Bessos est en fuite, ravageant les vallĂ©es entre les Paraponisades et lâOxus (actuel Amou-Daria) afin de limiter les possibilitĂ©s de ravitaillement de ses poursuivants. Il sâempare dâAornos qui devient Ă son tour une Alexandrie puis de la citĂ© de Zariapsa ou Bactres (actuellement Balkh). LâarmĂ©e passe ensuite lâOxus sur un pont flottant fait de tentes de peaux remplies de diverses matiĂšres sĂ©chĂ©es et passe en Sogdiane. Les nobles SpitamĂ©nĂšs et OxyartĂšs dĂ©cident alors de livrer Bessos et le font savoir Ă Alexandre. PtolĂ©mĂ©e est chargĂ© de cette capture dĂ©licate qui intervient au dĂ©but de -329. Bessos est emmenĂ© Ă Bactres oĂč, Ă la façon des Perses, on lui coupe le nez et les oreilles puis il est envoyĂ© Ă Ecbatane et exĂ©cutĂ© (-329).
Pendant prĂšs de deux ans Alexandre lutte en Sogdiane et en Bactriane contre des satrapes rĂ©voltĂ©s, contre les peuples des Sakas et des MassagĂštes contre lesquels CratĂšre va sâillustrer. SpitamĂ©nĂšs, le satrape ayant livrĂ© Bessos, se rĂ©volte et massacre plusieurs garnisons macĂ©doniennes. Il inflige mĂȘme un cuisant Ă©chec militaire Ă des officiers dâAlexandre sur le fleuve Polytimetos (Zeravchan dans lâactuel OuzbĂ©kistan). La rĂ©action d'Alexandre aprĂšs cette dĂ©faite est extrĂȘmement significative du profond dĂ©sarroi de l'armĂ©e puisqu'il interdit, sous peine de mort, aux rescapĂ©s de ce dĂ©sastre de divulguer la rĂ©alitĂ©. AprĂšs avoir hivernĂ© (-329/-328) Ă Bactres, Alexandre repart pour la Sogdiane qui sâagite quand SpitamĂ©nĂšs reparait en Bactriane et surprend dans une embuscade la garnison de Zariapsa.
Câest en ce dĂ©but dâannĂ©e -328 que se dĂ©roule un Ă©pisode quâAlexandre va profondĂ©ment regretter, le meurtre de Cleithos. Ce dernier, parfois prĂ©sentĂ© comme le frĂšre de lait du roi, est un de ses plus fidĂšles compagnons et lui sauve mĂȘme la vie lors de la bataille du Granique. Lors dâun banquet se terminant souvent en ivrognerie gĂ©nĂ©ralisĂ©e, scĂšne dont Alexandre semble familier, les auteurs antiques sont unanimes sur ce point, Cleithos porte les exploits de Philippe II au-dessus de ceux de son fils. Celui-ci ne le supporte pas et dans un accĂšs de rage tue son ami de sa main. DĂ©grisĂ©, Alexandre pleure longuement Cleithos et lui fait faire de grandioses funĂ©railles. Cependant ce sĂ©jour dans les provinces orientales de lâancien Empire achĂ©mĂ©nide pĂšse fortement sur lâentourage du roi. Quand Alexandre tente dâimposer lâĂ©tiquette perse aux MacĂ©doniens, en particulier le fait de se prosterner devant lui (proskynĂšse), une protestation portĂ©e par CallisthĂšne, le neveu dâAristote et historiographe du roi, semble approuvĂ©e par de nombreux compagnons du roi. Alexandre dâailleurs cĂšde et ne maintient cette Ă©tiquette que pour ses sujets asiatiques mais la part quâil donne Ă ces derniers dans lâarmĂ©e et lâadministration suscite des mĂ©contentements dans son entourage proche. Le complot des pages, nĂ© du dĂ©sir de vengeance personnelle dâun de ces jeunes gens entourant et servant le roi qui sâestimait injustement puni, rĂ©vĂšle cependant que parmi ses compagnons de jeunesse, nourris comme lui aux sources de la philosophie grecque, certains jugent insupportables ses nouvelles exigences et commencent Ă le considĂ©rer comme un tyran. CallisthĂšne qui avait raillĂ© les prĂ©tentions dâAlexandre Ă la divinitĂ© est exĂ©cutĂ© lors de la rĂ©pression qui fait suite Ă ce complot.
Lâinsaisissable SpitamĂ©nĂšs succombe finalement Ă la trahison des MassagĂštes qui au cours de lâhiver -328/-327, alors quâAlexandre est Ă Nautaca (sud-est de lâactuelle Boukhara), envoient sa tĂȘte au roi de MacĂ©doine. Le printemps -327 est occupĂ© Ă dĂ©truire les derniers Ăźlots de rĂ©sistance, rĂŽle dont sâacquitte CratĂšre, et Ă rĂ©organiser lâempire dans cette rĂ©gion. Ă la place dâArtabaze, satrape de Bactriane ralliĂ© depuis longtemps Ă Alexandre mais qui est trĂšs ĂągĂ© demande Ă ĂȘtre relevĂ© de son commandement, Alexandre nomme un macĂ©donien. Enfin, il Ă©pouse en -327 la fille dâOxyartĂšs, Roxane. Le roi fonde aussi Alexandria Eskhate (actuelle Khodjent), sur le fleuve IaxartĂšs (Syr-Daria), qui marque le point le plus au nord de son pĂ©riple.
LâInde et la fin du pĂ©riple
LâInde pour les MacĂ©doniens et les Grecs est une contrĂ©e mystĂ©rieuse connue par les textes dâHĂ©catĂ©e de Milet et dâHĂ©rodote ainsi que ceux de CtĂ©sias, mĂ©decin Ă la cour dâArtaxerxĂšs II. Ces auteurs ont sans doute utilisĂ© la relation du voyage quây fit Scylax de Caryanda sur ordre de Darius I. La vallĂ©e de lâIndus est thĂ©oriquement sous le contrĂŽle de lâempire achĂ©mĂ©nide depuis cette Ă©poque mais en rĂ©alitĂ© la frontiĂšre du pouvoir perse se limite aux Paraponisades. Quant Ă la vallĂ©e du Gange et au plateau du Deccan ils sont inconnus. Cependant des relations existent puisque lâon trouve dans les armĂ©es perses quelques Ă©lĂ©phants et des contingents indiens.
Alexandre avait-il lâintention dâintervenir en Inde ? Il ne fait guĂšre de doute que le but premier du roi est de restaurer Ă son profit les limites de l'empire de Darius I et d'en tirer les profits commerciaux inhĂ©rents. Ce qui semble probable est quâil ait Ă©tĂ© aisĂ©ment convaincu, alors quâil guerroie encore en Sogdiane, par Taxile, lâun des roitelets de la vallĂ©e septentrionale de lâIndus, dâintervenir contre son ennemi PĂŽros qui rĂšgne sur le royaume de Paurava Ă lâest de lâHydaspe et qui menace le PanjĂąb. Alexandre est conseillĂ© aussi par un prince indien, Sisicottos, qui aprĂšs avoir suivi la fortune de Bessos sâest ralliĂ© au conquĂ©rant. Le projet d'Alexandre est probablement plus ancien cependant puisqu'au printemps -329 il fonde une Alexandrie-du-Caucase (au nord de l'actuelle Kaboul) ce qui illustre clairement sa volontĂ© de disposer d'une base arriĂšre pour son expĂ©dition. Enfin le rappel d'un marin comme NĂ©arque en -329/-328 semble prouver qu'Ă ce moment Alexandre envisage dĂ©jĂ une expĂ©dition maritime entre l'Inde et le golfe Persique.
Souhaite-t-il continuer au-delĂ de l'Indus ? A-t-il une ambition mondiale ? De nombreux historiens estiment que son expĂ©dition vers le Gange, interrompue par la sĂ©dition de ses soldats sur l'Hyphase, avait pour but de s'emparer des bases commerciales indiennes (de la mĂȘme façon qu'en -323, peu avant sa mort, il prĂ©parait probablement une expĂ©dition vers les ports arabes du golfe Persique) mais que l'objectif premier Ă©tait bien le retour par la vallĂ©e de l'Indus, puis l'OcĂ©an et le golfe Persique. Tout conduit par consĂ©quent Ă admettre que, dans la droite ligne de son refus des propositions de paix faites par Darius III en -332 et -331, Alexandre avait dĂ©jĂ une idĂ©e relativement prĂ©cise de ses objectifs globaux (devenir le maĂźtre de l'ensemble des territoires qui avaient Ă©tĂ© un jour achĂ©mĂ©nides et contrĂŽler l'ensemble des grandes routes commerciales), mĂȘme si leur application dans le dĂ©tail restait beaucoup plus imprĂ©cise.
La conquĂȘte du nord-ouest de lâInde (Ă©tĂ© -327 / Ă©tĂ© -326)
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Au printemps -327, Alexandre part de Bactres Ă la tĂȘte dâune armĂ©e considĂ©rable, sans doute 120 000 personnes dont au moins 60 000 soldats, le reste Ă©tant constituĂ© dâesclaves, de serviteurs mais aussi de femmes et dâenfants. Les Grecs et MacĂ©doniens ne reprĂ©sentent guĂšre que la moitiĂ© des effectifs combattants. Le roi de MacĂ©doine en effet a recrutĂ© des Asiatiques qui sont organisĂ©s dans des unitĂ©s sur le modĂšle macĂ©donien.
Alexandre repasse donc les monts Paraponisades et se rend Ă Alexandrie-du-Caucase (actuelle Bagram prĂšs de Kaboul). LĂ il reçoit le renfort du roi de Taxila qui lui offre quelques Ă©lĂ©phants de guerre. Puis il charge HĂ©phaestion et Perdiccas de soumettre les peuples vivant sur la rive sud du Cophen (la riviĂšre qui descend de la vallĂ©e de lâactuelle Kaboul vers lâIndus) tandis que lui sâoccupe de la rive septentrionale (Ă©tĂ© -327). Si la conquĂȘte de la rive sud se dĂ©roule sans trop dâencombre, ses deux gĂ©nĂ©raux atteignant lâIndus avant lui, Alexandre est confrontĂ© aux AssacĂšnes (Açvakas) qui offrent une forte rĂ©sistance. La prise de leur ville forte Aornos lui donne du fil Ă retordre. Finalement il atteint lâIndus oĂč HĂ©phaestion et Perdiccas ont construit un pont et celui-ci est franchi au printemps -326. LâarmĂ©e se repose alors Ă Taxila la capitale de Taxile. Peu aprĂšs, lâarmĂ©e sâĂ©branle pour combattre PĂŽros qui surveille lâHydaspe (actuel Jhelum lâun des affluents de lâIndus) avec une armĂ©e nombreuse, forte de 200 Ă©lĂ©phants de guerre. Alexandre manĆuvre une fois de plus avec habiletĂ© car laissant CratĂšre avec le gros des troupes, il traverse avec sa cavalerie et ses hypaspistes le fleuve dans une rĂ©gion boisĂ©e environ 150 stades en amont (environ 30 km) afin de prendre PĂŽros Ă revers. La victoire est totale, mais câest une bataille dâune grande violence. BucĂ©phale meurt lors de cette bataille et en son honneur, Alexandre fonde sur son tombeau la ville de BucĂ©phalie (ou BoukĂȘphalia). Peu aprĂšs, Alexandre perd son chien PĂ©ritas pour qui il construit Ă©galement une ville Ă©ponyme.
Poursuivant sa politique dâintĂ©gration des chefs locaux, Alexandre laisse PĂŽros en place, conquis par la noblesse de celui-ci, avec un territoire plus vaste que celui quâil avait Ă lâorigine. Une rĂ©volte sur ses arriĂšres de la part des AssacĂšnes lâoblige Ă envoyer des troupes dirigĂ©es par Philippe et TyriaspĂšs tandis que lui-mĂȘme parcourt le PanjĂąb actuel y soumettant les divers peuples qui y vivent. Alexandre pense alors franchir lâHyphase (actuelle riviĂšre Bias au Penjab) pour atteindre la vallĂ©e du Gange et lâOcĂ©an extĂ©rieur.
Mais Ă lâautomne -326, sur les rives de ce fleuve, Alexandre doit affronter une levĂ©e de boucliers des Grecs et des MacĂ©doniens et le roi ne parvient pas Ă les convaincre dâaller plus loin. AprĂšs sâĂȘtre enfermĂ© trois jours sous sa tente, le ConquĂ©rant est obligĂ© de se plier aux volontĂ©s de ses soldats et donne lâordre du retour. Il fait Ă©riger douze autels monumentaux pour chacun des douze principaux dieux de lâOlympe, ainsi quâun camp artificiellement agrandi jusquâau triple de ses dimensions normales, marquant le point extrĂȘme de sa progression Ă lâest. Il fait apposer une inscription : « Ici sâest arrĂȘtĂ© Alexandre ». Cet Ă©pisode est rĂ©vĂ©lateur de la coupure qui sâest créée entre le roi et ses troupes. Certains de ses officiers, les Ă©pisodes de la mort de Philotas et de Cleithos le rappellent, sont hostiles Ă un mode de gouvernement de plus en plus personnel et autocratique, sur le modĂšle asiatique. Mais les soldats quant Ă eux sont, au moins pour les survivants du dĂ©but de lâexpĂ©dition, physiquement extĂ©nuĂ©s. Il y a de plus pour les soldats un dĂ©sir lĂ©gitime de revoir leur famille et de jouir du butin accumulĂ©.
La conquĂȘte de la vallĂ©e de lâIndus (automne -326 / printemps -325)
Alexandre dĂ©cide ensuite de soumettre toute la vallĂ©e de lâIndus. Il fait construire une flotte, prĂȘte Ă lâautomne -326 oĂč il embarque avec une partie de son armĂ©e, pour descendre lâHydaspe puis lâAcĂ©sine afin de rejoindre lâIndus. Cette flotte est construite avec la contribution financiĂšre de nobles de la cour et de lâĂ©tat-major du roi. Elle est dirigĂ©e par NĂ©arque avec des Ă©quipages essentiellement phĂ©niciens et grecs suite aux renforts quâAlexandre vient de recevoir. Avant le dĂ©part, et malgrĂ© la mort de CĆnos un des chefs militaires les plus populaires et un des plus fidĂšles compagnons dâAlexandre, une assemblĂ©e des princes locaux reconnaĂźt PĂŽrĂŽs comme souverain, sous la suzerainetĂ© du roi de MacĂ©doine et de lâempire perse. Alexandre embarque avec lui les archers, les hypaspistes et les cavaliers de sa garde cependant que CratĂšre longe la rive droite et HĂ©phaestion, avec lâessentiel de lâarmĂ©e, descend le long de la rive gauche.
Ă lâembouchure de lâHydaspe et de lâAcesine des rapides endommagent la flotte qui doit rĂ©parer. Certains peuples se soumettent rapidement mais dâautres comme les Malliens et les Oxydraques refusent. Vers la mi-novembre -326, le ConquĂ©rant soumet les Malliens, mais commet la faute dâattaquer une ville de brahmanes, ce qui provoque une rĂ©bellion qui se propage rapidement avant dâĂȘtre rĂ©duite par Peithon. Au cours de cet engagement, il est assez sĂ©rieusement blessĂ©, au point que lâarmĂ©e croit en sa mort. Il doit faire ouvrir les rideaux de la cabine de son navire pour rassurer ses troupes.
Alexandre, trop empreint de culture grecque, ne comprendra jamais le systĂšme de castes indien, et finit par rejoindre lâembouchure de lâIndus aprĂšs une violente campagne de rĂ©pression. Les MacĂ©doniens sont effrayĂ©s par le phĂ©nomĂšne des marĂ©es, quasi inconnu en Mer MĂ©diterranĂ©e, ce qui nâempĂȘche pas Alexandre dâĂ©tablir un port, des arsenaux, des citernes dans un port construit au sud de la ville de Pattala, preuve quâil sâagit pour lui dâun territoire destinĂ© Ă ĂȘtre incorporĂ© Ă son empire.
Le difficile retour (juillet -325 / décembre -325)
Alexandre, pour son retour vers Babylone, divise son armĂ©e en trois corps (juillet -325). NĂ©arque avec une flotte dâune centaine de navires, 2 000 marins et 12 000 soldats, est chargĂ© de rouvrir la route maritime entre lâIndus et lâembouchure du Tigre et de lâEuphrate. CratĂšre quant Ă lui a dĂ©jĂ quittĂ© (en juillet) la vallĂ©e de lâIndus avec la moitiĂ© de la phalange (quatre taxes), les Ă©lĂ©phants et les vĂ©tĂ©rans dĂ©sirant retourner en MacĂ©doine. Il remonte par lâArachosie et la Drangiane (sud de lâAfghanistan actuel) et doit retrouver Alexandre en Carmanie (rĂ©gion qui correspond au sud de lâIran vers le dĂ©troit d'Ormuz). Sans doute sâagit-il pour Alexandre de montrer ses troupes dans des rĂ©gions soumises depuis peu, Ă proximitĂ© Ă©galement de la Bactriane oĂč les colons militaires viennent de se rĂ©volter.
Alexandre choisit pour le retour lâitinĂ©raire le plus difficile en longeant la cĂŽte de la GĂ©drosie (actuel Balouchistan pakistanais). Il sâagit de soutenir la flotte de NĂ©arque en Ă©tablissant des dĂ©pĂŽts de vivre. Depuis Patala sur lâIndus, il gagne avec 25 000 hommes lâactuelle rĂ©gion de KarĂąchi oĂč le peuple des Arabites capitule sans combattre. Puis Alexandre atteint la vallĂ©e du Purali dont il soumet les habitants, les Orites. La cĂŽte Ă©tant trop misĂ©rable pour approvisionner la troupe, Alexandre doit demander de lâaide aux GĂ©drosiens de lâintĂ©rieur du pays. Alexandre divise alors son armĂ©e en deux corps ; celui commandĂ© par LĂ©onnatos doit suivre lâitinĂ©raire traditionnel des caravanes, plus au nord, et faire sa jonction avec Alexandre Ă Pura, capitale de la GĂ©drosie. Alexandre avec 12 000 hommes, dont ses troupes dâĂ©lite et un convoi de femmes et dâenfants, traverse la GĂ©drosie par le dĂ©sert du Makran qui longe le littoral. Or au moment oĂč Alexandre entre dans le dĂ©sert, les GĂ©drosiens et les Orites se rĂ©voltent ; il nâobtient donc pas les vivres promis. Le dĂ©sert de Makran est une rĂ©gion particuliĂšrement isolĂ©e, couverte de marĂ©cages salĂ©s, comptant peu dâoasis, en tout cas avec des ressources insuffisantes pour un tel effectif. Une grande partie du convoi avec les femmes, les enfants et les attelages est emportĂ© par la brusque montĂ©e dâun torrent. La troupe met deux mois pour accomplir 700 km entre la vallĂ©e du Purali et Pura. Alexandre rallie la ville de Pura en dĂ©cembre -325. Il y est rejoint par le contingent de LĂ©onnatos qui a entre-temps fondĂ© Alexandrie des Orites. MalgrĂ© la saison des pluies, plus de 6 000 personnes seraient mortes de soif et dâĂ©puisement durant cette marche dans le dĂ©sert du Makran, dâautant quâune partie des rĂ©serves de grain est dĂ©posĂ©e dans des fortins au bord de la mer pour approvisionner la flotte. Ce voyage est le plus Ă©prouvant de toute lâexpĂ©dition dâAlexandre et entraĂźne un grand nombre de dĂ©cĂšs par Ă©puisement, soif et sous-alimentation ; tous les chevaux et les bĂȘtes de sommes meurent au cours de ce pĂ©riple. Dâautant que cette souffrance a Ă©tĂ© inutile : jamais Alexandre ne parvient Ă Ă©tablir le contact avec la flotte de NĂ©arque.
En Carmanie, Alexandre est rejoint par CratĂšre. ImmĂ©diatement Alexandre est confrontĂ© Ă des rĂ©criminations de toutes sortes sur les officiers qui ont gouvernĂ© lâempire en son absence. Les abus de ses satrapes sont les signes dâun malaise assez comprĂ©hensible en cette pĂ©riode troublĂ©e et que lâĂ©loignement du roi ont favorisĂ©. Deux stratĂšges de MĂ©die, ClĂ©andre et SitalcĂšs, sont exĂ©cutĂ©s ainsi plus tard quâHĂ©racon. Il sâagit des officiers qui avaient Ă©tĂ© chargĂ©s de tuer ParmĂ©nion.
Quant Ă la flotte, elle part avec un mois de retard sur les plans initiaux, Ă cause des vents de mousson, le 23 octobre -325. Elle longe la cĂŽte de la mer dâĂrythrĂ©e (actuelle mer dâOman), pour rallier lâEuphrate. PilotĂ©e par NĂ©arque, avec pour second OnĂ©sicrite (le futur rĂ©dacteur de lâAlexandropĂ©die), elle explore la cĂŽte avec minutie, et rencontre notamment des baleines pour la premiĂšre fois. ConfrontĂ©e Ă plusieurs tempĂȘtes, qui coulent trois navires au moins, NĂ©arque est aussi obligĂ© de maintenir la flotte Ă la mer jour et nuit car il craint les dĂ©sertions. Il est impossible de se ravitailler Ă terre sur la cĂŽte de la GĂ©drosie, le pays des misĂ©rables Ichtyophages (« mangeurs de poisson »). En outre les dĂ©pĂŽts laissĂ©s par Alexandre sont attaquĂ©s par les Orites. Les seuls aliments proviennent donc de la mer ; ce qui prend au dĂ©pourvu la flotte, laquelle souffre de la faim. Finalement aprĂšs 1 300 km et 80 jours de navigation, NĂ©arque parvient Ă Harmozia (Ormuz) en face du promontoire de MacĂ©ta (actuel Ămirats arabes unis). NĂ©arque quitte alors la flotte et se rend au-devant dâAlexandre qui le reçoit avec des transports dâallĂ©gresse, persuadĂ© de la disparition de sa flotte. NĂ©arque repart ensuite jusquâaux bouches de lâEuphrate (dĂ©cembre -325) et rallie Suse.
La derniÚre année du rÚgne
Les noces de Suse et la mutinerie dâOpis (hiver / printemps -324)
De Carmanie, Alexandre se rend au dĂ©but de lâannĂ©e -324 Ă Pasargades avec des troupes lĂ©gĂšres tandis quâHĂ©phaestion poursuit le voyage avec le gros de lâarmĂ©e le long des cĂŽtes de la Perse. Câest Ă ce moment quâil entreprend de restaurer le tombeau de Cyrus le Grand, lequel avait Ă©tĂ© pillĂ© en son absence, et de punir les coupables. Il se dĂ©barrasse aussi de plusieurs satrapes tel BaryaxĂšs qui sâĂ©tait proclamĂ© Grand Roi ou OrxinĂšs en Perse dont la fidĂ©litĂ© Ă©tait sujette Ă caution. Puis il arrive Ă Suse.
Câest Ă ce moment quâinterviennent les fameuses noces de Suse. Cet Ă©pisode est un acte symbolique trĂšs solennel rĂ©vĂ©lateur de la volontĂ© du roi de fondre en un seul peuple les MacĂ©doniens et Grecs ainsi que les Asiatiques. Câest ainsi que dix mille de ses compagnons Ă©pousent le mĂȘme jour des femmes asiatiques. Alexandre y Ă©pouse Stateira, fille aĂźnĂ©e de Darius III, tandis quâHĂ©phaestion Ă©pouse une de ses sĆurs cadettes. Les mariages se font Ă la mode perse, ce qui ne manque pas de provoquer la dĂ©sapprobation des MacĂ©doniens (qui ont dĂ©jĂ vu leur roi sâunir Ă Roxane) qui en concluent quâAlexandre sâĂ©loigne des coutumes grecques pour adopter une mentalitĂ© « barbare ». Le conquĂ©rant marque Ă©galement la volontĂ© dâintĂ©grer de jeunes Perses Ă son armĂ©e. Pour calmer la grogne Alexandre paye les dettes de ses soldats et offre en un geste symbolique des couronnes dâor Ă ses gĂ©nĂ©raux.
Ces gestes sont insuffisants pour Ă©viter quâune rĂ©volte des vĂ©tĂ©rans nâĂ©clate Ă Opis (au nord de Babylone). LâĂ©lĂ©ment dĂ©clencheur est bien cette place nouvelle qui est accordĂ©e par Alexandre Ă ses troupes asiatiques. Ainsi la crĂ©ation dâune cinquiĂšme hipparchie composĂ©e dâAsiatiques dans le corps des hĂ©tĂšres est-elle mal ressentie. Aussi le jour mĂȘme oĂč Alexandre libĂšre 10 000 vĂ©tĂ©rans Ă©clate la mutinerie. Il lui est demandĂ© de donner congĂ© Ă tous, dâentreprendre de nouvelles conquĂȘtes tout seul, ou avec son pĂšre Amon. Cette remise en cause de son origine divine le rend fou de rage et Alexandre se prĂ©cipite sur les mutins avec ses hypaspistes. Il fait exĂ©cuter treize des meneurs et reprend, par un discours habile oĂč il flatte lâorgueil de ses hommes, le contrĂŽle de la situation. Il se retire ensuite sous sa tente et ne sâadresse plus quâaux Perses refusant de parler aux MacĂ©doniens. Ceux-ci supplient alors le roi de leur rendre leur place auprĂšs de lui et promettent de le suivre oĂč il voudra les conduire.
Cette rĂ©conciliation théùtrale prouve lâhabiletĂ© du roi qui conserve son ascendant sur ses troupes tout en atteignant ses objectifs puisque les Asiatiques restent dans lâarmĂ©e. Mais cette mutinerie Ă©claire bien la distance qu'il y a entre les projets du roi et les dĂ©sirs de ses troupes fatiguĂ©es. Ă Opis les troupes s'aperçoivent qu'Alexandre a bien l'intention « d'Ă©tablir pour toujours en Asie le centre de son royaume. ». Les nouvelles entreprises du roi apparaissent aux yeux de ses soldats comme de plus en plus personnelles et ils s'en estiment de moins en moins solidaires. Cette rĂ©sistance de l'armĂ©e Ă la politique de fusion avec les troupes asiatiques constitue assurĂ©ment le plus grave Ă©chec d'Alexandre.
Plusieurs milliers de vĂ©tĂ©rans sont libĂ©rĂ©s et rentrent en MacĂ©doine, commandĂ©s par CratĂšre et Polyperchon. CratĂšre est chargĂ© de remplacer Antipater en MacĂ©doine, en conflit permanent avec Olympias, et dont Alexandre semble Ă ce moment se mĂ©fier, tandis quâAntipater doit emmener en Asie de nouvelles recrues pour les projets futurs du roi (Ă©tĂ© -324).
Ultimes desseins (été -324 / printemps -323)
DâOpis par la vallĂ©e du Zagros, Alexandre se rend Ă Ecbatane. Câest lĂ , au cours de lâhiver -324, que meurt le favori dâAlexandre, HĂ©phaestion, probablement de maladie. La douleur du roi est assimilĂ©e par les historiens antiques Ă celle dâAchille sur le corps de Patrocle. Alexandre rend Ă son compagnon des honneurs quasi royaux. Mais les tĂąches royales reprennent vite le dessus et une derniĂšre campagne est organisĂ©e contre les habitants du Lorestan actuel (sud-ouest de lâIran) et contre les Ouxiens montagnards que les Perses nâavaient jamais totalement soumis.
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Alexandre se rend ensuite Ă Babylone au printemps -323. En chemin il reçoit des ambassades venues de GrĂšce. Les AthĂ©niens en particulier protestent contre un dĂ©cret dâAlexandre ordonnant le rappel des bannis et contre celui rĂ©clamant pour le roi les honneurs divins. Le dĂ©cret sur les bannis sera lâun des prĂ©textes au dĂ©clenchement de la guerre lamiaque Ă la mort du roi.
Alexandre multiplie les rencontres avec des ambassades venues des pays limitrophes de son empire (Libye, CyrĂ©naĂŻque, Celtes des Balkans, sans doute Carthaginois) sans quâil soit possible de dĂ©terminer avec prĂ©cision quels sont ses objectifs. Le voyage de NĂ©arque ayant montrĂ© combien les communications maritimes avec la partie orientale de lâempire Ă©taient plus aisĂ©es que les communications terrestres, Alexandre ordonne lâexploration des mers limitrophes. Ainsi HĂ©raclide est-il envoyĂ© explorer la mer Caspienne et trois expĂ©ditions successives sont envoyĂ©es reconnaĂźtre les cĂŽtes de lâArabie. Les deux premiĂšres, celle dâArchias, et celle dâAndrosthĂšne ne dĂ©passent pas lâĂźle de Tylos (actuelle Ăźle de BahreĂŻn). Celle dâHiĂšron de Soles atteint sans doute le golfe de Suez. Cette reconnaissance totale des cĂŽtes de la mer Rouge Ă lâembouchure de lâIndus va donner Ă Alexandrie un rĂŽle pivot dans le dĂ©veloppement des relations commerciales entre la mer ĂgĂ©e, et donc la GrĂšce, et lâAsie.
Les historiens ne sâaccordent pas sur ses derniers desseins. Plusieurs auteurs anciens affirment qu'Alexandre caresse le projet de conquĂ©rir le bassin occidental de la mer MĂ©diterranĂ©e. Il est plausible en effet quâil ait envisagĂ© de se tourner vers la mer MĂ©diterranĂ©e occidentale, en particulier vers Carthage. Perdiccas l'affirme devant les troupes peu aprĂšs le dĂ©cĂšs du roi. Ce qui est certain, câest quâune expĂ©dition est envisagĂ©e pour le 20 du mois de DĂŠsios (5 juin -323) que les sources antiques orientent vers le sud de la Libye afin dâatteindre lâOccident. Sâagit-il, sinon de sâaventurer en Arabie, plus vraisemblablement dâassurer la prospĂ©ritĂ© et la durĂ©e de son empire par la maĂźtrise des mers environnantes ? La question que se posent les historiens contemporains est donc de comprendre s'il y a deux projets distincts, la conquĂȘte de la MĂ©diterranĂ©e orientale d'une part et le contrĂŽle des cĂŽtes de l'Arabie et de la mer Rouge d'autre part, ou s'il ne s'agissait que d'un seul et mĂȘme projet Ă savoir relier Alexandrie du Tigre Ă Alexandrie en Ăgypte puis de lĂ poursuivre vers Carthage et la Sicile.
Auparavant, Alexandre consacre les derniĂšres semaines de sa vie Ă parcourir les canaux de lâEuphrate et Ă faire exĂ©cuter des travaux destinĂ©s Ă rĂ©guler les inondations. Puis il revient Ă Babylone et reçoit, tel un dieu, les thĂ©ores (Ă©missaires) envoyĂ©s par les citĂ©s grecques.
Les derniers jours (juin -323)
Alexandre a-t-il Ă©tĂ© empoisonnĂ© ? Cette rumeur qui accuse Cassandre et Iolas, les fils dâAntipater (Iolas, Ă©chanson du roi, est le suspect idĂ©al), est Ă©voquĂ©e par les auteurs de la Vulgate dâAlexandre, sans toutefois quâils la cautionnent vĂ©ritablement ; elle est contestĂ©e par Arrien et Plutarque.
Suite Ă des dĂ©saccords dans la politique Ă mener en GrĂšce et aux conflits avec Olympias, Alexandre compte en effet relever Antipater de la rĂ©gence de MacĂ©doine pour le remplacer par le fidĂšle CratĂšre. Cependant cette rumeur, fomentĂ©e par Olympias, se rĂ©pand plusieurs annĂ©es aprĂšs la mort dâAlexandre, Ă une Ă©poque oĂč les diadoques se dĂ©chirent dĂ©jĂ et oĂč la volontĂ© de discrĂ©diter les concurrents potentiels est forte. Cette hypothĂšse est bien entendu invĂ©rifiable de nos jours mais il est plus vraisemblable pour les historiens modernes quâAlexandre soit mort de la malaria, dans sa forme la plus aiguĂ« (Plasmodium falciparum), qui plus est, sur un organisme fatiguĂ© par les blessures et les excĂšs de boisson. Cette saison de fin de printemps dans la rĂ©gion marĂ©cageuse que constitue le sud de lâIrak actuel est Ă©galement propice Ă une telle maladie. Des hypothĂšses plus rĂ©centes datant de la fin du XX siĂšcle estiment quâAlexandre a pu mourir du virus du Nil occidental ou dâune fiĂšvre typhoĂŻde.
Plutarque et Arrien ont Ă©crit, dâaprĂšs les ĂphĂ©mĂ©rides royales, le dĂ©tail des derniers jours du roi entre le 15 et le 28 du mois de DĂŠsios (27 mai au 10 juin). Selon Plutarque, Alexandre est troublĂ© par la multiplication de signes funestes. Ainsi, lors de la navigation sur lâEuphrate, un coup de vent emporte le diadĂšme royal tandis quâĂ Babylone, un inconnu ose sâasseoir sur le trĂŽne dâAlexandre, geste quâil paye de sa vie. Puis les fĂȘtes et les soirĂ©es de beuveries, dont est coutumier le roi, reprennent. Ainsi, les 16 et 17 DĂŠsios, Alexandre passe de banquets en banquets chez NĂ©arque puis chez un hĂ©tĂšre thessalien du nom de MĂ©deios de Larissa.
Le 18 au matin (30 mai -323), il est pris dâune fiĂšvre qui va durer jusquâĂ son dĂ©cĂšs. Les premiers jours, jusquâau 22 DĂŠsios (4 juin), il continue Ă donner des ordres et Ă surveiller les prĂ©paratifs de son expĂ©dition mais, Ă partir du 23, lâaggravation de son Ă©tat lâen rend incapable. Le 25 DĂŠsios, il perd lâusage de la parole et ne peut parler Ă ses officiers, quâil reconnaĂźt cependant. Une terrible fiĂšvre sâempare de lui Ă partir de la nuit du 25 au 26 DĂŠsios. Le 27, les soldats le croyant mort exigent de le voir et dĂ©filent devant le roi, sans armes, lequel salue chaque homme dâun mouvement de tĂȘte ou dâun clignement des yeux.
Alexandre le Grand meurt le 28 DĂŠsios au soir, câest-Ă -dire le 10 juin -323, Ă lâĂąge de 32 ans Ă Babylone.
Le tombeau d'Alexandre
Le cadavre embaumĂ© dâAlexandre devient l'enjeu d'un conflit entre ses diadoques. L'un d'eux, Perdiccas, fidĂšle Ă Roxane et Ă Alexandre IV, dĂ©cide dans un premier temps de le rapatrier Ă AigĂ©ai, l'ancienne capitale de MacĂ©doine, lĂ oĂč reposent les ancĂȘtres du conquĂ©rant. Le corps est ainsi placĂ© dans un premier sarcophage anthropoĂŻde en or, enfermĂ© Ă son tour dans un deuxiĂšme cercueil dorĂ©, un drap pourpre recouvrant le tout. L'ensemble est disposĂ© sur un char d'apparat surmontĂ© d'un toit que soutient un pĂ©ristyle ionique. PtolĂ©mĂ©e I Soter n'hĂ©site pas Ă attaquer la procession funĂ©raire pour s'approprier le sarcophage et l'exposer Ă la dĂ©votion Ă Memphis. Selon le pseudo-CallisthĂšne, le cadavre est ensuite transportĂ© Ă Alexandrie vers -280, Ă l'aide d'un coffre de plomb par PtolĂ©mĂ©e II. Ce dernier le place Ă l'intĂ©rieur d'un temple dans un nouveau sarcophage recouvert d'or. PtolĂ©mĂ©e IV Philopator enfin fait construire un mausolĂ©e somptueux (le SĂŽma) dans lequel il expose la dĂ©pouille d'Alexandre. Dans La Pharsale de Lucain, on apprend que le monument se dresse sur un tumulus et a la forme d'une tour de marbre surmontĂ©e d'un dĂŽme pyramidal. Tout autour sont amĂ©nagĂ©es de petites chapelles destinĂ©es Ă recevoir les corps des rois lagides, l'ensemble Ă©tant protĂ©gĂ© par une enceinte murĂ©e qui dĂ©limite le tĂ©mĂ©nos. Il est presque certain que le SĂŽma se trouvait quelque part Ă l'intersection de la voie Canopique, qui traverse la ville selon un axe nord-est sud-ouest depuis la porte du Soleil jusqu'Ă la porte de la Lune, et de l'autre voie principale orientĂ©e nord-sud qui relie la presqu'Ăźle de Lochias au lac MarĂ©otis.
Pour Strabon, le monument fait mĂȘme partie de la basilique. PtolĂ©mĂ©e IX, Ă court d'argent selon Antiochos Grypus, fit remplacer en -89 le cercueil d'or par un cercueil de verre ou d'albĂątre translucide. Le cadavre embaumĂ© y reste plusieurs centaines d'annĂ©es et devient un objet de visite pour un grand nombre d'hommes politiques, de gĂ©nĂ©raux tant grecs que romains. Ainsi, si l'on suit SuĂ©tone, l'empereur Auguste visite le tombeau et retire un instant le corps du sarcophage pour lui mettre avec respect une couronne d'or sur la tĂȘte et le couvrir de fleurs. La manipulation aurait malheureusement abĂźmĂ© le nez du cadavre.
La derniÚre visite importante est celle de l'empereur Caracalla en 215. Ce dernier n'hésite pas à s'approprier la tunique, la bague et la ceinture du Macédonien, la cuirasse, quant à elle, ayant probablement déjà été volée par Caligula. DÚs le IV siÚcle, un tremblement de terre et divers vandalismes romains ayant probablement dégradé le monument, l'emplacement du SÎma n'est plus connu. Les historiens et archéologues, malgré de nombreuses recherches et hypothÚses, ignorent encore de nos jours son emplacement exact.
Bilan
Le bilan de lâĆuvre dâAlexandre le Grand est complexe Ă rĂ©aliser parce quâelle est inachevĂ©e.
Avec les peuples asiatiques, Alexandre accĂšde le plus souvent Ă un statut de roi-dieu. Ainsi en Ăgypte il est pharaon, Horus vivant. Ă Babylone il est roi de par la volontĂ© du dieu principal de la citĂ©, Mardouk. Câest pourquoi Alexandre, qui sâappuie sur les traditions asiatiques, cherche Ă ĂȘtre honorĂ© comme un dieu par tous ses sujets. Il parait peu probable quâil ait cru vĂ©ritablement ĂȘtre un dieu. HĂ©phaestion et lui en font mĂȘme un sujet de plaisanteries. Mais il est convaincu de lâessence divine de sa mission et pense sincĂšrement quâil est fils de dieu.
En principe, Alexandre parvient Ă unifier son empire car tous les territoires conquis en Asie dĂ©pendent de lâautoritĂ© du roi mais derriĂšre cette souverainetĂ© totale se cache une grande diversitĂ© de statuts et de situations comme lâadministration satrapique. Cela est la consĂ©quence directe de lâextraordinaire rapiditĂ© de la conquĂȘte.
Ăconomiquement, Alexandre donne lâimpression dâun souverain soucieux dâexploiter lâespace conquis et dâen rĂ©pertorier les richesses. Cela est peut-ĂȘtre dĂ» Ă lâinfluence dâAristote avec lequel il reste longtemps en contact. LâexpĂ©dition du roi de MacĂ©doine est accompagnĂ©e de bĂ©matistes, Ă©claireurs chargĂ©s de recueillir les renseignements (topographiques) avant chaque bataille, et de les consigner par Ă©crit. Mais lâexpĂ©dition dâAlexandre est aussi et avant tout une opĂ©ration prĂ©datrice de pillage caractĂ©risĂ© au bĂ©nĂ©fice de la seule MacĂ©doine, et, dans une moindre mesure de la GrĂšce. Les trĂ©sors pris reprĂ©sentent des sommes astronomiques mais les dĂ©penses de lâexpĂ©ditions sont elles-mĂȘmes gigantesques si bien quâĂ la mort du roi, malgrĂ© lâexpansion commerciale, il ne reste dâaprĂšs Justin que 50 000 talents dans les caisses de lâĂtat.
Le personnage dâAlexandre
Alexandre le Grand a inspiré de trÚs nombreuses représentations.
Peinture
Alexandre et ses conquĂȘtes ont Ă©tĂ© les sujets de nombreux tableaux et dessins, notamment par Charles Le Brun, Jan Bruegel l'Ancien et Jean Simon BerthĂ©lemy.
Littérature
- Ăvocation par Plutarque dans ses Vies parallĂšles des hommes illustres.
- Histoire de son rĂšgne dans l'Anabase d'Arrien, du II siĂšcle.
- Il apparaĂźt dans BibliothĂšque historique de Diodore de Sicile.
- Il est également présent dans Abrégé des Histoires philippiques de Trogue Pompée de Justin
- Eskandar-Nameh (Le Livre d'Alexandre le Grand) de Nizami poĂšte persan.
- Histoire dâAlexandre le Grand de Quinte-Curce.
- Alexandréide de Gautier de Chùtillon, vers 1180.
- Valerio Manfredi, Alexandre le Grand, trilogie :
- I. - Le fils du songe,
- II. - Les sables d'Amon,
- III. - Les confins du monde.
Liste : - Roger Peyrefitte, trilogie sur Alexandre le Grand, éditions Albin Michel :
- I. - La Jeunesse d'Alexandre, 1977,
- II. - Les ConquĂȘtes d'Alexandre, 1979,
- III. - Alexandre le Grand, 1981 ;
Liste : - Mary Renault, trilogie sur Alexandre le Grand, éditions Julliard :
- I. - Le feu du ciel,
- II. - L'enfant perse,
- III. - Les jeux funéraires ;
Liste : - David Gemmell :
- I. - Le Lion de Macédoine,
- II. - Le Prince noir.
- III. - L'Esprit du Chaos.
Liste : - Iana Iasova :
- Alexandre de MacĂ©doine ("ĐлДĐșŃĐ°ĐœĐŽŃŃ ĐаĐșĐ”ĐŽĐŸĐœŃĐșĐž" - titre original)
Liste :
Cinéma
Alexandre a été représenté de nombreuses fois au cinéma.
En 1956, Robert Rossen dirige Alexandre le Grand (Alexander the great) avec comme acteurs Richard Burton, Fredric March, Danielle Darrieux ou encore Claire Bloom.
En 1980, Theo Angelopoulos fait le film Alexandre le Grand.
Et enfin en 2004, Oliver Stone avec, Alexandre, oĂč Colin Farrell, Angelina Jolie, Val Kilmer, Jared Leto ou encore Anthony Hopkins racontent lâĂ©popĂ©e du personnage.
Musique
La chanson Alexander the Great, sur le disque Somewhere in Time du groupe de heavy metal britannique Iron Maiden rend hommage à ce personnage historique. Le début de la chanson est introduit avec la citation suivante :
Mon fils, demande pour toi un autre royaume, car celui que je laisse est trop petit pour toi. « My son ask for thyself another kingdom, for that which I leave is too small for thee. » - â Roi Philippe de MacĂ©doine
Ă noter que les termes thyself et thee sont des mots provenant de lâanglais moderne naissant. On les utilisait lorsque lâon voulait dĂ©signer Dieu ou une personne envers qui lâon avait une trĂšs grande estime.
Jeu
Il est le Roi de trĂšfle dans un jeu de carte traditionnel.
Annexes
Articles connexes
- Armée macédonienne
- Armée perse sous Darius III
- Bagoas
- Bataille du Granique | Bataille d'Issos | Bataille de GaugamĂšles | Bataille de l'Hydaspe
- Bilan du rĂšgne d'Alexandre le Grand
- Bucéphale
- Construction du mythe d'Alexandre le Grand
- Diadoques
- Ăpoque hellĂ©nistique
- Guerres des diadoques
- Hephaestion
- MosaĂŻque d'Alexandre
- Royaume indo-grec
- Tactiques militaires dâAlexandre le Grand
- Succession d'Alexandre le Grand
- Titulature d'Alexandre le Grand en tant que pharaon d'Ăgypte
- Villes fondées par Alexandre
- Vulgate d'Alexandre le Grand
Liens externes
- (fr) Portail Alexandre, « philosophe en armes » sur le site du Labiana Callipolis, Laboratoire d'histoire ancienne de l'université de Corse
- (fr) Dossier sur Alexandre le Grand sur le site de la BnF Exposition virtuelle "Héros, d'Achille à Zidane" BibliothÚque nationale de France
- Les reprĂ©sentations dâAlexandre au Louvre
- (en) [vidĂ©o] Alexander the Great sur YouTube. de lâEncyclopedia channel (230 biographical films about historical figures).
- (en) Alexandre le Grand Articles
- (en) Lysimachos - Articles about Alexander the Great
Bibliographie
- Gérard Colin, Alexandre le Grand, Pygmalion, 2007 ;
- Gustave Droysen, Alexandre le Grand, Complexe ;
- Sous la direction d'Olivier Battistini et de Pascal Charvet pour la traduction, Alexandre le Grand, Histoire et dictionnaire, Robert Laffont, « Bouquins », Paris, 2004 (ISBN 222109784X) ;
- Jacques LacarriÚre, La Légende d'Alexandre, Gallimard, coll. « Folio », 2004 ;
- Pierre Briant :
- De la GrÚce à l'Orient, Alexandre le Grand, coll. Découvertes, Gallimard, 1988,
- Alexandre le Grand, PUF, coll. « Que sais-je ? », éditions de 1974 et de 2002,
- Alexandre le Grand : de la GrÚce à l'Inde, Gallimard, coll. « Découverte », 2005,
- « à la poursuite de Darius », Historia n 697, 2005 ;
- 'Lettre ouverte Ă Alexandre le Grand, Actes Sud, 2008
Liste : - Pierre Carlier, Le IV siĂšcle grec jusquâĂ la mort dâAlexandre, Seuil, coll. « Points Histoire / Nouvelle histoire de l'AntiquitĂ© », Paris, 1996 (ISBN 2-02-013129-3) ;
- Jean Delorme, Le Monde hellénistique, SEDES, coll. « Regards sur l'Histoire », 1975 ;
- Paul Goukowsky, Alexandre et la conquĂȘte de l'Orient dans Le monde grec et l'Orient, II, PUF, 1975 ;
- Pierre Jouguet, L'impérialisme macédonien et l'hellénisation de l'Orient, Albin Michel, coll. « L'évolution de l'humanité », 1972 ;
- Paul Faure, Alexandre, Fayard, 1985 ;
- Dominique Joly (textes) et Antoine Ronzon (illustrations), La Fabuleuse Histoire dâAlexandre le Grand, Tourbillon, coll. « La fabuleuse histoire », Paris, 2005 (ISBN 2-84801-135-1) ;
- Nikos Kalampalikis, Les Grecs et le mythe dâAlexandre. Ătude psychosociale dâun conflit symbolique Ă propos de la MacĂ©doine. Paris, LâHarmattan, 2007.
- Jean-Claude Perrier, Alexandre le Grand, Ăditions Hermann, coll. « Hermann Histoire », 2008.
Sources
- Arrien, Anabase ;
- Diodore de Sicile, BibliothÚque historique [détail des éditions] [lire en ligne], XVII ;
- Justin, Abrégé des Histoires philippiques de Trogue Pompée ;
- Quinte-Curce, Histoire d'Alexandre le Grand ;
- Plutarque, Vies parallÚles [détail des éditions] [lire en ligne], Vie d'Alexandre
- Plutarque (trad. Robert FlaceliĂšre, Ămile Chambry), Vies ParallĂšles, vol. II, coll. « Bouquins », 2001 (ISBN 978-2221-093931), « Alexandre », p. 94-149 ;
- Tabari (trad. du persan par Hermann Zotenberg), La Chronique. Histoire des prophÚtes et des rois, vol. I, Actes Sud / Sindbad, coll. « Thésaurus », 2001 (ISBN 2-7427-3317-5), « De Salomon à la chute des Sassanides », p. 78-82 (Histoire de Dsoul-Qarnaïn et construction du mur de Yùdjoudj et Mùdjoudj) ;
- Janick Auberger, Historiens d'Alexandre, Belles lettres, coll. « Fragments », 2001 (ISBN 978-2251-74200-7) ;
- Jacques LacarriÚre, La légende d'Alexandre, Folio n°3654, 2000, (ISBN 978-2070-417216) ;
- Aline Tallet-Bonvalot, Le roman d'Alexandre, GF-Flammarion n°788, 1994, (ISBN 978-2080-707888) ;
- Le Coran, « La Caverne, XVIII, 83-98 » ((ar)âۧÙÙÙÙâ) ;
Notes
- â Dictionnaire Grec-Français Bailly : le verbe áŒÎ»ÎÎŸÏ signifie repousser (le danger), donc dĂ©fendre, protĂ©ger ; dans tous les composĂ©s comportant le prĂ©fixe alex (áŒÎ»Î”Ο), celui-ci signifie bien «protecteur».
- â « Alexandre naquit le six du mois dâhĂ©catombeion, que les MacĂ©doniens appellent LoĂŒs ». Plutarque, Alexandre, 4.
- â Alexandre III le Grand, MEMO.
- â Plutarque, Alexandre 2.1.
- â Plutarque, Vie dâAlexandre, traduction dâAmyot, 2, 3 et 3, 5 Ă 7
- â Le temple dâArtĂ©mis, 7merveilles.
- â Plutarque, Alexandre 2.2â3.
- â « Plutarque mentionne le phĂ©nomĂšne, et plusieurs statues antiques, Ă la suite du sculpteur Lysippe, montrent une inclinaison plus ou moins accentuĂ©e. Coquetterie, signe dâĂ©lĂ©gance, ou exagĂ©ration de Lysippe ? Rien de tout cela, mais une pathologie, si lâon en croit les mĂ©decins modernes qui ont Ă©tudiĂ© le buste conservĂ© au Louvre, et les statuettes en ivoire retrouvĂ©es en 1977 Ă Vergina. Alexandre avait la tĂȘte inclinĂ©e Ă droite, et le cou en avant, avec un raccourcissement du muscle sterno-clĂ©ido-mastoĂŻdien ; qui plus est, son Ćil droit Ă©tait plus bas que le gauche. La source du problĂšme pourrait ĂȘtre un torticolis musculaire, provoquĂ© soit par un choc violent, soit par un trouble oculaire (strabisme vertical ou paralysie des muscles oculaires) dâorigine hĂ©rĂ©ditaire puisquâon retrouve semble-t-il cette pathologie sur les statuettes de personnages apparentĂ©s Ă Alexandre. », L. Mangin, « La tĂȘte penchĂ©e dâAlexandre », Pour la Science, n° 342, avril 2006.
- â EncyclopĂŠdia Universalis, article Alexandre le Grand, Tome 1, Ă©dition de 1989, pp 744-748.
- â Justin, AbrĂ©gĂ© des Histoires philippiques de Trogue PompĂ©e, Livre VII.
- â " il criait en macĂ©donien, ce qui trahissait une Ă©motion forte", Plutarque, Alexandre, LI)
- â C'est Ă cette Ă©poque, selon la tradition lorsquâil avait dix ans, qu'il parvient Ă dresser BucĂ©phale, le cheval qui le suivra le long de ses conquĂȘtes. Avant lui, personne nâavait rĂ©ussi mais ayant remarquĂ© que lâanimal avait peur de son ombre, Alexandre parvint Ă le maĂźtriser en le plaçant face au soleil.
- â dont il emporte un exemplaire en Asie
- â Alexandre le Grand, Clio la Muse, 2007.
- â Diodore de Sicile, XVI, 89, 3.
- Pierre Briant, Alexandre le Grand, P.U.F., 1977.
- â Guerre contre Philippe, roi de MacĂ©doine dans Histoire de la GrĂšce, comte de SĂ©gur.
- â J.B. Fears, Pausanias, the assassin of Philipp II, Athenaeum, 1975, LXIII, p.111-135.
- â Ă l'exception notable d'E. Badian, The death of Philipp II, Ă©d. PhĆnix, 1963.
- â Pierre Briant, Alexandre le Grand, P.U.F., 1977, p30.
- â Michel Mourre, Dictionnaire encyclopĂ©dique d'histoire, Ă©dition Bordas, Tome 1, 1996
- â Justin, AbrĂ©gĂ© des Histoires philippiques de Trogue PompĂ©e, Livre XI.
- â François LefĂšvre, Histoire du monde grec antique, le Livre de Poche,, collection InĂ©dit-Histoire, 2007.
- â C'est Ă ce propos que DĂ©mosthĂšne expose sa fameuse parabole sur les moutons livrant leurs chiens au loup
- â Pierre Briant, Alexandre le Grand : de la GrĂšce Ă l'Inde., Ăditions DĂ©couvertes Gallimard, 2005
- â Polybe, Histoires, XVIII, 29-30 UniversitĂ© de Lausanne
- â Les principales sources pour les Ă©pisodes de la vie dâAlexandre au dĂ©but de sa conquĂȘte sont : Arrien, Anabase, I, 1 et II, 12 ; Diodore de Sicile, XVII, 16-38 ; Plutarque, Alexandre, 15-23 ; Justin, AbrĂ©gĂ© des Histoires Philippiques, XI, 5, 1-9.
- â La rĂ©alitĂ© de ce geste a longtemps Ă©tĂ© discutĂ© mais lâĂ©tude de G. Radet, Notes critiques sur lâhistoire dâAlexandre, 2 sĂ©rie, 8, p 119 et suivantes publiĂ©e dans les annĂ©es 1930, Ă©tablit la rĂ©alitĂ© du pĂšlerinage dâAlexandre.
- â Arrien, Anabase, I, 11, 6-12.
- â Extrait de la traduction dâAlessandra Lukinovitch et dâAnne-France Morand, Belles Lettres, 2004.
- â Arrien, Anabase, I, 12, 10
- â Plutarque, Vie de Camille, 19, 6.
- â Sans doute pour des raisons financiĂšres puisqu'il faut attendre la prise de Sardes et de son trĂ©sor pour qu'Alexandre connaisse une aisance matĂ©rielle qui est l'un des facteurs expliquant sa rĂ©ussite
- â A.R. Bellinger, Essays on the coinage of Alexander the Great, New-York, 1967
- â Pierre Jouget, LâImpĂ©rialisme macĂ©donien et lâhellĂ©nisation de lâOrient, Albin Michel, 1972, p. 31.
- â Isocrate, Philippe, 120.
- â Pierre Briant, Alexandre le Grand, De la GrĂšce Ă lâInde, Collection DĂ©couverte Gallimard, Ă©dition de janvier 2005, p. 48
- â Le siĂšge de Tyr par Alexandre, Histoire-militaire.org
- â C'est Ă ce moment qu'a lieu probablement le fameux Ă©change rapportĂ© par Quinte-Curce (Histoire d'Alexandre, IV, 11, 13.) entre ParmĂ©nion qui parlant des offres de paix de Darius affirme : « Je les accepterais si j'Ă©tais Alexandre » ce qui entraine immĂ©diatement la rĂ©plique du roi, « et moi aussi si j'Ă©tais ParmĂ©nion ».
- â Isocrate, IV, 50.
- â Isocrate, dans son discours de -346 intitulĂ© Philippos se pose en apĂŽtre du panhellĂ©nisme et fait de Philippe II l'unificateur de la GrĂšce et le chef de la guerre contre les Perses
- â XĂ©nophon, CyropĂ©die, VII, 5, 73.
- â Quinte-Curce, IV, 5, 8.
- â Arrien, Anabase, II, 25, 3
- â Ainsi il libĂšre les mercenaires athĂ©niens faits prisonniers au Granique. Il renvoie Ă AthĂšnes, Ă une Ă©poque ou la victoire d'Antipater contre Agis III ne lui est pas parvenue, les statues des Tyrranoctones que XerxĂšs I avait fait enlever en -480
- â Une autre hypothĂšse est quâil se soit ralliĂ© Ă Alexandre dĂšs -333 lors du sĂ©jour de celui-ci Ă Tarse
- â Agis avait dĂ©jĂ tentĂ© d'agir en collaboration avec les Perses en -333 mais la dĂ©faite de Darius Ă Issos avait ruinĂ© ses espoirs de mener une action concertĂ©e contre Alexandre.
- â Pierre Briant Alexandre le Grand, P.U.F., 1977.
- â Qui met cependant plusieurs mois Ă arriver Ă Alexandre ce qui explique que pendant la pĂ©riode de la fin -331/dĂ©but -330 ont le voit multiplier les gestes de bonne volontĂ© Ă l'Ă©gard des Grecs d'Europe
- â L'incendie serait alors une opĂ©ration de propagande envers les Grecs Ă un moment oĂč la situation est tendue en GrĂšce et ou la nouvelle de la victoire d'Antipater sur Sparte n'est peut-ĂȘtre pas encore parvenue Ă Alexandre. L'incendie de PersĂ©polis est alors la revanche de l'incendie d'AthĂšnes par XerxĂšs I en -480
- â Plutarque, Vie d'Alexandre, 38.
- â Quinte-Curce, VI, 3, 15-16.
- â Celui-ci, selon Quinte-Curce dans son Histoire d'Alexandre (VII, 4, 4), reproche Ă Darius ses choix stratĂ©giques calamiteux.
- â Pierre Briant, Alexandre le Grand : De la GrĂšce Ă lâInde, Collection DĂ©couvertes Gallimard, 1987 (Ă©dition 2005), p. 82
- â Quinte-Curce, VII, 7, 39.
- â Il Ă©tait satrape de Lycie et de Pamphylie depuis la fin de -334.
- â Ce que certains historiens contemporains ont dĂ©fendu, tel F. Schachermeyr dans Alexander der Grosse. Das Problem seiner Persönlichkeit und seines Werkes publiĂ© en 1973.
- â Pierre Briant en particulier
- â Pierre Briant, Alexandre le Grand, P.U.F., 1974.
- â Plutarque, Vie dâAlexandre, 61.
- â Un simple soldat de lâexpĂ©dition qui quitte la MacĂ©doine en -334 et qui atteint lâInde a parcouru environ 20 000 kilomĂštres.
- â Pierre Briant, Alexandre le Grand, PUF, 1974
- â Arrien, Anabase, VI, 14, 3. Arrien dresse un rĂ©cit effrayant de la campagne contre les Malliens qui sont soumis Ă un vĂ©ritable "gĂ©nocide". Il en est de mĂȘme en GĂ©drosie
- â La GrĂšce hellĂ©nistique
- â Il est difficile dâĂ©tablir lâitinĂ©raire exacte suivi par Alexandre entre la le Purali et Pura. Les sources antiques sont peu prĂ©cises et parfois contradictoires : Diodore de Sicile, BibliothĂšque Historique, XVII, 105-106 ; Quinte-Curce, Histoire dâAlexandre, IX, 10, 4-19 ; Plutarque, Vie dâAlexandre, 66, 4-7 ; Arrien, Anabase, 6, 21-27 ; Indica, 20-36, 3 ; Justin, AbrĂ©gĂ© des Histoires Philippiques, XII, 10, 7 ; Strabon, GĂ©ographie, XV, 720-723.
- â Plutarque se trompe en Ă©crivant quâAlexandre a perdu en GĂ©drosie les trois-quarts de son armĂ©e. Voir Ă ce sujet Paul Faure, Alexandre, Fayard, 1985, p.118-119 ; Paul Goukowsky, Alexandre et la conquĂȘte de lâOrient, PUF, 1975, p. 299.
- â Quinte-Curce, Histoire d'Alexandre, X, 2, 12.
- â Diodore de Sicile, XVIII, 4, 1, 6.
- â Diodore de Sicile, BibliothĂšque Historique, XVII, 118, 1-2 ; Quinte-Curce, Histoire dâAlexandre, X, 10, 14-18 ; Justin, AbrĂ©gĂ© des Histoires Philippiques, XII, 13.
- â Arrien, Anabase, VII, 27, 1-2 ; Plutarque, Vie dâAlexandre, 77, 1-3.
- â (en) John S. Marr et Charles H. Calisher, Alexander the Great and West Nile Virus Encephalitis, 2003.
- â (en) Alexander's death riddle is « solved », BBC, 1998.
- â RĂ©digĂ©es par le chancelier EumĂšne de Cardia, les ĂphĂ©mĂ©rides royales sont des chroniques relatant les faits et gestes du roi. Les auteurs anciens qui concĂšdent les utiliser comme source ne rendent compte que des derniers jours dâAlexandre : Arrien, Anabase, VII, 25-26 ; Plutarque, Vie dâAlexandre, 76, 1 ; 77, 1 ; Elien, Histoires variĂ©es, 3, 23. Seul Plutarque, Quaestionnes Convivialum, 23, 4, mentionne les ĂphĂ©mĂ©rides Ă propos dâun autre fait que la mort du roi (le goĂ»t dâAlexandre pour la chasse).
- â Diodore, XVII, 17,4; XVIII, 1, 4; XVIII, 26,3.
- â Lucain, La Pharsale, VIII, 694 : X, 19.
- â Strabon, GĂ©ographie, XVII, C.793,794.
- â Strabon (17. C 794) : il visita lui-mĂȘme le tombeau au premier siĂšcle aprĂšs J.-C.
- â Auguste, XVIII, 1.
- â Alexandre suit scrupuleusement les rites religieux babyloniens fait restaurer certains temples, et par lĂ mĂȘme se fait reconnaĂźtre souverain lĂ©gitime du pays et « des quatre parties du monde ». Il reçoit surtout lâappui dĂ©terminant (mais qui ne sera pas permanent) de la caste sacerdotale babylonienne
- â W. W. Tarn, Cambridge Ancient History, Vol VI, 1933
- â Pierre Briant, Alexandre le Grand, PUF, 1974.
- â Fiche IMDb de Alexandre le Grand de 1956.
- â Fiche IMDb de Alexandre de 2004.




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